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Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine, un astre noir à l’Opéra de Paris, sur la chaîne Mezzo

Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine, un astre noir à l'Opéra de Paris
Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine de Béla Bartok / Francis Poulenc © Bernd Uhlig

Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine, un astre noir à l’Opéra de Paris sur la chaîne Mezzo

Qu’il s’agisse de Judith dans Le Château de Barbe-Bleue ou d' »Elle » dans La Voix Humaine, ce sont deux figures tragiques mais aussi deux femmes qui, confrontées à des situations extrêmes, ont fait le mauvais choix. À la fois victime et bourreau d’une passion sans limite, le spectacle offre en miroir l’amour transgressif de Judith qui voit sa trop forte emprise sur Barbe-Bleue la conduire à l’enfermement, et dans “Elle” la dernière offensive d’une amoureuse éperdue qui implore jusqu’à en perdre la raison, l’amant qui l’a éconduit.

Krzysztof Warlikowski est fasciné par les personnages féminins « borderline », ceux qui marquent le monde par leur singularité ou leur dévoration passionnelle comme Médée, Lulu, Donna Anna, Donna Elvira.

Ainsi, il relie sans entracte et dans le même élan dramatique, les deux ouvrages et scrute sans relâche les ravages de la passion destructrice.

Une spirale de la destruction et de la violence donc est à l’œuvre initiée par Judith qui, au nom de sa passion, va tuer l’amour et l’être aimé en le mettant à nu. Dans ce monde frissonnant et ruisselant, se met en branle la catastrophe finale. Et quand elle réalise ce qu’elle a déclenché, il est trop tard et alors résignée, elle ira rejoindre les trois autres femmes, vivantes mais exilées dans la mémoire et piégées dans le passé.

Elle a à jamais quitté le présent qu’elle n’a pas su ou pu vivre. Du noir aux ténèbres qui vont engloutir les amants, il n’y a d’autre issue que la solitude absolue. Car pour Béla Bartók, la confiance importe plus que l’amour. La boîte de Pandore ouverte ne pouvait donc conduire qu’à une descente aux enfers de la passion.

Le metteur en scène crée avec la décoratrice Małgorzata Szczęśniak, un espace sombre, unique et métallique, d’une grande maitrise formelle, propice au découpage séquentiel et au déploiement d’un paysage conscient et inconscient.

Des cages mobiles en verre pour révéler ce que cachent les sept portes du château et dont Judith a voulu percer le secret. Au sang, succède la vision du lac de larmes (la sixième porte). Moment ravageur où les êtres doivent se confier l’un à l’autre et dire, sans pudeur, les fautes tues, les actes honteux que la mémoire a refoulés.

Provocante de séduction dans une robe vert émeraude, la Judith d’Ekaterina Gubanova, au timbre magnifique, se montre happée par son désir pour cet homme qui l’amène à approcher ses abîmes intérieurs et un danger dont elle finit par être non pas la victime mais le bourreau.

John Relyea est intriguant à souhait, tel un astre noir, il déploie superbement sa voix de baryton-basse.

Puis, quant une femme s’avance en titubant depuis le fond de la scène, un revolver à la main. On comprend que c’est “Elle”, l’héroïne de Jean Cocteau et Francis Poulenc dans La Voix humaine qui vient d’apparaître et dont la charge émotionnelle ne lâchera plus rien jusqu’à la chute finale.

Barbara Hannigan fait preuve d’un engagement total où la soprano de sa voix déchirante se charge de l’écriture très fragmentaire de Poulenc, dont chaque soubresaut passionnel immortalise la douleur amoureuse et vénéneuse.

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Date : 8 septembre 2018 sur la chaine Mezzo à 20h30
Metteur en scène : Krzysztof Warlikowski

Anne Teresa De Keersmaeker, son portrait au Festival d’Automne

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Anne Teresa De Keersmaeker, son portrait au Festival d’Automne
Anne Teresa De Keersmaeker © Anne Van Aerschot

Anne Teresa De Keersmaeker, son portrait au Festival d’Automne

Onze pièces différentes, auxquelles s’ajoutent un Slow Walk en plein cœur de Paris et des programmes avec d’anciens et actuels étudiants de l’école P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) qu’elle a fondée à Bruxelles : s’il est juste reconnaissance d’une œuvre majeure, le Portrait dédié par le Festival d’Automne à Anne Teresa De Keersmaeker frappe par son ampleur.

Une enseigne qui, secrètement, renvoie tout autant à Gertrude Stein (« A rose is a rose is a rose ») qu’aux rosaces des façades gothiques. Ou, plus directement, à la structure même de la rose : « il y a chez moi », confie la chorégraphe, « un étonnement et une fascination pour les formes et les procédés issus de la nature, dont les plus frappants sont les spirales ».

Le chapelet chorégraphique, égrené par le Festival d’Automne de mi-septembre à fin décembre, témoigne de la persistance du trajet keersmaekerien, de son renouvellement et du maintien en alerte de la vivacité du trait.

La chorégraphe de Rosas n’a pourtant qu’un seul sujet, qu’elle ne cesse de mettre à l’établi : le dialogue des structures et de l’émotion, depuis ce « commencement infini » que fut Fase. Comment, à l’intérieur d’une cadence sans répit – alors portée par la musique de Steve Reich –, le corps se donne-t-il une liberté de jeu et d’interprétation ? « Pour qu’à la rencontre de l’effusion il se lève une avidité ». (Paul Claudel, L’Œil écoute)

À ce prix, sans transiger sur les ressources du mouvement dansé, Anne Teresa De Keersmaeker exhale une jubilatoire clairvoyance de ses lignes de composition. « La ligne a chaque fois un désir, qu’elle suit en le découvrant. […] Que le parcours ainsi créé soit enjoué à loisir, il a toutes les chances de rester éblouissement devant la découverte, et non pas redondante satiété. […] Jet ou inflexion, la ligne bannit le repentir, fait de la justesse sa règle et de la spontanéité sa conduite » : ce qu’écrivait René Char de la peinture de Joan Miró pourrait s’appliquer, mot pour mot, aux états de mouvement dont Anne Teresa De Keersmaeker trace le devenir-présent.

La ligne : succession de points dans l’espace. Pour comprendre le mystère des articulations et des univers intérieurs, la musique est pour Anne Teresa De Keersmaeker, bien plus qu’un simple ingrédient de spectacle, une école des formes. Le minimalisme des débuts – Steve Reich, Thierry De Mey – s’est progressivement ouvert à une incroyable palette de sources, anciennes – l’Ars subtilior médiéval – ou « classiques » – Jean-Sébastien Bach, Wolfgang Amadeus Mozart –, modernes – György Ligeti, Eugène Ysaÿe, Arnold Schoenberg, Anton Webern… – ou jazzistiques – Miles Davis, John Coltrane… –, quand ce n’est pas la partition d’un texte – à l’instar de Quartett, mise en tension de l’écriture de Heiner Müller inspiré des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos –, en y frayant l’insatiable virtuosité de corps conducteurs de rythmes, d’énergies, d’émotions…

« La musique est trop en deçà du monde et du désignable pour figurer autre chose que des épures de l’Être, son flux et son reflux, sa croissance, ses éclatements, ses tourbillons », écrivait Merleau-Ponty. Une appréciation que n’aurait pas démentie le percussionniste et  « professeur de rythme » Fernand Schirren, dont Anne Teresa De Keersmaeker fut l’élève à Mudra, et qu’elle a à nouveau invité à enseigner au sein de P.A.R.T.S. Pour Schirren, dit-elle, « danser n’était pas seulement bouger mais aussi penser. Et cette pensée se reflète toujours très concrètement dans nos actions ». Ainsi va la danse d’Anne Teresa De Keersmaeker, pensée en mouvement, éperdue des volutes, des élans, des incises et des relâchés dont elle remonte le cours.

+ Rencontre avec Anne Teresa De Keersmaeker et Ann Veronica Janssen, enseignante aux Beaux-Arts de Paris et collaboratrice régulière de Rosas :
Modérateur, Florian Gaité, docteur en philosophie, critique, consultant et curateur
Vendredi 21 septembre à 11h aux Beaux-Arts de Paris
Entrée libre sur réservation à partir du 1er septembre sur rp@festival-automne.com

+ À paraître cet automne :
Anne Teresa De Keersmaeker : Rosas, 2007-2017 – Livre de photographies / Édition Fonds Mercator et Actes Sud / 19 septembre 2018

Magnifica, une très jolie saga familiale italienne (Denoël)

 

 

 

 

Maria Rosaria Valentini

Magnifica, une très jolie saga familiale italienne (Denoël)

Maria Rosaria Valentini est écrivain et poète, italienne. Magnifica est son premier roman traduit en français. A notre grand bonheur !

Portrait d’une famille italienne

Quand on termine le livre, Magnifica, on le reprend au début. Il forme une boucle. On pourrait le relire avec tout autant de plaisir.
Magnifica raconte l’histoire d’Eufrasia, de sa famille, de sa vie, dans les années 50, dans un petit village italien des Abruzzes. Eufrasia est mariée à Aniceto. D’après elle, il ressemble à un crapaud. Ensemble, ils ont eu une fille, Ada Maria. Et puis, quand Ada Maria eut dix ans, ils eurent un fils, Pietrino, prématuré et fragile. Ada Maria s’occupait avec amour de son petit frère. Quant au père, Aniceto, il passait le plus clair de son temps avec sa maitresse, Teresina. C’était ainsi, et Eufrasia l’acceptait. Et même, tout bas, elle bénissait Teresina. Car depuis elle n’avait plus à subir « le crapaud ».

La vie sans mère

Aniceto n’était pas souvent à la maison. Soit il chassait, soit il était dans son atelier de taxidermiste, soit il était avec Teresina. Eufrasia, elle, vouait sa vie à ses enfants. Hélas, un beau jour, elle mourut d’un infarctus, laissant ses enfants encore jeunes, orphelins. Ada Maria prit en charge son frère et la maison, évitant le plus possible son père. Ils vivaient dans une superbe région, un petit village des montagnes où tout le monde se connaît. Ada Maria rendait régulièrement visite à Teresina et au fil du temps, la confiance entre ses deux femmes s’installa. Aniceto s’installa chez Teresina et ne s’occupa plus du tout de ses enfants.

La rencontre inattendue

Un jour la vie d’Ada Maria va être complètement bouleversée. Elle va faire une rencontre, dans la forêt, un endroit surnommé la Faggeta. Il s’y trouve un homme qui se cache, et qui a peur des autres. Ada Maria aussi a peur. Elle comprend qu’il est là, dans cette grotte, caché depuis la fin de la guerre. Cet homme est allemand. Alors, Ada maria se confie à Teresina. Elle ne peut pas garder ce secret pour elle toute seule. Elle s’attache à cet homme et se laisse doucement apprivoiser. Benedikt va redécouvrir le bonheur de vivre et celui d’aimer. Grâce à Ada Maria. Rien n’est si simple dans la vie d’Ada Maria. Elle subit beaucoup de malheur, de deuils, mais aussi un grand bonheur. Celui de Magnifica…

L’auteur, Maria Rosaria Valentini, décrit merveilleusement la nature qui les entoure, qui les fait vivre. Magnifica est un livre qui se déguste, lentement. Avec volupté. Avec poésie.

Magnifica, un livre de Maria Rosaria Valentini, aussi magnifique que sa couverture réalisée par Constance Clavel (tableau « The Soul of the Rose », du peintre anglais John William Waterhouse, 1908) !

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Trad. de l’italien par Lise Caillat

Années 50. Dans un petit village des Abruzzes. La jeune Ada Maria est la fille d’un couple sans amour. Son père, Aniceto, passe le plus clair de son temps avec Teresina, sa maîtresse, ou enfermé dans son atelier de taxidermiste. Eufrasia se contente d’être mère et de noyer sa fragilité dans les soins qu’elle apporte à ses enfants.

Lorsqu’elle meurt prématurément, Teresina prend peu à peu sa place dans la maison. La jeune Ada Maria s’occupe alors de son frère en s’efforçant d’ignorer Teresina. C’est pourtant dans ce quotidien en dehors du temps, rythmé par la couleur des frondaisons, la succession des naissances et des deuils, que l’Histoire fait un jour irruption. Dans un bois avoisinant le village, Ada Maria aperçoit un jour une ombre. Il s’agit d’un homme, hagard, désorienté, il n’a jamais quitté la cabane où il s’est réfugié à la fin de la guerre. Il est allemand. Les deux êtres vont se rapprocher. De cet amour naîtra une petite fille aux yeux clairs et à la peau diaphane, Magnifica, changeant à tout jamais le destin tranquille auquel Ada Maria se croyait cantonnée.

