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Richard III ou le sacre de Lars Eidinger, est à (re)découvrir

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Ce spectacle monté par Thomas Ostermeier qui marqua le Festival d’Avignon en 2015, est à (re)découvrir ici sur ARTE Concert jusqu’au 24 juillet 2020. Il est transcendé par le jeu abyssal de Lars Eidinger dans le rôle titre. Habité de toutes les folies à la fois intimes et collectives, il est un astre noir fascinant.

La mise en scène d’Ostermeier – dans une lisibilité, une cohérence et une intelligence parfaites – joue à merveille la carte Shakespearienne avec ses différents degrés de théâtralité qui oscillent entre réalité et fiction, tragédie et bouffonnerie, focalisant des scènes aussi visuelles que puissantes

Richard III est une pièce de jeunesse. Elle consacre la figure emblématique d’un roi maudit meurtri par l’absence d’amour et un handicap physique qui font naître chez lui un profond sentiment d’exclusion et d’humiliation.

Shakespeare à travers cette fresque démoniaque traite de la question du pouvoir et de son ascension aux prises avec des stratégies de séduction et de manipulation. Où le prétendant pour accéder au trône devient la figure du mal absolu, au service d’une ambition machiavélique et sanglante, qui interroge également la force rhétorique du langage et de sa machination, capables d’asseoir un dessein.

Mais la pièce déploie aussi la tragédie d’un homme brisé, honni, et solitaire qui utilise sa rancœur comme une arme et se sert du ressentiment des êtres qui l’entourent pour alimenter sa propre perversité.

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Et dans cette fuite en avant se lit aussi l’imaginaire déjà grotesque de Shakespeare et son goût pour une théâtralité exacerbée. Car Richard use de tous les artifices du théâtre à l’instar d’Ostermeier et de son acteur-roi : séduction, manipulation, composition, imprécation, masque et fait de sa conquête du pouvoir un enjeu exaltant, indomptable, divertissant et une démonstration implacable, sarcastique et ravageuse de la radicalité humaine cachée en tout homme.

Dès son entrée en scène, sous les impulsions métalliques de la batterie jouée par Thomas Witte qui tout au long du spectacle ponctue les montées d’adrénaline de cette curée, le comédien fait sensation à l’abri de sa difformité : le dos courbé, le pied-bot et la bosse bien visible. S’accrochant à un micro-caméra suspendu à un câble pour délivrer sur le ton de la confidence son dessein intime et/ou diabolique – trouvaille géniale du dispositif scénique de Thomas Ostermeier – et qui éclaire en même temps son visage grimaçant ou souriant, il est ce soleil noir aussi brûlant qu’attractif

La Famille d’York vient de conquérir le royaume d’Angleterre. Henri VI a été tué, Edouard IV règne. Son frère, Richard de Gloucester, monstre difforme et mal aimé supporte mal cette paix qui s’installe. il en sera donc le trouble-fête vénéneux et tragique. Il entame une sanguinaire marche au trône en faisant assassiner son frère Clarence, puis, son autre frère, le roi lui-même.

Dès lors, plus rien ne l’arrêtera pour se débarrasser de tous les gêneurs – ennemis comme amis -, avec beaucoup de facilité, là où l’ horreur de Richard III n’est pas Richard, mais le résultat d’un processus collectif qui prend aussi ses racines dans sa lignée déjà fratricide.

Et pour incarner la bête immonde au sens propre comme au sens figuré, Lars Eidinger, l’acteur phare de la Schaubühne, où son incarnation à la fois vampirique et séductrice de ce forcené maléfique, nous tient en haleine du début à la fin.

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Dès son entrée en scène, sous les impulsions métalliques de la batterie jouée par Thomas Witte qui tout au long du spectacle ponctue les montées d’adrénaline de cette curée, le comédien fait sensation à l’abri de sa difformité : le dos courbé, le pied-bot et la bosse bien visible. S’accrochant à un micro-caméra suspendu à un câble pour délivrer sur le ton de la confidence son dessein intime et/ou diabolique – trouvaille géniale du dispositif scénique de Thomas Ostermeier – et qui éclaire en même temps son visage grimaçant ou souriant, il est ce soleil noir aussi brûlant qu’attractif.

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La mise en scène d’Ostermeier – dans une lisibilité, une cohérence et une intelligence parfaites – joue à merveille la carte Shakespearienne avec ses différents degrés de théâtralité qui oscillent entre réalité et fiction, tragédie et bouffonnerie, focalisant des scènes aussi visuelles que puissantes. Le tout porté par une direction d’acteurs exceptionnels.

A partir d’une aire de jeu transformée en arène à ciel ouvert propre au théâtre élisabéthain, encadrée par des escaliers métalliques, et l’utilisation de la vidéo imprimant en fond de scène des nuages qui courent sur une haute façade habillée d’échafaudages d’acier et un envol de corbeaux, elle est un écrin fulgurant à ce théâtre de bruit, de sang et de fureur.

PTSD, édition spéciale 15 ans de la Bd de Guillaume Singelin (Label 619 / Ankama)

P.T.S.D., une très belle édition spéciale 15 ans

P.T.S.D. ou Post Traumatic Stress Disorder est un album signé par Guillaume Singelin initialement paru début 2019 et récemment réédité pour le label 619 aux éditions Ankama. Une superbe réédition qui offre un écrin à la hauteur de son contenu.

Dans les quartiers pauvres d’une mégapole Tokyoïte aux grands buildings se trouvent d’innombrables sans abris parmi lesquels toute une communauté de vétérans. Des ex-soldats laissés pour compte, en proie à des crises de stress post-traumatique, aux prises de drogues pour les calmer et aux addictions qui les accompagnent. Jun en fait partie. Mais elle refuse de se mélanger aux autres, qu’elle méprise ou rejette. Et elle va semer le chaos derrière elle en déclarant la guerre au cartel local. Un scénario parfois en mal d’inspiration mais dopé aux scènes d’action intenses et parfaitement maitrisées. L’auteur revendique d’ailleurs des influences qui parlent avec des références comme le réalisateur Johnnie To ou encore l’animé Ghost In The Shell. Cet album est exactement à mi-chemin entre les deux.

Le dessin, et le choix du charadesign de notre héroïne, fait particulièrement pensé à Ghost In The Shell tandis que les scènes d’action, leur découpage et leur rythme nous renvoient à un bon film de Johnnie To ou de John Woo. Les décors sont également particulièrement riches et soignés. L’ambiance est très « manga ». 

PTSD est un album généreux. Il offre une belle expérience visuelle, plus que narrative, mais le plaisir de lecture est intact du début à la fin. Un album à découvrir.

Extrait de la BD :

Résumé de l’éditeur :

De retour d’une guerre impopulaire où elle était tireuse d’élite, Jun se retrouve sans-abri, désespérée et en colère. Souffrant de blessures physiques et du trouble de stress post-traumatique, la drogue lui semble être sa seule échappatoire… Avec le soutien d’autres vétérans qui partagent les mêmes souffrances, la gentillesse d’une inconnue qui s’obstine à lui venir en aide et la compagnie d’un chien nommé Red, Jun réussira-t-elle à surmonter son traumatisme et retrouver sa paix intérieure ?

Date de parution : le 19 juin 2020
Scénariste(s) : Guillaume Singelin
Dessinateur(s) : Guillaume Singelin
Genre : Fiction
Editeur : Ankama
Prix : 20,90 € (216 pages)
Acheter sur : Amazon

Une nuit à Rome, tome 4, la BD à succès de Jim (Grand Angle)

Une nuit à Rome tome 4

Une nuit à Rome, tome 4, une BD de Jim (Grand Angle)

Paru en ce début d’été, le tome 4 signe l’épilogue d’Une Nuit à Rome, série BD à succès de Jim. L’occasion de relire l’intégralité des albums, comme un voyage dans le temps qui dure 10 ans. Une nuit à Rome s’ouvre en effet sur les quarante ans des personnages principaux, Marie et Raphaël, amis d’enfance nés le même jour. Ces derniers s’étaient promis vingt ans plus tôt de se retrouver pour passer une nuit à Rome pour célébrer ce quarantième anniversaire.

Le quatrième volet ferme la parenthèse 10 ans plus tard, lors de leur cinquantième anniversaire… au coeur d’une promesse renouvelée mais plus chahutée que jamais. Jim orchestre une mise en scène délicate dans un récit à la mélancolie à la fois exacerbée et apaisée par le temps qui passe. Une narration fleuve romantique qui interroge sur cet amour impossible en se gardant bien d’y apporter de réponse évidente.

On retrouve sous les traits subtiles de Jim ces personnages et leurs amis dont seulement les corps ont vieillis. On apprécie tout particulièrement le travail des couleurs réalisé par Delphine. Le dessin est baigné de lumière comme la capitale italienne un soir d’été. Du romantisme, encore et toujours.

Une Nuit à Rome aura donc tenu sa promesse !

Extrait de la BD :

Une nuit à Rome tome 4

Résumé de l’éditeur :

« Tu crois qu’à 50 ans on vivra encore des choses fortes ? »Dix ans ont passé depuis la première nuit à Rome et cette promesse que Marie et Raphaël s’étaient faite de passer la nuit de leurs quarante ans tous les deux… Puis les amants sont retournés à leur existence d’avant.Quand Marie reçoit une invitation pour aller fêter les cinquante ans de Raphaël à Rome, elle ne sait pas encore si elle va accepter. L’invitation de Raphaël restera-t-elle lettre morte ? Et puis, après tant d’années, n’y a-t-il pas tout à perdre à essayer de revivre cette nuit exceptionnelle ?