Date de parution : le 23 août 2018
Auteur : Maria Rosaria Valentini,
Editeur : Denoël
Prix : 21 € (320 pages)
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La tête sous l’eau, un récit dur d’Olivier Adam (Robert Laffont)

La tête sous l’eau, un récit dur d’Olivier Adam (Robert Laffont)

Scénariste, romancier pour adultes mais aussi adolescents, Olivier Adam a une bibliographie hétéroclite. Révélé par Je vais bien, ne t’en fais pas, paru en 2000, l’auteur a vu plusieurs de ses films adaptés au grand écran. Distingué par des prix prestigieux ainsi que par la presse, la réputation d’Olivier Adam n’est plus à faire.

Une famille brisée

Dans La tête sous l’eau, Antoine prête sa voix à un récit unique, bouleversant. Telles des vagues émotionnelles, l’intrigue entraîne le lecteur jusqu’à la dernière page d’un roman dont personne ne peut sortir indemne. Il y raconte l’histoire de sa famille, qui a pris un tournant le jour où Léa, la grande sœur d’Antoine, a disparu à la sortie d’un concert. Depuis, aucune nouvelle, la police n’a aucune piste et les mois passent, la famille se craquelle un peu plus chaque jour. Chacun gère la situation comme il le peut, entre impuissance et sentiment de culpabilité. Les « Et si ? » envahissent les pensées des personnages, qui se demandent quel paramètre aurait pu tout empêcher. Antoine et ses parents réagissent tous différemment. Tandis que son père se jette à corps perdu dans le travail et se réfugie dans l’alcool, sa mère ressent le besoin de tout ressasser, tout contrôler pour comprendre, alors qu’Antoine évolue dans un brouillard étourdissant qui l’entraîne jour après jour, sans qu’il ne vive vraiment.

Une nouvelle épreuve

Quand Léa est retrouvée, sa famille pense que le moment est enfin venu de sortir la tête de l’eau et reprendre leurs vies là où elles s’étaient arrêtées, quelques mois plus tôt. Mais Léa a vécu un traumatisme et refuse d’en parler, laissant ses parents et son frère imaginer le pire, la police sans indice et les psychologues ignorent comment l’aider, si ce n’est ne lui laissant du temps. Du temps, encore du temps. Un véritable calvaire pour Antoine, pour qui il est impossible de faire semblant que tout est comme avant. Lui n’a qu’une seule hâte, retrouver sa sœur telle qu’il l’a connaissait et enfin faire un trait sur toute cette histoire, qui a brisé sa famille.

La reconstruction

Léa doit apprendre à se reconstruire, une épreuve lente et douloureuse, pour elle comme pour son entourage. La culpabilité et la peur forment son quotidien, tant de sentiments avec lesquels elle doit apprendre à vivre. Pour aider le lecteur à retracer les événements qui ont mené à cette nuit tragique, intercalés entre les chapitres, nous avons accès aux mails qu’envoie Léa, à un destinataire inconnu. Petit à petit, ces mails retracent l’état d’esprit de Léa avant sa disparition, jusqu’à reconstituer un puzzle aux nombreuses pièces.

La plume d’Olivier Adam n’est pas seulement bouleversante, elle est à couper le souffle. Immédiatement, la lutte d’Antoine devient celle du lecteur, qui partage avec lui la reconstruction de sa famille. La tête sous l’eau est un texte fort, qui donne l’impression d’une baignade en mer agitée : le lecteur se bat pour rester à la surface jusqu’à ce qu’une vague trop grande pour être évitée l’ensevelisse. S’ensuit une bataille pour tenter, à tout prix, de sortir la tête de l’eau pour, enfin, respirer.

Page de l’éditeur :

Quand mon père est ressorti du commissariat, il avait l’air perdu. Il m’a pris dans ses bras et s’est mis à pleurer. Un court instant j’ai pensé : ça y est, on y est. Léa est morte.

Puis il s’est écarté et j’ai vu un putain de sourire se former sur son visage. Les mots avaient du mal à sortir. Il a fini par balbutier : « On l’a retrouvée. Merde alors. On l’a retrouvée. C’en est fini de ce cauchemar. »

Il se trompait. Ma soeur serait bientôt de retour mais nous n’en avions pas terminé.

Date de parution : le 23 août 2018
Auteur : Olivier Adam
Editeur : Robert Laffont, Collection R
Prix : 16 € (224 pages)
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Sortie en DVD d’A Beautiful Day, polar sensoriel porté par Joaquin Phoenix

Joaquin Phoenix renaît en bon samaritain.

A Beautiful Day, un thriller désenchanté et hypnotique où brille Joaquin Phoenix, sort en DVD/BluRay/VOD.

A beautiful day, soit les trois derniers mots du film répétés par Joaquin Phoenix sobrement dans un American dinner typique des banlieues de la Côte Est US. Une belle journée, en VF, qui s’ouvre ici pour ce duo atypique, lui, Joe, le baroudeur taciturne, posé lourdement face à l’innocente blondeur diaphane de Nina, toute jeune fille de sénateur incarnée par Ekatarina Samsonov. Personne ou peu pour deviner l’enfer qu’ils viennent de vivre, ou plutôt auquel ils viennent de survivre. Comme pour presque tous les films de Lynne Ramsay, l’important est avant tout le voyage, sans toutefois négliger la destination. Ici, le voyage prend la forme des déambulations névrotiques et psychotiques de Joe, vétéran de guerre recyclé en ce que l’on devine qu’il savait faire le mieux : machine à tuer sans pitié. Aujourd’hui, il offre ses services rémunérées pour secourir la jeune Nina, enlevée pour être le jouet sexuel d’un vaste réseau pédophile tenu par les puissants du coin, et au delà. Son arme favori, le marteau. Sa méthode, cash comme le fric qu’il encaisse allègrement après avoir réussi ses « boulots ». Et mieux vaut ne pas être sur son chemin.

Avec A Beautiful Day, Joaquin Phoenix prouve qu’il est l’un des acteurs les plus complets de sa génération.

La réalisatrice Britannique ne voulait que lui. A Beautiful Day sans Joaquin Phoenix aurait été un autre film. L’acteur révélé sous les jupons en cuir d’un empereur mégalo à la langue fourchue dans Gladiator, est de tous les plans ou presque. Et quand on se frotte au cinéma de Lynne Ramsay, ce n’est pas sans conséquence. Caméra virtuosement organique pour coller au plus près des malaises fréquents de sa machine à tuer, plan ciselé à la lumière impressionniste donnant rappelant un côté docu-fiction, on se retrouve hypnotisé par le regard protéiforme de Joe. Tantôt hagard, tantôt vif, animal, plus tard bienveillant, voir innocent, la palette offerte par Joaquin Phoenix trouve un parfait écho dans le travail atmosphérique de Ramsay. Le tout souligné par la musique sensorielle de Jonny Greenwood aka l’une des têtes chercheuses virtuoses du groupe Radiohead, et qui roule régulièrement en solo pour Paul Thomas Anderson. Vous l’aurez compris, A Beautiful Day est bien plus qu’un simple polar de tueur à gage, de trahison ou de vengeance, c’est aussi un thriller désenchanté et hypnotique sur lequel plane la présence carnassière et jouissive d’un acteur au sommet de son jeu, justement récompensé au Festival de Cannes.

A Beautiful Day sort le 5 septembre en DVD/BluRay/VOD. Le genre de cinéma où l’on agrippe son accoudoir pour ne le lâcher qu’à l’apparition du générique final. Un polar dense et efficace à la fois. Un voyage sensoriel total. Les bonus vidéos vous offriront également de quoi mieux vous questionner sur le ressenti du film à travers des entretiens avec la réalisatrice et son acteur.

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La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

Sortie DVD : le 5 septembre 2018
Durée : 1h29
Réalisateur : Lynne Ramsay
Avec : Joaquin Phoenix, Ekatarina Samsonov, Alessandro Nivola, Judith Roberts, John Doman
Genre : Thriller
Distributeur : M6 Vidéos
Prix : à partir de 19,99 € (DVD)
Acheter : sur fnac.com

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J’ai perdu Albert, notre coup de coeur, sort au cinéma le 12 septembre

Didier Van Cauwelaert

J’ai perdu Albert, notre coup de coeur, sort au cinéma le 12 septembre !

Publik’Art est heureux de vous apprendre que le dernier roman fabuleux de Didier Van Cauwelaert (Albin Michel), J’ai perdu Albert, sort au cinéma le 12 septembre 2018. Le film met en vedette Stéphane Plaza, Julie Ferrier, Josiane Balasko et Bernard Le Coq. A ne rater sous aucun prétexte !

En attendant de le découvrir dans nos salles obscures, Publik’Art vous propose de redécouvrir sa chronique. J’ai perdu Albert est notre véritable coup de coeur !

Publik’Art est un très fidèle lecteur de Didier Van Cauwelaert, et en plus super fan ! Si J’ai perdu Albert n’a rien à voir avec Le retour de Jules, l’auteur reste tout de même dans le monde des super pouvoirs !

Un héros pas comme les autres

Il semblerait que Didier Van Cauwelaert croit aux transmissions de pensée. Et depuis toujours, il est passionné par les travaux d’Albert Einstein. Si le héros de son dernier roman est une femme, elle n’est pas ordinaire. En fait, c’est un médium, Chloé. La plus connue d’Europe ! Tous les grands de ce monde la sollicitent avant de prendre les décisions les plus capitales. Et pourquoi ? Parce que son cerveau est habité, depuis 25 ans par Albert Einstein qui lui souffle toutes les bonnes réponses puisqu’il connaît l’avenir de chacun.

Fond humoristique mais pas que…

Si l’histoire nous fait rire, on y adhère parfaitement. On devient Chloé ! On adore ce super pouvoir ! Et en même temps, on apprend les théories fondamentales d’Albert Einstein. Car en fait, l’auteur connaît tout de ce génie. Et le faire revivre sous forme d’esprit, n’est pas si anodin et futile que ça ! Le message de ce roman est capital et pourrait se résumer en une seule phrase écrite par Albert Einstein lui-même : « Le jour où les abeilles disparaîtront, l’homme n’aura plus que quatre années à vivre. » A nous d’y réfléchir…

Rien n’est dû au hasard

Si au premier abord, le scénario peut paraître fou, on termine J’ai perdu Albert, y compris les notes de l’auteur, beaucoup plus troublé. Fiction ou réalité ? On ne le saura pas mais ce qui est sûr c’est que l’auteur nous confie ses obsessions qui toutes, sont en rapport avec la science d’Einstein. On voyage à travers les théories scientifiques et tout simplement humaines. Un vrai coup de cœur encore une fois !

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« Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien. »

Pourquoi, après vingt-cinq ans de cohabitation, l’esprit qui hante Chloé l’a-t-il soudain quittée pour sauter dans la tête d’un garçon de café, Zac, apiculteur à la dérive qui ne croit en rien ? La situation est totalement invivable, pour elle comme pour lui, d’autant que cet esprit qui s’est mis à le bombarder d’informations capitales et pressantes n’est autre qu’Albert Einstein…

Dans une comédie romantique haletante où la spiritualité s’attaque aux enjeux planétaires, Didier van Cauwelaert invente avec bonheur une nouvelle forme de triangle amoureux.

Date de parution : le 28 mars 2018
Auteur : Didier Van Cauwelaert
Editeur : Albin Michel
Prix : 19 € (217 pages)
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Artana ! Artana ! Un polar entre suspense et réalité (Audible)

Artana ! Artana ! Un polar entre suspense et réalité (Audible)

Didier Daeninckx est né à Saint-Denis. Il est écrivain et a déjà écrit de nombreux livres, la plupart critiquant ouvertement le système social et politique de notre pays, en particulier des banlieues. C’est un auteur politiquement engagé. Et son dernier roman Artana ! Artana ! publié en mai 2018, reste dans la lignée de l’auteur. C’est à la fois un polar et en même temps une analyse réaliste et noire d’une cité du 93, Courvilliers. Ce livre audio est lu par Elliot Jenicot qui nous tient en haleine durant plus de cinq heures.

Portrait du narrateur

Erik Ketezer est issu du 93, comme l’auteur du livre. Il connaît très bien la cité Courvilliers puisqu’il y est né. Il est maintenant vétérinaire et s’est installé en Normandie. Erik nous raconte comment il a repris contact avec ses anciens amis de Courvilliers. Cela faisait 8 ans qu’il n’avait plus de nouvelles de la famille de Sylvia, la femme qu’il aime et qu’il va voir chaque semaine à la clinique psychiatrique. On apprend qu’elle a été internée d’office sur demande de sa propre famille. Un beau jour, Loubna, la sœur de Sylvia lui téléphone, du Québec, pour lui apprendre que leur petit frère, Ryan s’est fait assassiner en Thaïlande. Elle lui demande d’aller en Thaïlande pour faire rapatrier le corps. Erik se rend là-bas, dans la région de Phuket. Sur place, Erik tente de comprendre pourquoi Ryan a reçu deux balles dans le cœur. Il fait la tournée des bars pour retrouver des copains de Ryan et tenter de comprendre les faits horribles qui se sont produits.

Retour à Courvilliers

Le temps passé en Thaïlande est très court. Ce qui intéresse Erik est de trouver les raisons et les auteurs de ce crime. Il sait qu’il aura l’explication à Courvilliers et non en Thaïlande. Cela le replonge des années en arrière et les mauvais souvenirs affluent. Surtout ceux qui entourent l’internement d’office de sa fiancée Sylvia.
A l’enterrement de Ryan, Loubna a viré l’imam qui avait fait un prêche plus que tendancieux, ne correspondant nullement aux croyances de Ryan. Elle explique être partie au Québec pour fuir Courvilliers car dans cette cité, « c’est le bled« , la vie y est insupportable.

Redécouverte de la cité

Erik a quitté Courvilliers depuis fort longtemps et ne reconnaît plus sa ville. Tout s’est dégradé de façon incroyable. Il y a eu plusieurs règlements de comptes, avec des morts et des blessés. Une femme a été blessée avec la même arme que Ryan. Un déferlement de violences s’abat quotidiennement à Courvilliers, avec des vols à l’arrachée, avec des battes de base-ball. Un véritable ghetto existe. L’ancien maire, Le Commandeur, abandonne ses citoyens. Il ne fait pas bon vivre là-bas, et encore moins quand on est handicapé ! Le Commandeur a donné les clés de la mairie à son gendre, mais il continue à tirer les ficelles. Bref, rien n’est très clair et Erik essaie de comprendre les différentes magouilles des uns et des autres. Il veut comprendre pourquoi Ryan a été tué et quel est donc le lien avec un certain règlement de comptes à Courvilliers.

Analyse noire d’une cité

Didier Daeninckx fait une analyse très sombre de Courvilliers. Une cité où tout est permis. Par exemple, à Courvilliers, il n’y a pas d’arrêté municipal interdisant la mécanique sauvage. Courvilliers est envahi par les rats. Une seule chose intéresse le Maire, c’est la construction d’un vélodrome pour les prochains jeux olympiques. Le côté financier domine ainsi que le pouvoir, toujours le pouvoir : « L’élu décide, l’employé applique. Se soumettre ou se démettre. »

« Trafics de drogue, pitbulls en liberté, bornes à incendie transformées en geyser, caves pillées, insalubrité générale, école en perdition. » Voilà le tableau de Courvilliers qui pourrait être un condensé des cités de Saint-Denis, ou de Bagnolet ou encore d’Aubervilliers…

« Le royaume du piston, cette ville, du passe-droit, de l’abaissement moral. » Les magouilles des élections sont le début d’une explication pour Erik. Qui est impliqué ? Presque tout le Conseil municipal ! L’auteur mêle des faits réels qui se sont passés dans certaines cités, au milieu de son roman, ce qui donne une toute autre dimension à Artana ! Artana !

Le lecteur-écouteur est passionné par la quête d’Erik. A travers ses rencontres, il va mener sa propre enquête et découvrir un monde qui ressemble davantage à une zone de non-droit qu’à une ville démocratique. Un tableau tellement réaliste d’une cité, dans le 93, qu’il fait frissonner !

Accédez au livre audio : Artana ! Artana ! 

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Artana ! Artana !

Erik Ketezer est vétérinaire en Normandie, mais il a passé sa jeunesse à Courvilliers, un ancien fief communiste de la périphérie parisienne. De retour dans sa cité natale pour enquêter sur le décès du frère d’une de ses amies, il découvre l’état de déliquescence de la ville. L’économie est dominée par le trafic de drogue, qui s’organise au sein même de l’équipe municipale : on a découvert des centaines de kilos de cannabis dans le centre technique de la mairie, dirigé par un délinquant notoire. Une impunité inexplicable règne, couvrant les actes de népotisme, les faux emplois, les pots-de-vin, les abus de biens sociaux en tout genre. Pendant ce temps, la ville part à vau-l’eau, les équipements municipaux sont détériorés, les ascenseurs ne fonctionnent pas plus que le ramassage des poubelles, les rats pullulent, le maire a été élu grâce au travail efficace des dealers et des islamistes qui ont labouré le terrain en distribuant menaces et récompenses…

Ce nouveau roman de Didier Daeninckx est mené tambour battant. Son écriture efficace, directe, est mise au service d’un tableau accablant des territoires oubliés de la République.

©2018 Éditions Gallimard (P)2018 Éditions Gallimard

Date de parution : le 2 août 2018
Auteur : Didier Daeninckx
Lu par : Elliot Jenicot
Durée : 5 h et 24 mn
Acheter sur : Audible

Le démon de la guerre s’abat sur le Liban dans la BD La guerre des autres (éditions La Boîte à bulles)

La guerre des autres
La guerre des autres, BD de Bernard Boulad, Paul Bona, Gaël Henry, éditions La Boîte à Bulles

Le démon de la guerre s’abat sur le Liban dans la BD La guerre des autres (éditions La Boîte à bulles)

Certains se souviennent des images diffusées à la télévision dans les années 80. Avant chaque journal de 20h, les photos des otages français détenus au Liban étaient diffusées pour ne pas les oublier et rappeler l’inextricable situation au Proche-orient. La guerre des autres se déploie aux prémices du conflit libanais à partir de 1974. La douceur de vivre le dispute aux menaces de conflits entre communautés religieuses. La famille Naggar espère que la situation ne dégénère pas, elle si occidentalisée à la mode baba cool, cinéma Nouvelle Vague et liberté. Mais l’histoire est en, marche et la Suisse du Moyen Orient ne pourra pas éviter l’implosion d’un petit paradis sur terre.

Une BD aux accents si actuels 

Plus de 40 ans se sont passés depuis les évènements autobiographiques racontés par Bernard Boulad et mis en image par Gaël Henry selon le storyboard de Paul Bona. La mosaïque complexe du Liban parait si lointaine pour la famille Naggar venue d’Egypte une décennie plus tôt. Parfaitement intégrés à la société libanaise, ils en connaissent néanmoins la complexité. Entre sunnites, chiites, druzes, maronites, catholiques et arméniens, le statu quo est fragile et la moindre étincelle peut faire exploser la poudrière, surtout quand viennent s’ajouter les tensions entre réfugiés palestiniens de plus en plus nombreux et État d’Israël tout proche. Les parents de la famille Naggar tiennent la librairie Papyrus, les enfants aiment Hendrix et batifolent avec leurs amis. Le récit de Bernard Boulad semble rendre impossible l’avènement d’un conflit de 15 ans qui laissera Beyrouth en ruines et le pays exsangue. Pourtant en avril 1975, la guerre va bel et bien éclater et les images de Gael Henry pointent du doigt l’angoisse d’une famille qui n’a pas voulu la guerre mais va devoir vivre avec. Le parallèle avec la situation actuelle dans le continent européen protégé de la guerre depuis plus de 70 ans est glaçant. Et si les bombes pleuvaient de par chez nous, comment réagirait-on? Cette proximité avec ces protagonistes furieusement occidentalisés fait apparaitre une empathie pour ceux qui refusent la guerre mais ne peuvent pas l’empêcher. Les photos de la fin d’ouvrage montrent bien que tous les personnages ont bel et bien existé, insouciants et légers, la cigarette au bec et l’espoir d’un amour sincère chevillé au corps.

La guerre des autres mélange inadvertance et drame dans un déroulé qui se dévore littéralement. Les dessins de Gael Henry sont emplis de couleurs vives qui invoquent le soleil d’un pays béni des dieux mais destiné à souffrir plus d’une décennie durant. Une BD à ne pas manquer à partir du 5 septembre!

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Famille d’Égyptiens expatriée au Liban depuis près de 10 ans, façonnée par la culture occidentale, les Naggar coulent des jours heureux. Entre une mère baba cool amoureuse de son meilleur ami gay, un père libraire, coureur de jupons, fan de L’Écho des savanes et trois ados mordus de cinéma, cette véritable « famille formidable » se tient à l’écart des conflits politico-religieux qui minent le pays. Au cocktail explosif formé par les oppositions entre sunnites, chiites, druzes, maronites, catholiques et arméniens, vont venir s’ajouter les tensions entre réfugiés palestiniens et État d’Israël. En avril 1975, la guerre éclate. Une guerre qui n’est pas celle des Naggar mais qui ne tardera pas à les rattraper.
Chaque lecteur peut aisément se projeter dans cette famille d’intellectuels dont le bonheur insouciant et l’idéal soixante-huitard vont brutalement céder face à la réalité de la guerre civile.

Date de parution : le 5 septembre 2018
Scénariste(s) : Bernard Boulad, Paul Bona
Dessinateur(s) : Gaël Henry
Genre : Drame
Editeur : La Boite à Bulles
Prix : 24 € (176 pages)
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Pretty dead girls, un thriller Young Adult de Monica Murphy (Lumen)

Pretty dead girls, un thriller Young Adult de Monica Murphy (Lumen)

Monica Murphy est une habituée du genre Young Adult et s’essaye tour à tour à la romance, aux récits plus noirs ainsi qu’aux thrillers. Auteure professionnelle, l’amoureuse des mots est devenu un phénomène international. Traduite en près de douze langues, Monica Murphy, originaire de Californie, est à l’origine de nombreux best-sellers.

Le lecteur prend part à l’enquête

Le choix de la narration à la première personne du singulier est ce qui permet au lecteur de prendre réellement part à l’histoire et plus particulièrement à l’enquête. Alors que ses amies semblent être les cibles d’un serial killer, Pénélope est partagée entre la peur d’être visée elle aussi et le deuil de ses amies. Deuil que, justement, l’adolescente a beaucoup de mal à faire. Le fait qu’elle n’ait pas été touchée la pousse au premier rang des suspects et la jeune fille doit se défendre, tout en sachant que sa meilleure chance d’échapper tant au serial killer qu’aux enquêteurs, est de démasquer l’assassin elle-même. Plus le meurtrier fait de victimes, plus la tension monte dans la petite ville des États-Unis, plus la pression augmente pour les enquêteurs. Pénélope rencontre Cass, un lycéen loin des soucis de la jeunesse dorée de Californie en qui elle n’a pas confiance mais qui jure pouvoir l’assister dans son enquête.

Un roman impossible à lâcher

Le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer, les découvertes, meurtres, rebondissements s’enchaînent au point qu’il est difficile de mettre sa lecture sur pause entre deux chapitres. Monica Murphy entre immédiatement dans le vif du sujet, ce qui permet à ses lecteurs de s’immerger dans le roman dès la première page.

L’évolution d’un personnage difficile à aimer

Le personnage de Pénélope est la représentation même de l’évolution possible dans un roman. Peu à peu, aux côtés de Cass, Pénélope grandit et apprend de ses erreurs. Elle prend conscience de son comportement des dernières années, fait le bilan d’amitiés perdues pour des raisons superficielles et de tout ce qu’elle s’est toujours refusé sous prétexte que ça « ne rendrait pas bien ». Dans un univers où l’apparence prédomine, apparaître en compagnie de l’outsider du lycée aurait été impensable pour Pénélope encore quelques semaines auparavant. Elle apprend à faire passer le jugement des autres après ses envies. Le lecteur apprend quant à lui à apprécier ce personnage qui a bien plus de défauts que ces personnages qu’on trouve habituellement dans les récits pour adolescents. Ce sont justement ces défauts qui rendent Pénélope plus humaine et permettent au lecteur de sentir qu’il fait partie du récit.

Pretty dead girls est tout ce qu’on peut attendre d’un thriller Young adult, genre assez peu répandu au sein de la littérature adolescente. Monica Murphy parvient à capter l’attention du lecteur jusqu’à la dernière ligne, grâce à une plume fluide et un roman plein de rebondissements.

Page de l’éditeur :

Belles à tomber.

Parfaites en tout point.

Sauvagement assassinées.

Leur corps est apprêté avec méticulosité, disposé dans une position bien particulière. Leurs visages, parfaitement maquillés, sont tournés selon l’angle le plus flatteur, leurs vêtements coûteux brossés et défroissés. Seul leur cou ouvert d’une oreille à l’autre vient démentir ce tableau idyllique. Seul leur regard vide trahit la vérité : elles sont mortes et bien mortes.

Les filles les plus populaires du campus sont tuées les unes après les autres et la reine de la promotion, Penelope Malone, présidente du club qui les réunit, est terrifiée à l’idée d’être la prochaine sur la liste. La seule issue, pour elle ? Fouiner un peu, chercher qui peut bien être ce tueur en série qui menace la tranquillité de cette petite ville côtière de Californie, un havre de paix habité par certaines des plus grandes fortunes du pays. Ses soupçons se portent d’abord sur Cass Vicenti, d’autant qu’il était étrangement proche de certaines des victimes malgré son statut de nerd de service. Mais échapper au tueur va demander à la jeune fille de se faire beaucoup, beaucoup plus maligne qu’elle ne le pensait…

Belles à tomber. Parfaites en tout point. Sauvagement assassinées. Le meurtrier ne sera satisfait que quand toute l’aristocratie qui règne sur le lycée sera passée au fil du couteau – à commencer par Penelope. Et le coupable est plus près d’elle qu’elle ne le croit ! Monica Murphy joue avec les nerfs de la jeunesse dorée californienne dans ce thriller parfaitement ficelé.
Titre original : Pretty Dead Girls (2018)

Date de parution : le 14 juin 2018
Auteur : Monica Murphy
Editeur : Lumen
Prix : 15 € (461 pages)
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Des artistes de père en fils avec la BD D’un Renoir à l’autre (éditions 21g)

D’un Renoir à l’autre, BD d’Eddy Simon et Jak Lemonnier, Editions 21g

Des artistes de père en fils avec la BD D’un Renoir à l’autre (éditions 21g)

La famille Renoir ne s’est pas ménagée pour offrir à l’humanité deux artistes qui ont marqué l’histoire de leurs arts respectifs. Le père Pierre-Auguste Renoir s’est inscrit dans le mouvement impressionniste jusqu’à en devenir un de ses plus illustres représentants tandis quele fils Jean Renoir s’est pris de passion pour le cinéma pour réaliser des classiques immortels comme La Règle du Jeu ou La Grande Illusion. La BD publiée aux éditions 21g raconte une histoire de destins croisés et d’une même éthique de l’excellence.

Une BD comme une plongée dans des quêtes de liberté

Pierre-Auguste Renoir a 53 ans en 1894 quand nait son petit Jean. Le père est l’auteur de plus de 4000 tableaux et n’hésite pas à prendre son fils comme modèle. Entre les deux se noue une relation particulière avec une transmission de l’intransigeance d’Auguste qui pense mordicus que chacun a son destin et doit tout y sacrifier pour s’accomplir. Le père meurt en 1919 alors que le démon de la mise en scène s’est emparé de Jean pour ne plus jamais le quitter. Cette histoire de famille se lit avec un réel plaisir grâce aux dessins précis et tout en clair obscur de Jak Lemmonier tandis que le récit d’Eddy Simon multiplie les traits d’esprits et enchaine les détails sur des existences flamboyantes. Les éditions 21g aiment à fouiller la psyché d’hommes illustres pour les éclairer sous l’angle le plus passionnant possible et permettre une lecture aussi distrayante qu’instructive. Des renvois aux oeuvres des deux maitres tracent deux chronologies qui ne cessent de passionner. Et le lecteur ne peut pas s’empêcher d’admirer ces deux caractères bien trempés qui n’ont jamais rien sacrifié à leurs quêtes de liberté. La famille tient une place centrale dans des vies qui multiplient les exemples éclairants comme la première réalisation de Jean, La Fille de l’eau en 1924 qui est une fable bucolique à l’esthétique impressionniste, dans lequel jouent sa jeune épouse et son frère aîné, Pierre Renoir.

D’un Renoir à l’autre est une BD qui se dévore tout du long pour comprendre les caractères bien trempés d’un père et d’un fils qui ont su suivre le sillon de leurs arts pour se réaliser et laisser derrière eux des oeuvres éternelles.

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Chez les Renoir, l’art est une affaire de famille ! La voie est tracée par Pierre-Auguste, peintre à l’origine du mouvement impressionniste avec Monet, Cézanne, Degas… , et se poursuit avec Jean, cinéaste poétique avant-gardiste. Un des maîtres incontestés de la peinture moderne française du XIXe siècle a donné naissance à l’un des plus grands réalisateurs du XXe siècle. Des tableaux du père aux films du fils, la filiation artistique révèle une même quête, un même idéal, une même source d’inspiration : une ode à la liberté qui se nourrit d’une profonde humanité et de l’amour du vrai !

Date de parution : le 24 aout 2018
Scénariste(s) : Eddy Simon
Dessinateur(s) : Jak Lemonnier
Genre : Biopic
Editeur : Editions 21g
Prix : 20 € (112 pages)
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Folie douce au Studio Hébertot avec Tendresse à quai

Tendresse à quai, mise en scène de Stéphane Cottin, Studio Hébertot

Folie douce au Studio Hébertot avec Tendresse à quai

Un auteur âgé et autrefois récipiendaire du Prix Goncourt observe une jeune cadre dynamique apparemment stressée et assise dans un café de la Gare d’Austerlitz. Ils ne se connaissent pas et pourtant lui semble tout savoir d’elle, jusqu’à son nom, son métier et ses amours. Dans une mise en scène minimaliste de Stéphane Cottin, Henri Courseaux et Marie Frémont inventent et réinventent les vies de naufragés de l’existence qui se raccrochent à leurs rêves et à leur fantaisie pour un voyage aux contours flous où vérité et invention jouent perpétuellement à un jeu de cache cache jusqu’à révéler le sens caché de leurs rapports.

Une fantaisie pleine de charme

Tout l’enjeu de la pièce porte sur les liens qui relient le personnage de Léon avec toutes les femmes de sa vie. Sa femme, sa fille et cette femme de passage rencontrée dans une gare et qu’il prénomme Madeleine apparaissent sous les mêmes traits de la comédiennes pour embrumer un peu plus l’esprit des spectateurs. La vérité du contexte initial se floute petit à petit tandis que l’auteur oublié commence à mélanger les étapes de son existence, comme s’il était en train de l’écrire ou de la réécrire. Tendresse à quai s’amuse à continuellement perdre les spectateurs dans un déroulé ni chronologique ni vraiment rationnel. Les dialogues s’enchaînent jusqu’à perdre le public dans un dédale de délires entre le vieil auteur légèrement atrabilaire et la jeune Madeleine en quête de tendresse. Si l’heure et demie de spectacle souffre de quelques longueurs matinées de redites qui cassent légèrement le rythme, le ton est à la bagatelle et à l’émerveillement. La mise en scène de Stéphane Cottin privilégie l’épure avec deux sortes de carrousel qui dévoilent des décors partiellement dessinés et augmentés de quelques objets. La pièce tourne principalement autour de comédiens qui donnent sans compter, avec un Henri Courseaux qui joue avec la langue et le verbe dans une truculence perpétuelle. Marie Frémont joue longtemps à la jeune biche effarouchée avant qu’un retournement final inopiné ne renverse, une fois de plus, la perspective pour confirmer que rien n’est jamais acquis dans cette pièce insolite. Le texte d’Henri Courseaux mélange poésie et blagues potaches, imparfait du subjonctif et grossièretés grivoises pour encore plus de chausses trappes et un chemin sinueux qui se perd dans le bois sombre de l’imagination décomplexée.

Tendresse à quai exige un lâcher-prise total de la part des spectateurs pour quitter ses certitudes cartésiennes et tenter l’extravagance d’esprits détachés des conventions de ce monde. Adieu les règles et bonjour l’exubérance!

Dates :  du 29 aout au 18 novembre 2018
Lieu : Studio Hébertot (Paris)
Metteur en scène : Stéphane Cottin
Avec : Henri Courseaux, Marie Frémont

BlacKkKlansman, un portrait sans concession de l’Amérique actuelle

BlacKkKlansman, un portrait sans concession de l’Amérique actuelle

Blackkklansman, film de Spike Lee, Copyright Universal Pictures International France

Si le réalisateur Spike Lee a été autrefois prolifique tant au niveau de la quantité que de la qualité, son flux créatif s’est quelque peu tari depuis une décennie, comme a pu le montrer l’adaptation tout juste moyenne et dispensable du classique coréen Old Boy. L’espoir revit avec la récompense cannoise décernée à BlacKkKlansman, film adapté d’une histoire vraie qui surfe autant sur le réalisme que la comédie. Car le héros Ron Stallworth (John David Washington, fils de Denzel apparu lui-même plusieurs fois chez le réalisateur notamment dans Malcolm X) a pu réellement infiltrer le Klu Klux Klan au début des années 70 en s’aidant d’un collègue blanc tandis que lui échangeait par téléphone avec les responsables locaux et nationaux. Le film n’invente rien et sa grande force réside notamment dans un rythme fait de manipulation et d’ambiguïté. Car le flic noir joue au raciste blanc tandis que le flic blanc prend la place du flic noir pour simuler le raciste blanc. La duplicité se rapproche d’une forme de schizophrénie voire de paranoïa tant les personnages blancs et les personnages noirs semblent en conflit perpétuel. Avant un épilogue au réalisme furieux exhibant les manifestations récentes du KKK (en 2017!!!) face à leurs opposants avec son lot de victimes collatérales. Et là, il n’y a vraiment plus matière à rire. Le portrait brossé de l’Amérique du début des années 70 ressemble étrangement à celui de l’Amérique actuelle, et là, le malaise est véritablement perceptible dans la salle.

Une comédie qui fait rire jaune

BlacKkKlansman parvient à faire rire et sourire, mais est-ce finalement là le plus important dans ce film volontairement revendicatif et si proche de la situation de l’Amérique actuelle? Spike Lee ne se gêne pas pour rouler dans la gadoue tous ces rednecks férus de suprématie blanche, avec un Adam Driver diablement mal à l’aise pour donner le change. Car lui le flic blanc fait équipe sur le terrain avec son collègue noir pour infiltrer l’antenne KKK locale de Colorado Spring et prévenir tout risque d’attentat. Car les bouseux en ont aussi peu dans la caboche que leur haine vis à vis des noirs ou des juifs est ancrée dans leur psyché. Spike Lee constate, pointant du doigt une vieille manie américaine blanche, entretenue par des films et des discours ambigus. En montrant des soldats exclusivement blancs de la guerre de Sécession dans un vieux film ou des scènes du classique Naissance d’une nation, il montre bien l’ancrage immémorial du racisme dans l’Amérique profonde. Face à ce constat sans concession, il le confronte à l’activisme des Black Panthers, pas loins d’être aussi belliqueux que leurs concurrents blancs. Discours vindicatifs, expression d’une colère immémoriale, envie d’en découdre, Spike Lee ne met pas d’oeillères pour montrer la rage de ceux qui n’ont jamais cessé d’être brimés et harcelés par la police majoritairement blanche. Et au milieu de ces deux faces d’une même réalité, un jeune noir décide d’intégrer la police pour faire bouger les choses. Le film comporte une grande part de fiction, notamment avec le personnage de l’activiste noire Patrice (Laura Harrier) visiblement inspirée de la célèbre Angela Davis.

Un rappel constant à la réalité sans fard

BlacKkKlansman fait rire et réfléchir mais ceux qui connaissent l’histoire réelle de Ron Stallworth sont au courant du happy end, ce que Spike Lee refuse totalement en rappelant la persistance de la peste KKK dans l’Amérique du 21e siècle. Les images finales ne sont plus de la fiction et il n’est plus temps de rire des ploucos du midwest blanc quand le réalisateur invoque les images véridiques d’une voiture fonçant dans une manifestation d’anti KKK en faisant une victime, blanche de surcroit. Si le rôle qu’a pu jouer le vrai Ron Stallworth mérite d’être souligné et salué, ce que Spike Lee fait très bien avec son film longtemps distrayant et ambigu, quoiqu’assez classique dans son déroulement et son montage, le film permet surtout de pointer du doigts les errances d’un président élu sur la base d’un discours rempli de haine. Nombre de ses électeurs espéraient vraisemblablement un grand coup de balais qui n’a fort heureusement pas eu lieu, mais permet surtout de motiver des troupes grandissantes de suprémacistes prêts à en découdre.

En sortant de la salle, les spectateurs n’ont pas véritablement le sourire face au constat final exposé par Spike Lee. Beaucoup se demanderont même si le ton de la comédie était bien approprié pour un tel propos. Reste un film plus que plaisant qui n’atteindra pourtant pas les vertiges de l’éternité.

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Blackkklansman

Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.

En se faisant passer pour un extrémiste, Stallworth contacte le groupuscule : il ne tarde pas à se voir convier d’en intégrer la garde rapprochée. Il entretient même un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke, enchanté par l’engagement de Ron en faveur d’une Amérique blanche. Tandis que l’enquête progresse et devient de plus en plus complexe, Flip Zimmerman, collègue de Stallworth, se fait passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe suprémaciste et apprend ainsi qu’une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman font équipe pour neutraliser le Klan dont le véritable objectif est d’aseptiser son discours ultra-violent pour séduire ainsi le plus grand nombre.

Sortie : le 22 aout 2018
Durée : 2h16
Réalisateur : Spike Lee
Avec : John David Washington, Adam Driver, Topher Grace
Genre : Biopic, Comédie, Policier

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Trancher, un livre choc d’Amélie Cordonnier (Flammarion)

Amélie Cordonnier

Trancher, un livre choc d’Amélie Cordonnier (Flammarion)

Trancher est le premier roman d’Amélie Cordonnier qui est journaliste. C’est un roman tellement vrai qu’on espère que ce n’est pas autobiographique. Une écriture sincère, crue et dure, sans détour.

Une famille ordinaire

Trancher est écrit à la deuxième personne du singulier, ce qui peut surprendre. En fait, ce « tu » s’adresse à cette jeune femme, dont on ne connaît même pas son prénom. Elle se parle à elle-même comme pour se donner du courage… Elle est mariée avec Aurélien et ensemble ils ont deux enfants, un ado, Vadim, et une petite fille de 8 ans, Romane.
Au début, elle était heureuse avec Aurélien. Elle l’aime son mari. Mais sans aucune explication, ça lui arrive de péter les plombs, et à ces moments-là, il engueule sa femme. Mais vraiment très méchamment. Il la traite de moins que rien et devient très violent, mais juste en paroles, pas en acte.

Je suis chez moi, quand même, alors ferme ta gueule une bonne fois pour toutes, connasse, si tu veux pas que je la réduise en miettes. p.15

Tu es moins qu’une femme. p.129

Tu n’es qu’une merde. p.129

On ne meurt pas sous le coup des mots, aussi violents soient-ils. Le trou dans le plexus, les morsures, les lames et les aiguilles qui meurtrissaient ta chair n’étaient que métaphoriques. p.130

L’extrême horreur

On est tellement absorbé par cette lecture, tellement sidéré, qu’on oublie tous les détails. On ne retient que l’horreur, l’extrême maltraitance. Mais comment est-ce possible de vivre ainsi ? Tout se passe bien. Ils ressemblent à une famille ordinaire et d’une seconde à l’autre, le père devient fou et assassine, avec les mots, sa femme, devant leurs enfants. Elle reste calme, elle essaie de sauver la face, pour ne pas donner de l’importance à l’horreur. Pour préserver les enfants. Eux ne doivent pas être marqués au fer rouge.
Et puis, elle a fini par partir. Et elle est revenue. Il est guéri. C’est sûr. Il promet que ça n’arrivera plus. Et puis, c’est revenu. L’insoutenable est de nouveau là. Il faut affronter l’horreur, sans déclarer la guerre. Toujours minimiser. Et puis, un beau jour, elle dit stop. Stop à cette violence. Elle va prendre une décision le jour de ses quarante ans. C’est sûr. C’est promis.

Trancher

Elle ne peut plus continuer à vivre ainsi. Mais sera-t-elle assez forte pour trancher ? Est-ce si simple que ça ? Ce roman est bouleversant. Cette femme n’est pas battue, ne porte aucune trace de violence et pourtant elle subit une des pires violences qui existe ! Une lecture étonnante et qui aidera peut-être des femmes qui se trouvent dans cette situation à mettre des mots sur leurs maux, à mieux comprendre l’importance de chaque mot. Une situation que chaque femme aurait tendance à minimiser pour protéger ses enfants. Ce n’est pas si grave une maltraitance orale, peut-on penser, à tort.

L’auteur montre les dégâts d’une telle relation. C’est la déchéance humaine, la perte totale de confiance en soi, le désamour de soi qui ne peut que mener à la dépression. A la dépression sévère. Une forme de meurtre.

Trancher, un très bon roman qui fait mal, qui fait peur, et qui met l’accent sur une vérité, hélas, assez fréquente.

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« Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu’ils aillent s’incruster ailleurs qu’en toi. »

Cela faisait des années qu’elle croyait Aurélien guéri de sa violence,des années que ses paroles lancées comme des couteaux n’avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté : il l’a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça ? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d’avoir décidé pour son anniversaire.

D’une plume alerte et imagée, Amélie Cordonnier met en scène une femme dans la tourmente et nous livre le roman d’un amour ravagé par les mots.
Hors collection – Littérature française

Date de parution : le 29 août 2018
Auteur : Amélie Cordonnier
Editeur : Flammarion
Prix : 17 € (176 pages)
Acheter : Amazon

Sortie en DVD de Croc-Blanc, un mythe brillamment renouvelé

Croc-Blanc ou l’appel du grand air dans toute sa splendeur.

Croc-Blanc, les déambulations initiatiques du plus célèbre chien-loup, sort en DVD/BluRay/VOD.

Il en fallait des crocs bien acérés pour s’attaquer au mythique récit de Jack London pour son baptême du feu dans l’univers concurrentiel de l’animation. C’est pourtant la fleur de fusil qu’Alexandre Espigares s’est jeté sur cette histoire déjà contée maintes fois au cinéma avec l’envie d’en montrer plus. Doté d’une matière brute remarquable, il ne manquait plus que quelques plumes avisées, dont celle de Philippe Lioret (WelcomeJe ne vais bien ne t’en fais pas), pour trouver l’angle d’attaque de cette relecture. Et ce sera celui de … Croc-Blanc, tout simplement. Quoi de plus intriguant, passionnant et captivant que de suivre à la trace le destin hors-norme de ce jeune chiot-louveteau élevé seul par sa mère courage au milieu des terres enneigées, splendides et rugueuses du Klondike, le tout en pleine ère industrielle et de ruée vers l’or. On se régale très vite des traits de burlesque qui émaillent son enfance insoucieuse. Puis, on s’émeut de ses mésaventures au contact avec les Hommes. Autant pour sa capacité à fédérer autour de son jeune et fougueux héros à quatre pattes, que par sa reconstitution des relations complexes des différents environnements où il évolue, le film est une vraie montagne russe émotionnelle.

Croc-Blanc offre une aventure totale dans les montagnes glacées du Yukon.

Ce Croc-Blanc franco-luxembourgeois, de par son point de vue narratif, s’offre même le luxe d’être l’adaptation la plus fidèle au récit originel (hormis une fin bien plus libre et … « humaniste »). On pourra être légitiment décontenancé par l’animation après quelques minutes de film car on est très loin des moyens et de l’esthétique Disney/Pixar. Et pourtant, dès que nous plongeons dans des clair-obscurs ou quand nous prenons de la hauteur pour admirer les cimes enneigées canadiennes, on ne peut s’empêcher d’être ébahi par une technique rappelant beaucoup la peinture. La beauté qui ressort de l’ensemble est nourrie par l’une des plus belles partition de Bruno Coulais que l’on avait plus connu aussi inspiré depuis des décennies. Jouée par l’Orchestre National Symphonique du Luxembourg, elle tient une place prépondérante dans une fiction où les animaux ne parlent, et où les seuls dialogues proviennent des hommes. Ces derniers sont donc limités au simple rôle (mais déterminant) de compagnon de Croc-Blanc, malgré tout, rarement l’empathie avec un héros animal n’aura été aussi total et … humain. Une vraie réussite pour les petits et les grands.

Croc-Blanc sort le 29 août en DVD/BluRay/VOD. Une aventure comme on en trouve peu dans le monde de l’animation, pleine de vie, d’espace et d’amour. Osez le Grand Nord, vous ne le regretterez pas.

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Croc-Blanc est un fier et courageux chien-loup. Après avoir grandi dans les espaces enneigés et hostiles du Grand Nord, il est recueilli par Castor Gris et sa tribu indienne. Mais la méchanceté des hommes oblige Castor-Gris à céder l’animal à un homme cruel et malveillant. Sauvé par un couple juste et bon, Croc-Blanc apprendra à maîtriser son instinct sauvage et devenir leur ami.

Sortie DVD : le 29 août 2018
Durée : 1h25
Réalisateur : Alexandre Espigares
Avec : Virginie Efira, Raphaël Personnaz, Dominique Pinon
Genre : Animation/Aventures
Distributeur : Wild Side
Prix : à partir de 14,99 € (DVD)
Acheter : sur fnac.com

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https://www.youtube.com/watch?v=AFeWALv16CA

Une fille qui danse, ou le trouble grandissant d’un retraité (Audible)

Une fille qui danse, ou le trouble grandissant d’un retraité (Audible)

Julian Barnes a écrit Une fille qui danse qui est paru en 2013. Il vient de sortir chez Audible, en livre audio. Ecouter les confessions de Tony lues par l’excellent Théo Frilet est très troublant. Le lecteur ne peut que suivre le cheminement philosophique de Tony. En laissant s’écouler le temps.

Histoire de Tony

Tony, la soixantaine, est tout jeune retraité. Un retraité paisible. Il est divorcé mais reste en bons termes avec son ex-femme. Une sorte de sérénité. Il a une fille avec qui il s’entend bien. Mais un jour, une lettre, une simple lettre va le renvoyer quarante ans en arrière. Du temps où il était étudiant. Alors, Tony se souvient. Il nous dresse sa vie d’étudiant, avec ses trois potes, dont Adrian qui était le plus brillant de tous. Ils étaient tous passionnés et affamés de livres et de sexe. Toute la première partie du livre est consacré aux rapports que Tony a avec ses amis. Incontestablement c’est Adrian, le philosophe, qui sort du lot. Puis, un jour, Tony rencontre Veronica avec qui il sort durant toute sa deuxième année d’études. De façon platonique. Ce n’est qu’une fois qu’ils ont rompu que Veronica a couché avec lui. Ca, Tony ne l’a jamais oublié. Et puis, il reçoit quelques mois plus tard, une lettre d’Adrian lui demandant sa permission pour sortir avec Veronica. Tony lui répond et lui souhaite bonne chance lui signalant que Veronica avait subi quelques traumatismes…

Son ami Adrian

Tony a du mal à se souvenir. Mais il sait toute l’admiration qu’il avait alors pour Adrian. Il se pose de multiples questions d’ordre philosophique. Les actes passés peuvent être inférés d’état d’esprit actuel. Et puis, il apprend le suicide d’Adrian. Sans en comprendre les raisons. Il en est complètement traumatisé, même quarante ans après. Il se souvient des paroles d’Adrian à propos du suicide d’un étudiant de leur promo : La vie est un don octroyé sans qu’on l’ait demandé. Chacun est libre de refuser ce don. ou encore : Le suicide est un droit pour toute personne libre. Mais Tony veut comprendre l’acte d’Adrian.

L’imperfection de la mémoire

La deuxième partie du livre est consacrée aux réflexions de Tony, passionné d’Histoire. L’Histoire, ce sont les souvenirs des survivants. Et lui, il a survécu. Avec le temps, il a moins de certitudes. Le temps agit moins comme un fixatif que comme un solvant. Une nouvelle lettre d’un notaire va complètement déstabiliser Tony. Il reçoit un héritage de Sarah de 500 livres et deux documents dont le carnet intime d’Adrian. Sarah est la mère de Veronica. Elle affirme qu’Adrian a été heureux les derniers mois de sa vie. Mais comment le sait-elle ? Mais pourquoi reçoit-il ces 500 livres et le carnet intime d’Adrian ? Pourquoi lui ? Il cherche à tout prix à reprendre contact avec Veronica pour tenter de résoudre ces énigmes et surtout récupérer le carnet intime d’Adrian.

Scénario envoûtant

Au fil de la lecture, on est complètement absorbé par les réflexions de Tony, sur le temps qui passe, qui s’écoule, sur la sérénité enfin trouvée à la soixantaine, sur la liberté de penser, d’agir. Sur l’amour, l’amitié, la jalousie, la peur, le suicide, la soumission, la vieillesse… La vie est si fragile.

Quand on est jeune on invente différents avenirs pour soi-même. Quand on est vieux, on a inventé différents passés pour les autres.

Quarante ans de vie, c’est peu et c’est beaucoup. Le passé remonte à la surface de Tony, lui remonte à la gueule, même ! Le temps a toujours raison de nous. Les toutes dernières minutes de lecture nous saisissent d’effroi. Tony était celui qui n’avait rien pigé disait Veronica. Et à la toute fin du livre, Tony a pigé. Et nous aussi…

Publik’Art a particulièrement apprécié Une fille qui danse de Julian Barnes qui mêle des réflexions philosophiques à une histoire de vie qui peut sembler banale. Les notions de temps, objectif, subjectif, personnel, de mémoire forcément sélective, de jeunesse, d’amour, de jalousie, de mépris et surtout de remord sont parfaitement analysées. Plus on vieillit, moins on comprend. Le trouble persiste même au-delà de l’écoute.

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Une fille qui danse

Ceux qui veulent nier le passage du temps disent : quarante ans, ce n’est rien, à cinquante ans on est dans la fleur de l’âge, la soixantaine est la nouvelle quarantaine et ainsi de suite. Je sais pour ma part qu’il y a un temps objectif, mais aussi un temps subjectif… le vrai, qui se mesure dans notre relation à la mémoire. Alors, quand cette chose étrange est arrivée, quand ces nouveaux souvenirs me sont soudain revenus, ç’a été comme si, pendant ce moment-là, le temps avait été inversé…

Comme si le fleuve avait coulé vers l’amont. Tony, la soixantaine, a pris sa retraite. Il a connu une existence assez terne, un mariage qui l’a été aussi. Autrefois il a beaucoup fréquenté Veronica, mais ils se sont éloignés l’un de l’autre. Apprenant un peu plus tard qu’elle sortait avec Adrian, le plus brillant de ses anciens condisciples de lycée et de fac, la colère et la déception lui ont fait écrire une lettre épouvantable aux deux amoureux. Peu après, il apprendra le suicide d’Adrian. Pourquoi Adrian s’est-il tué? Quarante ans plus tard, le passé va ressurgir, des souvenirs soigneusement occultés remonter à la surface – Veronica dansant un soir pour Tony, un week-end dérangeant chez ses parents à elle… Et puis, soudain, la lettre d’un notaire, un testament difficile à comprendre et finalement, la terrible vérité, qui bouleversera Tony comme chacun des lecteurs d’Une fille, qui danse.

Ce livre audio en version intégrale vous est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2013 ILA. Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin (P)2018 Audible Studios

Date de parution : le 2 août 2018
Auteur : Julian Barnes
Lu par : Théo Frilet
Durée : 4 h et 59 mn
Acheter sur : Audible

Les filles de l’astrologue, un 2ème tome dans la continuité du 1er (Rageot)

Les filles de l’astrologue, un 2ème tome dans la continuité du 1er (Rageot)

Laurence Schaack et Françoise de Guibert constituent un duo d’auteurs pour ce deuxième tome de la trilogie Les filles de l’astrologue, une série entièrement écrite à quatre mains. Laurence Schaack a beaucoup écrit pour les adolescents, après une carrière de journaliste. Françoise de Guibert, quant à elle, est passée de l’autre côté du miroir après plus de dix ans à travailler dans le monde de l’édition.

Des personnages forts

Les personnages gagnent peu à peu en assurance et, alors que chaque chapitre est centré sur une seule d’entre elle, le lecteur peut découvrir Ariane, Soledad, Thérèse et Philomène plus en détails au fur et à mesure qu’il avance dans sa lecture. Les quatre adolescentes n’ont qu’un objectif dans ce deuxième tome, similaire à celui du premier : sauver Germain avant son procès, prouver au Roi que l’astrologue n’a rien du dangereux calculateur qu’on le fait paraître. Tandis que Soledad part à la conquête de Versailles et tente de conquérir la noblesse une marquise à la fois, ses cousines prennent un chemin différent.

Leur solitude fait leur différence

Après s’être retrouvées à l’issue du tome 1, les protagonistes sont rapidement forcées de prendre des chemins différents. Ce sont ces passages où les quatre jeunes filles sont séparées qui sont les plus intéressants. Elles ont vécu ensemble presque toute leur vie et les voir se débrouiller seules était essentiel pour leur forger une vraie personnalité. L’accent est mis sur leur épanouissement en tant que personne et pas seulement comme membre d’une grande fratrie. Les quatre adolescentes ont des personnalités tellement opposées qu’il est difficile de les confondre, bien que les points de vue passent de l’une à l’autre très rapidement. La fougueuse Philomène, la studieuse Ariane, la très mature Thérèse et la mondaine Soledad voient leurs univers complètement transformés.

L’astrologie toujours au centre de l’intrigue

Germain, le père et oncle des filles, est toujours en prison, sur les ordres de Louis XIV, qui pense que l’astrologie est un des grands mal qui ronge son pays. Alors que les quatre adolescentes ont pour but de faire changer d’avis le roi, elles qui ont grandi dans l’idée que l’astrologie était une des sciences les plus nobles font face à bien des obstacles. Soledad se voit refuser l’accès au roi lorsque quelqu’un parle d’elle comme de la « jeune astrologue », Ariane doit faire face à l’incompréhension de son bienfaiteur pour cette science qu’elle chérit et doit protéger un livre dont elle ne sait rien alors que Philomène tente de regagner sa jument en lisant clandestinement l’avenir des riches. Comme toujours, l’astrologie régit leur vie, mais pour une fois, peut-être pas dans le sens qu’elles avaient imaginé !

Page de l’éditeur :

Thérèse : née sous le signe du Capricorne, élément Terre. Ariane : née sous le signe du Verseau, élément Air. Philomène : née sous le signe du Verseau, élément Air. Soledad : née sous le signe du Lion, élément Feu.

Le ciel des quatre filles de l’astrologue s’obscurcit. Pour Germain Lavol de Sauvagnac, le verdict vient de tomber : après un procès expéditif, il a été condamné aux galères. Pour tenter de sauver leur père d’une mort certaine, Thérèse, Philomène, Ariane et Soledad doivent à nouveau se séparer. Il est temps pour chacune d’apprendre à exploiter ses dons. Mais les étoiles leur seront-elles favorables ?

Dès 12 ans

Date de parution : le 22 août 2018
Auteur : Françoise de Guibert et Laurence Schaack
Editeur : Rageot
Prix : 14,90 €
Acheter : Amazon

Le mangeur de citrouille, une vie de femme amoureuse des années 60 (Belfond)

Le mangeur de citrouille, une vie de femme amoureuse des années 60 (Belfond)

Le mangeur de citrouille est un livre qui est paru la première fois en 1962 et a été adapté au cinéma en 1964, et connut un énorme succès en remportant de nombreux prix. Les Editions Belfond viennent de le rééditer dans sa collection Vintage. Un roman de Penelope Mortimer avec une grande dimension autobiographique. Ce qui est vraiment bouleversant.

Un portrait de femme des années 60

Le mangeur de citrouille est un roman qui va parler à toutes les femmes, quel que soit leur âge. La narratrice est une jeune femme, mariée à Jake Armitage. Jake est son deuxième mari. Elle a de nombreux enfants de son premier mari. On ne sait pas combien exactement. Elle quitte son premier mari étant folle amoureuse de Jake. Elle a avec lui deux autres enfants. Il a une très belle situation et ils n’ont donc aucun souci matériel. Son mari est scénariste, tout comme celui de Penelope Mortimer. Elle est très amoureuse de son mari mais il ne la rend pas heureuse. Elle pense qu’un autre enfant lui rendra son mari, comme à leurs débuts. Elle se retrouve une nouvelle fois enceinte. Mais il n’en veut pas et exige qu’elle avorte. Elle se fait donc avorter et même stériliser. Elle ne peut plus du tout avoir d ‘enfants. Elle a exaucé le vœu de son mari. C’est alors qu’un des amis de son mari lui apprend que son mari la trompe avec sa propre femme. Comme Penelope l’a vécu dans sa propre vie ! Elle sombre alors dans une terrible dépression.

Un roman noir

Le mangeur de citrouille est incroyablement bouleversant. L’analyse des sentiments y est parfaite. On sent toute la souffrance de cette femme qui ne sait pas comment vivre l’amour qu’elle porte à son mari. Et la dépendance avec son mari est frappante. C’est une sorte d’esclavage. A travers cette histoire, l’auteure s’attaque au rôle attendu de la femme, la maternité, la femme soumise à son mari, le mariage et la fidélité. Même la monogamie et la polygamie sont abordés et toujours d’actualité. Et ceci au moment où la contraception n’existait pas encore.

Le mangeur de citrouille révèle la vie d’une femme amoureuse qui se sent absolument seule et perdue ne sachant comment faire pour s’en sortir. L’auteur parle avec vérité des conséquences d’un comportement égoïste d’un mari qui détruit peu à peu sa femme. Le thème du livre est toujours d’actualité et cette version Vintage ne pourra que vous séduire !

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Dans cette tour sur la colline, il n’y avait pas d’enfants pour me conférer une identité ou mettre de l’ordre dans le chaos du temps qui passe. Il faisait très clair : l’éclat brutal du brouillard était plus net que la lumière du soleil. J’avais décroché le téléphone : il gisait sur la table comme un fœtus informe, avec son fil tordu en nœuds épais.
Profonde, violente, la confession glaçante d’une femme au bord de la folie, étouffant dans un mariage qu’elle ne reconnaît pas, perdant pied devant des enfants qu’elle ne comprend plus. Chargé d’une forte dimension autobiographique, porté par un style renversant d’intelligence, ce roman fouille les plaies de Mrs Armitage, la narratrice, mais aussi de Penelope Mortimer, l’auteur, et finalement celles de générations de femmes cherchant désespérément une échappatoire à leur condition.
Publié en Angleterre en 1962 et chez Plon en 1964, un cri déchirant qui, aujourd’hui, est toujours plus assourdissant.

Date de parution : le 19 avril 2018
Auteur : Penelope MORTIMER
Editeur : Belfond
Prix : 16 € (256 pages)
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Oublier mon père, une vie douloureuse d’enfant mal traité (Denoël)

Manu Causse

Oublier mon père, une vie douloureuse d’enfant mal traité (Denoël)

Manu Causse a quitté l’enseignement pour se consacrer à l’écriture. Avec Oublier son père, l’auteur nous embarque dans la vie d’Alexandre, enfant unique adoré par son père et maltraité par sa mère.

Enfance perturbée

Alexandre trouve toutes les excuses possibles à sa mère quand elle le gronde. Et cela arrive si souvent. « Tu vas arrêter ton bordel, petit con. Ma mère ne supporte pas les gros mots. […] Il faut donc que je l’ai mise très en colère pour qu’elle me parle comme ça » p.44. Dès les premières pages, le lecteur est comme happé par la vie d’Alexandre. Une vie presque inimaginable. Comment sa mère peut-elle s’en prendre à son fils unique et être capable d’autant de méchancetés à son égard. Et cela ne fait que commencer. Comme Alexandre ne va pas à l’école, il subit les mauvais traitements de sa mère toute la journée. C’est un enfant fragile, qui vomit souvent. Il n’ira à l’école qu’en sixième. C’est sa mère qui lui enseigne tout le primaire, avec deux ans d’avance sur le programme. Alexandre a neuf ans quand il perd son père d’un accident de voiture. Son monde s’écroule d’une seconde à l’autre.

Langage du corps

Alexandre ne peut pas exprimer sa peine à la mort de son père. Sinon, il se fait rabrouer par sa mère. Méchamment. Du coup, comme il ne peut plus rien dire sans se faire battre et avec interdiction de « chialotter », Alexandre tombe encore plus malade. Il vomit sans cesse, souffre d’horribles migraines, son corps craque. Et son acariâtre de mère l’oblige à oublier son père. Elle devient de plus en plus agressive, même si durant un temps, après la mort du père, elle semble se calmer. Alexandre subit de nombreux examens. Mais rien ne le guérit. Ses crises l’obligent à de nombreuses hospitalisations avec de graves troubles mentaux et physiques. Se laisse-t-il mourir ?

Analyse de la mère

Ce roman nous prend aux tripes. On ne peut que dévorer les pages en espérant qu’un jour le calvaire d’Alexandre va cesser. Sa mère est une « Folcoche » en puissance. Sournoise, menteuse, manipulatrice, et violente. Bref, elle ressemble davantage à un monstre qu’à une mère. Ou une folle. L’auteur en fait une très bonne analyse. Une femme incapable d’aimer qui que ce soit, agressive et cruelle. Sans cœur et détruisant chaque jour un peu plus son fils. Avant son père faisait tampon, et donnait de l’amour à Alexandre, mais depuis ses neuf ans, il est tout seul à tenter de survivre dans cet univers irrespirable.

Alexandre adulte

Alexandre grandit comme il peut, à travers ses nombreuses crises qui le font souffrir horriblement. Il va tout de même devenir un homme, presque malgré lui. Et sa première femme lui fera subir d’autres souffrances. Mais Alexandre pense que c’est normal. Ça doit sûrement se passer comme ça. Et puis il doit s’occuper de sa mère. Il ne peut toujours pas se confier. S’il le fait, c’est aux médecins qui tentent de le soigner qu’il le fait. Et il se retrouve interné. A l’hôpital psychiatrique. Il a l’habitude. Sa vie d’homme n’est pas épargnée et l’empêchera de vivre libre. Jusqu’au jour où…

Scénario original

Quand on commence Oublier son père, on ne peut plus quitter Alexandre. Sa vie nous bouleverse. Non seulement l’auteur nous embarque dans le monde très particulier du jeune homme, monde qui frise la folie, folie due à la maltraitance, mais il nous embarque aussi dans la folie de la mère, qui est encore plus malade que le fils, mais jamais soignée. Quant au père, on découvre au fil des pages la vérité sur sa vie.

Oublier son père est un roman passionnant qui nous prend aux tripes. La fragilité de l’homme, de tout homme est au cœur de ce roman. Avec bien sûr l’importance de la mère sur son enfant. Sur la construction de l’adulte en devenir. L’importance de l’enfance qui laisse des traces durant toute la vie. Comment se défaire de son passé quand il a été si douloureux ? Alexandre restera à jamais marqué par cette mère tyrannique.

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– Pas la peine de chialotter, je ne t’ai pas fait mal, m’assure ma mère chaque fois qu’elle me gifle.

Sud de la France, années 90. Alexandre grandit auprès d’une mère autoritaire et irascible. Elle veut à tout prix qu’il oublie l’image de son père disparu prématurément. Bon garçon, il s’exécute.

Devenu photographe, Alexandre se révèle un adulte maladroit, séducteur malgré lui, secoué par des crises de migraine et la révolution numérique. À quarante ans, il échoue dans un petit village de Suède pour y classer des images d’archives. Il lui faudra un séjour en chambre noire et une voix bienveillante pour se révéler à lui-même et commencer enfin à vivre.

Oublier mon père parle de la construction de l’identité masculine, des mensonges qui nous hantent et de la nécessité de s’affranchir du passé.

Date de parution : le 23 août 2018
Auteur : Manu Causse
Editeur : Denoël
Prix : 20 € (300 pages)
Acheter sur : Amazon

Matilda, les aventures extraordinaires d’une enfant très précoce (Audible)

Matilda, les aventures extraordinaires d’une enfant très précoce (Audible)

Roald Dahl, écrivain anglais, a écrit durant toute sa vie et surtout pour les enfants. 18 ans après sa mort, on continue à lire et relire ses œuvres ! Matilda est une de ses super héroïnes. Et c’est Kate Winslet qui interprète la petite fille sur-douée ainsi que les autres personnages dans le livre audio Matilda.

Portrait de Matilda

Matilda a 4 ans et 3 mois au début du livre. Elle a une famille ordinaire. Enfin, c’est à dire qu’elle a des parents et un grand frère de 5 ans son aîné. Son père est marchand de voiture d’occasion. Mais elle sent que ses parents ne lui consacrent aucune importance et ne pensent même qu’à se débarrasser d’elle ! Elle doit toujours se faire toute petite. Mais elle, Matilda, n’est pas comme eux. Étant toute seule tous les après-midis, elle décide d’aller à la bibliothèque et dévore tous les livres réservés à la jeunesse. La bibliothécaire lui fait ensuite découvrir des livres pour adultes. Car Matilda sait lire et comprend tout. Et elle se passionne pour les livres de Dickens, à la grande surprise de la bibliothécaire !

Matilda et ses parents

Matilda n’est pas aimée par ses parents. Du coup, elle non plus ne les aime pas. Un jour, elle fait une blague à son papa qui se retrouve avec son chapeau collé à sa tête toute la journée car Matilda avait enduit le chapeau de super glue ! Matilda ne s’arrête pas là. Un autre jour, elle verse de la teinture blond platine dans la lotion tonique de son père. Et le voilà devenu blond et fou furieux ! Mais jamais personne ne soupçonne la petite Matilda si timide.

Matilda et l’école

A 5 ans et demi, Matilda fait son entrée à l’école. Son institutrice Mademoiselle Candy va tout de suite se rendre compte de l’intelligence exceptionnelle de Matilda. Elle sait compter sans limite. Matilda a même écrit un très beau quatrain à son institutrice. Devant tant de prouesses, Mademoiselle Candy décide d’aller voir les parents de Matilda. Mais elle fut très mal reçue.

Premier miracle de Matilda

Tous les jeudis après-midi, l’institutrice est remplacée par la directrice, Madame Le Gourdin. Inutile de vous dire que tout le monde déteste et craint la directrice. Par un miracle absolument incroyable, Matilda va réussir à anéantir la directrice et à devenir la meilleure amie de Mademoiselle Candy.

Mais Publik’Art ne vous dévoilera pas les suites de cette histoire géniale et émouvante ! A vous de l’écouter, où que vous soyez : dans la voiture, à la maison, à la plage, à la piscine ! Matilda, de sa petite voix fluette, saura tous vous captiver, petits et grands !

Et profitez de ces grandes vacances pour redécouvrir la sélection faite par Publik’Art pour vos enfants : Les Malheurs de Sophie, Goal ! 1 d’Antoine Griezmann, ou encore L’omelette au sucre. En profitant toujours de la promo de l’été :

Alors, pour profiter de toutes ces belles lectures et occuper avec plaisir vos enfants durant les vacances, Audible vous offre durant tout l’été, de très nombreux livres audio et surtout une belle promo pour bien en profiter :

La promo des P’tis héros : chaque titre 0-3 ans, 3-6 ans, 6-10 ans à 5,99€ max ! Offre valable jusqu’au 31 août inclus. Alors, vite, créez votre compte Audible pour pouvoir en profiter !

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Matilda

Penguin presents Roald Dahl’s Matilda, read by multi-award-winning actress Kate Winslet.

Matilda Wormwood is an extraordinary genius with really stupid parents. Miss Trunchbull is her terrifying headmistress who thinks all her pupils are rotten little stinkers. But Matilda will show these horrible grown-ups that even though she’s only small, she’s got some very powerful tricks up her sleeve….

Kate Winslet’s award-winning and varied career has included standout roles in Titanic, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Finding Neverland, Revolutionary Road, and The Reader, for which she won the Academy Award for Best Actress. Also a highly acclaimed voice artist, she received the Grammy Award for Best Spoken Word Album for Children for Listen to the Storyteller.

©2014 Roald Dahl (P)2014 Penguin Books Limited

Date de parution : le 11 septembre 2014
Auteur : Roald Dahl
Lu par : Kate Winslet
Durée : 4 h et 18 mn
Acheter sur : Audible

Réda Seddiki, un one-man show sans frontières entre la France et l’Algérie

Reda Seddiki
Reda Seddiki, Lucernaire, mise en scène de Réda Seddiki

Réda Seddiki, un one-man show sans frontières entre la France et l’Algérie

Le Lucernaire continue d’attirer des foules nombreuses même au coeur de la période estivale comme peuvent en témoigner les sièges largement garnis à l’occasion du spectacle de Réda Seddiki. Le jeune homme, grand et pince sans rire, emporte avec lui un public qui ne peut résister à cet humour du soleil (certains comprendront la portée symbolique de cette remarque). A travers deux parties évoquant autant la France que l’AlgérieRéda Seddiki pointe du doigt les petits travers et les grosses manies de deux pays que tout rapproche, malgré la Méditerranée qui les séparent!

Un humour pertinent et enjoué

La première chose marquante dès l’arrivée en salle pour les spectateurs, c’est le sourire et le faciès enjoué du comédien. Débarqué en France après une enfance passée au bled, Réda Seddiki savoure les particularités des deux pays. Il s’en amuse avec une bonne humeur éternellement communicative. Pas de critiques gratuites ou de coups de gueule intempestifs, le spectacle entier est marqué du sceau de l’empathie et de la fraternité entre les peuples. Le comédien appuie sans acrimonie mais avec une justesse réjouissante sur ces manies qui creusent le sillon de la défiance et de l’inimité pour mieux les mettre à distance et en rire. L’heure de spectacle fait accumuler les rires et les sourires dans un public acquis à la cause du comédien. La première partie du spectacle propose un voyage dans son village natal en Algérie, Réda Seddiki fait intervenir plusieurs protagonistes pour mieux souligner la diversité d’un pays où on boit du vin, on s’amuse et on est lucide sur les supercheries menées par le gouvernement. La seconde partie interroge sur la notion de Fraternité présente dans la maxime républicaine, si souvent claironnée mais moins souvent appliquée. Le mot clé du spectacle doit être liberté, liberté de parler, liberté d’aimer, liberté d’être soi même. Le comédien en use à bon escient pour apporter un message à portée sociale pour remettre en cause la tendance franchouillarde au pessimisme ambiant.

Réda Seddiki propose un spectacle rafraichissant à découvrir au Lucernaire jusqu’au 2 septembre. L’occasion de remettre en cause l’ethnocentrisme européen pour une plongée facétieuse dans la diversité d’un monde où tout est possible, même monter sur une scène parisienne en venant d’Algérie!

Dates :  Jusqu’au 2 septembre 2018, vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 19h.
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Réda Seddiki
Avec : Réda Seddiki

Sortie du thriller Escobar en DVD, BluRay et VOD le 22 aout!

Escobar
Escobar, film de Fernando León de Aranoa, Copyright Filmax

Sortie du thriller Escobar en DVD, BluRay et VOD le 22 aout!

Après une séance ciné en avril 2018 plutôt convaincante et chroniquée sur les pages de Publik’Art, le film Escobar sort en DVD, BluRay et VOD le 22 aout. L’occasion de découvrir la prestation habitée de Javier Bardem en magnat de la drogue obsédé par un besoin de reconnaissance incompressible, quitte à supprimer des milliers d’innocents pour assouvir sa haine contre ceux qui le traquent. Le film de Fernando León de Aranoa a beau souffrir de quelques faiblesses, comme cet usage incompréhensible de l’anglais dans une Colombie parlant espagnol, le film fichera la trousse aux âmes les plus sensibles.

Un personnage qui ne cesse de passionner le cinéma

Pablo Escobar est devenu un héros tellement cinégénique que les adaptations se multiplient années après années pour évoquer sa vie de trafiquant de drogue. Grand architecte du trafic de cocaïne vers les Etats-Unis,  le colombien a bâti un empire ayant fait de lui l’homme le plus riche du monde l’espace de quelques années au milieu des années 80. Après Benicio del Toro et Wagner Moura, c’est au tour de Javier Bardem de prêter ses traits au cruel baron de la poudre blanche. Personnage à multiples facettes, il alterne entre sourires enjoués et manières de gangster pour faire fructifier son empire et abattre l’adversité. A ses côtés, l’actrice et épouse dans la vie Pénélope Cruz interprète la journaliste Virginia Vallejo tombée sous son charme et elle-même emportée dans un tourbillon de tourmentes. Le toujours excellent Peter Sarsgaard est l’agent de la DEA en charge de l’arrestation ou de l’élimination du narco trafiquant. Le film multiplie les scènes d’une extrême violence pour figurer la détermination de celui qui n’avait peur de rien ni de personne. Si la série Narcos avait le bon gout de mélanger fiction et réalité avec l’ajout de scènes d’archives véridiques, le film insiste sur la personnalité tourmentée d’un homme de plus en plus adulé par le peuple colombien, haï par le gouvernement et les Etats-Unis en même temps que seul. La quête de l’argent sans limites devient un miroir aux alouettes pour un homme à l’ambition dévorante qui verra ses rêves de gloire descendus en flammes.

Escobar est un thriller glaçant à découvrir pour se faire une idée quant à l’ascension météorique et la chute fulgurante d’un personnage bigger than life. Difficile de quitter le film même après sa fin tant certaines scènes restent incrustées dans l’esprit du spectateur.

[vc_text_separator title= »SYNOPSIS ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
Escobar
Escobar

Impitoyable et cruel chef du cartel de Medellin, Pablo Escobar est le criminel le plus riche de l’Histoire avec une fortune de plus de 30 milliards de dollars. « L’empereur de la cocaïne » met la Colombie à feu et à sang dans les années 80 en introduisant un niveau de violence sans précédent dans le commerce de la drogue.
Fascinée par son charisme et son pouvoir, la très célèbre journaliste Virginia Vallejo, va s’apercevoir qu’on ne s’approche pas de l’homme le plus dangereux du monde impunément…

Sortie DVD : le 22 aout 2018
Durée : 02h03
Réalisateur : Fernando León de Aranoa
Avec : Javier Bardem, Penélope Cruz, Peter Sarsgaard
Genre : voir fiche allociné
Prix : 19,99 € (DVD)
Acheter : sur Amazon

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https://www.youtube.com/watch?v=ATDhyjXRNtM

La Purge, le premier roman insoumis d’Arthur Nesnidal (Julliard)

Arthur Nesnidal

La Purge, le premier roman insoumis d’Arthur Nesnidal (Julliard)

Si La Purge est le premier roman d’Arthur Nesnidal, il est quasi certain que ce ne sera pas le dernier. Car vraiment, la plume de cet auteur est indéniablement époustouflante.

Elève brillant mais non conforme

Arthur Nesnidal a décidé de partager avec le plus grand nombre son expérience de première année préparatoire littéraire, l’année d’hypokhâgne, réservée aux plus brillants élèves. Ce n’est pas la première fois que Publik’Art s’intéresse aux conséquences dramatiques d’un enseignement qui existe réellement en France. En août 2017, Isabelle Dignocourt avait publié le livre : L’Education nationale, une machine à broyer . Rien que le titre en dit long sur son contenu. Nous avions aussi chroniqué le livre de Nathan Comons : Le camp, où il racontait son expérience, dramatique, dans une grande école parisienne.

Dénonciation, cri de révolte

Il n’est donc pas nouveau de relater son expérience, souvent traumatisante, de ces années d’études, par contre ce qui ressort chez Arthur Nesnidal, c’est son écriture. Il est vrai que c’est un élève brillant, littéraire et qui a une grande culture générale. Non seulement, il est brillant, mais sa façon de nous conter ses déboires avec ses professeurs, ou même avec les femmes de ménage, sortent de l’ordinaire. Tout au long de son livre, le lecteur réalise le calvaire qu’endurent tous ces élèves alors qu’ils sont tous remarquablement brillants. Des études tellement inhumaines que l’élève devient vite une loque sous l’effet de la maltraitance quotidienne de ses professeurs. Bien sûr, aucune école n’est citée dans le livre mais il est vraisemblable qu’elles se ressemblent toutes, hélas !

Arthur Nesnidal est à la fois un poète, un intellectuel, un écrivain, un politicien, un révolté, bref un jeune homme brillant avec un grand avenir devant lui.

Quand arrêterons-nous ce massacre aussi bien à l’école, au collège, au lycée, mais encore davantage lors des hautes études supérieures ? Il est grand temps de révolutionner l’Education dans notre pays ! Une entrée dans le moule lamentable, un véritable carnage pour la plupart des élèves ! L’Education reste une machine à broyer au XXI siècle !

Extraits :

Par leur faute, nous étions médiocres, mauvais, incultes, vides ; par leurs méfaits, nous pataugions. Nous étions, sous ses yeux, le triste résultat d’un déclin progressif de l’école publique, qui n’avait même pas pu nous enseigner les bases […] p.40

L’infirmerie scolaire était pour les élèves la dernière frontière avant le précipice. Y passer, c’était presque mourir ; son sinistre dortoir confinait à la morgue ; des plaintes de détresses venaient de tous côtés, chétives et déchirantes, les mourants de fatigue s’empilaient à tout va dans des chambres étroites et toujours surchargées. P.40

[…] il annonçait tout haut la note qui tombait ; puis, sans élever la voix, il faisait des remarques sur les fautes grossières que l’on avait commises, sur les égarements qu’on eût pu éviter, sur tout ce qui faisait de nos humbles travaux d’immondes petits torchons ; on aurait dit une hyène rôdant parmi les chats. P.48

C’était un monastère, d’esprit et de structure. On y entrait, innocent enfant de chœur ; on en sortait perverti, transi de quelque fanatisme littéraire gâteur de libres pensées. Le génie flétrit sous les coups de l’autorité. P.71

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« Vous, Mademoiselle, dites-nous ce que vous en pensez, vous qui avez raté votre devoir. » Aucune forteresse ne résiste à cela. Blême, frissonnante, l’expression fissurée par la déflagration, l’estomac enfoncé, l’espérance perdue, elle se faisait violence avec un héroïsme en tous points admirable pour ne pas fondre en larmes ou sombrer sous la table.
Sans complaisance, un étudiant décrit le quotidien d’une année d’hypokhâgne, sacro-sainte filière d’excellence qui prépare au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Face au bachotage harassant, au formatage des esprits et aux humiliations répétées de professeurs sadiques, la révolte gronde dans l’esprit du jeune homme…
Féroce et virtuose, La Purge dénonce la machine à broyer les individus qu’est l’éducation élitiste à la française. Avec pour toutes armes la tendresse d’un Prévert et les fulgurances d’un Rimbaud, Arthur Nesnidal y taille en pièces l’académisme rance de ses professeurs et retourne contre l’oppresseur sa prose ciselée. Dans la plus pure tradition du roman d’apprentissage, un manifeste pour la liberté.

Date de parution : le 16 août 2018
Auteur : Arthur Nesnidal
Editeur : Julliard
Prix : 16 € (160 pages)
Acheter sur : Amazon

Under the silver lake, un film iconoclaste et réjouissant

Under the silver lake
Under the silver lake, film de David Robert Mitchell, Copyright A24

Under the silver lake, un film iconoclaste et réjouissant

Après le choc It Follows, David Robert Mitchell est de retour avec un grand film paranoïaque. Under the silver lake suit un cheminement apparement sans queue ni tête suivi par un Andrew Garfield résolu à retrouver une blondinette récemment rencontrée et aussitôt disparue. Les hommages aux grands réalisateurs abondent, Hitchcock en premier lieu, pour une plongée surprenante dans un Los Angeles jonché d’êtres désorientés, véritables zombies d’une ville sans repères. La pop culture est le fil conducteur d’une génération abreuvée aux références seventies et eighties tels des totems qui font se rencontrer des individus perdus. Ceux qui s’attendent à un film horrifiant ou à un thriller seront déçus tant ce Under the silver lake s’amuse à brouiller les pistes pour un résultat inattendu qui ne ressemble à rien de la production cinématographique actuelle. A prendre ou à laisser.

Un lac d’argent comme un miroir de notre société 

Le héros Sam végète dans une existence sans signification ni direction. Menacé d’expulsion pour cause de loyer impayé, il trouve dans la disparition de sa voisine Sarah l’occasion de donner du sens à une existence morne et terne. Il plonge alors dans une quête qui lui fera accumuler les surprises et les rencontres. Ceux qui ont vu le film The Swimmer avec Burt Lancaster se souviennent de ce plongeur qui enchaine les rencontres tandis qu’il désire nager dans toutes les piscines de son quartier. Sam est un jeune désoeuvré qui va trouver dans sa recherche l’occasion de déchiffrer des énigmes et cracker des codes. Des choses sans relief deviennent pour lui des casse-têtes susceptibles de lui ouvrir des portes une fois découverts. Le grand intérêt du film est aussi sa limite principale. Trouver un sens au film parait inutile, seul le voyage compte et toutes ces rencontres qui lui font frayer avec des individus à la limite de l’étrange. Un compositeur caché de musiques aussi célèbres que celles de Nirvana ou Iron Butterfly, un gourou qui souhaite profiter des plaisirs de la vie avant l’extinction prochaine de la race humaine ou des jeunes actrices qui se livrent à un hédonisme forcené semblent des pièces disparates dans un puzzle confus. Le seul lien entre eux semble être cette pop culture faite de cartoons, radio, music, TV, movies, magazines comme le dit la chanson de REM What’s the Frequency Kenneth citée dans le film. Under the silver lake a tout du labyrinthe tortueux pour un personnage qui trouve enfin un sens à sa vie dans les décombres d’une civilisation qu’il s’évertue à comprendre. Même si le film parait étrange tout du long, le spectateur pourra trouver son compte dans toutes ces chansons illustres citées dans le film jusqu’au final Strange Currencies de REM, les scènes calquées sur des films célèbres comme la scène de piscine rappelant le film final inachevé de Marilyn Monroe ou ces produits emblématiques d’une certaine génération. La quête de Sam verse souvent dans une kabbale mystérieuse dont il semble être le seul capable de comprendre les arcanes, ses rencontres font souvent penser à des songes éveillés, le film surfe sur un scénario irréel avec un héros déconnecté.

Under the silver lake a tout du trip psychédélique, du film à tiroirs et du délire d’un réalisateur qui s’amuse à brouiller les pistes. Difficile de rester de marbre devant un tel OVNI cinématographiques, certains s’en agaceront et d’autres s’adonneront à un lâcher prise réjouissant. A vous de choisir. La seconde option est évidemment plus intéressante car le film est long, mieux vaut donc s’y préparer avant le visionnage.

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Under the silver lake
Under the silver lake

À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

Sortie : le 8 aout 2018
Durée : 2h19
Réalisateur : David Robert Mitchell
Avec : Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace
Genre : Thriller, Comédie

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The Fortress, sortie DVD, BluRay et VOD depuis le 8 aout!

The Fortress
The Fortress, film de Dong-hyuk Hwang, Copyright Droits réservés

The Fortress, sortie DVD, BluRay et VOD depuis le 8 aout!

The Fortress a tout du film guerrier. L’envahisseur chinois tente d’asservir le peuple coréen au cours d’une invasion massive. Le rapport de force déséquilibré n’empêche pas le roi Injo retranché dans sa forteresse d’espérer l’arrivée de renforts pour affronter les barbares. Des scènes de combat à grand spectacle tranchent avec de longs apartés intimistes où les assiégés pèsent le pour et le contre, se soumettre, s’allier, se défendre ou se faire massacrer ne semblent pas des issues acceptabes pour tous les personnages tiraillés entre l’honneur et la survie. Un beau film sud-coréen à la poésie surprenante.

Un survivor movie en mode majeur

Le titre semble désigner une citadelle imprenable juchée à flancs de montagnes. L’enjeu stratégique est bel et bien là, avec des batailles homériques et ses personnages perdus dans une nuée de combattants. Les aficionados de batailles surpuissantes seront comblés, tandis que les spectateurs plus romantiques apprécieront la teneur hautement métaphorique des 47 jours de siège. La nourriture vient à manquer, les soldats souffrent du froid, des choix drastiques doivent être ordonnés pour permettre de ne pas succomber à l’attente. Le roi Injo est au centre des luttes de pouvoirs menés par des courtisans tour à tour flagorneurs ou de confiance selon les contextes et les caractères. Les 2h20 passent sans difficulté entre des querelles diplomatiques et cette obligation asiatique de se conformer aux règles d’honneur, sans quoi un homme n’est pas un homme. Pas beaucoup de femmes dans ce récit hautement masculin et belliqueux qui dévoile une partie historiquement symbolique de la lutte éternelle entre nations asiatiques. La métaphore avec les temps actuels n’est pas loin, le petit royaume coréen doit accepter ou non de se soumettre à l’ogre chinois, certains y verront un parallèle plein de sens avec une époque actuelle marquée par un capitalisme sans limites… Le roi Injo doit choisir, se soumettre ou voir son peuple partir en esclavage, voir se faire littéralement massacrer. Plus qu’une question d’honneur, c’est aussi et surtout une question de survie.

The Fortress est une très bonne surprise à découvrir en DVD, VOD et BluRay. Les combats n’ont rien à envier aux productions hollywoodiennes tandis que le récit multiplie les traits subtils sur l’art de la diplomatie avec des personnages impétueux ou plus en intériorité. Un film à découvrir pour un petit rayon de soleil sud-coréen dans l’été caniculaire.

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The Fortress
The Fortress

Hiver 1636. Alors que la Chine tente d’asservir l’Asie, le roi Injo et ses hommes refusent de se soumettre, retranchés dans une forteresse dans les montagnes. Mais les rangs chinois grossissent de jour en jour, et le rapport de force semble très déséquilibré…  Autour de cette forteresse va se jouer l’ultime bataille. Pour l’honneur d’un roi. Pour le destin d’un peuple.

Sortie DVD : le 8 aout 2018
Durée : 02h20
Réalisateur : Dong-hyuk Hwang
Avec : Yun-seok Kim, Park Hee-Soon, Lee Byung-Hun
Genre : voir fiche allociné
Prix : 19,99 € (DVD)
Acheter : sur Amazon

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Mary Shelley, une histoire de femme moderne au XIXe siècle

Mary Shelley
Mary Shelley, film de Haifaa Al Mansour, Copyright Pyramide Distribution

Mary Shelley, une histoire de femme moderne au XIXe siècle

Si tout le monde connait l’histoire de la créature monstrueuse créée par le Dr Frankenstein, peu peuvent se targuer d’avoir eu vent de l’existence tumultueuse de son auteure Mary Shelley. Une histoire de femme libre, écrivaine et intransigeante au tout début du XIXe siècle, il fallait bien un réalisme à toute épreuve pour évoquer ce morceau de littérature à l’origine d’un mythe moderne rentré en moins de 2 siècles dans tous les esprits. Plus que l’horreur fantastique d’un récit glaçant, c’est l’aspect dramatique d’une créature revenue du royaume des morts et condamnée autant à la solitude qu’à l’abandon qui ressort d’un film aux images classieuses et aux interprètes assez convaincants.

Un récit de femme moderne

Fille de deux auteurs aux idées progressistes, Mary Wollstonecraft Godwin a tout, et ce dès le départ, de la brebis galeuse. Peu intéressée par les conventions liées à son âge, elle s’immerge à longueur de journées dans des livres fantastiques pour se livrer à l’écriture dès la nuit tombée. Elle Fanning prête plus souvent ses traits diaphanes à des films trash modernes plutôt qu’à des films d’époque en costumes. Mais la plongée historique lui sied bien, surtout quand elle décide de quitter sa famille pour rejoindre un esprit libre comme celui du poète Percy Shelley interprété par Douglas Booth. Leur liaison crée scandale et turpitudes au sein des deux familles mais ne les empêche pas de creuser le sillon de leur amour licencieux. Le film raconte autant l’histoire d’une femme que la genèse d’une oeuvre culte. Il fallait vivre dans une époque juchée entre superstitions et modernité pour imaginer un être réanimé par un procédé électrique. Si maintenant le procédé peut paraitre moyen-ageux et inefficace, le début du XIXe siècle était prompt à croire toute fantaisie inexpliquée. Le film multiplie les scènes où classicisme et modernité se font face dans une lutte permanente. Conventions sociales, pratiques familiales, concubinage, création d’une famille, tout est prétexte à des révolutions qui n’en étaient alors qu’à ses prémices. Le récit est étonnant par ses retournements incessants pour bien figurer le doute constant de jeunes tourtereaux tiraillés entre amour et raison. Quant à Frankenstein, il semble se cacher dans les nombreuses zones d’ombre de la mise en scène, près des personnages fantasques ou historiques. Les personnages secondaires donnent une belle épaisseur au récit, Lord Byron, la soeur et le père de l’héroïne, tous concourent à faire de le film une belle réussite.

Mary Shelley est un film qui ravira les aficionados d’Elle Fanning, du XIXe siècle, de récit romantique et de littérature. Bien que sorti le 8 aout, le film se trouve encore dans de nombreuses salles de cinéma pour un beau moment de langueur féminine.

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Mary Shelley
Mary Shelley

En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. Dans une société qui ne laissait aucune place aux femmes de lettres, Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais.

Sortie : le 8 aout 2018
Durée : 2h00
Réalisateur : Haifaa Al Mansour
Avec : Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge
Genre : Drame, Historique

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