Date de parution : le 10 juin 2020
Scénariste(s) : Jim
Dessinateur(s) : Jim et Couleurs : Delphine
Genre : Comédie dramatique / romance
Editeur : Grand Angle
Prix : 18,90 € (120 pages)
Acheter sur : Amazon

2 Vins de Savoie à découvrir : La Mondeuse Cuvée Et ma goutte… 2018 des Vignerons Berthollier Denis et Didier, et Arcluzia de la Cave de Cruet

La Mondeuse est un cépage noir typique de Savoie. Ce cépage tardif donne souvent de très bons vins de garde, charpentés et de caractère qui prennent avec l’âge un bouquet évoquant la violette ou la framboise, parfois même la truffe. On est loin du vin blanc de Savoie habituel, sec, acide et idéal pour accompagner les fondues et les raclettes. Si le vin rouge savoyard ne représente que 20 % de la production pour une surface totale d’environ 300 hectares, l’augmentation est exponentielle et réserve de belles surprises. Deux exemples de Mondeuse représentatifs à découvrir ici, la cuvée Et ma goutte… 2018 des Vignerons Berthollier Denis et Didier, et Arcluzia de la Cave de Cruet.

Denis & Didier Berthollier, une Mondeuse en majesté

Le domaine s’est converti à l’agriculture biologique et propose un cépage 100% Mondeuse pour sa cuvée Et ma goutte de… 2018. Avec son terroir bas de coteaux argilo calcaire (argile dominant) et moraines, et son exposition sud, sud ouest, le domaine s’occupe de 6300 à 8500 pieds/ha. Aucun désherbant chimique n’est utilisé depuis 2011 et l’agriculture biologique est à l’honneur depuis 2017 pour un respect de l’équilibre des sols et de la plante. La récolte est étalée entre le 4 et le 10 octobre sur observation et dégustation des baies et des pépins. Le rendement s’élève de 40 à 50 hl/ha avec une vendange manuelle et un transport en caisse de 350 kg pour limiter l’écrasement. La vinification est réalisée sans soufre. Toutes ses étapes ont pour résultat un vin à la robe soutenue, pourpre, avec des reflets et des liserais violine pendant sa jeunesse. La violette prend toute son ampleur au nez, avec également des fruits rouges et du poivre. En bouche, ce sont les fruits rouges et les épices qui se dégagent, soutenus par la structure tanique. Le vin se déguste idéalement avec un pot au feu, un bœuf en sauce ou rôti, un coq au vin, du gibier et un fromage typique de la région, de la Tomme de Savoie. Distribué en vente directe, en ligne, chez les cavistes et en CHR, le vin est proposé au prix indicatif départ cave de 12,50 euros.

La Mondeuse Arcluzia, un art de vivre

Le terroir se distingue par ses cônes torrentiels qui dominent largement. Provenant des contreforts de l’Arclusia, leur charge en cailloux varie et la matrice peut-être sableuse, plus limoneuse parfois même argilo-limoneuse. Les vendanges sont réalisées manuellement avec es grappes entières, un début de vinification en macération carbonique suivi d’une cuvaison de 8 à 10 jours. Le vin Arcluzia de Mondeuse arbore une belle robe grenat à reflets mauves. Le nez est élégant, fruité avec des notes fleuries. La bouche est charnue avec des pointes épicées soutenues par des tanins souples. Le vin accompagne idéalement des viandes rouges, des gibiers et des fromages secs savoyards. Distribué en vente directe, chez les cavistes et en CHR, le prix indicatif départ cavé s’élève à seulement 8,10 euros. Un vin à découvrir dès cet été pour comprendre la puissance de la Mondeuse!

Antigone, la révoltée, de la série Mythologie & compagnie (Nathan)

Antigone, la révoltée, de la série Mythologie & compagnie (Nathan)

Nathan sort une nouvelle série : Mythologie & compagnie. Elle comprend les plus grands romans de ma mythologie grecque, réécrits, et illustrés pour les jeunes lecteurs à partir de 7 ans.
Nous allons commencer la série par Antigone, la révoltée.

Les frères d’Antigone se battent à mort pour devenir Roi de Thèbes. Aucun des deux ne survivra. Mais leur oncle, Créon, roi de Thèbes décide que seul Etéocle aura droit à être enterré. Leur sœur, Antigone refuse cette décision et décide, quoiqu’il lui en coûte, d’enterrer son frère, Polynice. Va-t-elle à son tour perdre la vie ?

Le récit, de Clémentine Beauvais, est court, simple et donne envie de connaître la suite. Le livre est joliment illustré par Aline Bureau.

Il est sûr que le jeune lecteur aura envie de découvrir d’autres histoires de la mythologie grecque. Le prochain à découvrir sur Publik’Art sera celle d’Ulysse contre le cyclope.

Infos de l’éditeur :

Date de parution : juin 2020
Auteur : Clémentine Beauvais
Illustrateur : Aline Bureau
Editeur : Nathan
Prix : 6,20 €

Né à Jérusalem (et toujours vivant), un film doux-amer de Yossi Atia et David Ofek, sortie le 22 juillet, distribution ARP Sélection

Né à Jérusalem et toujours vivant

Né à Jérusalem (et toujours vivant) ressemble à une petite comédie douce amère sur le parcours de chacun, depuis la naissance jusqu’aux évènements qui nous touchent. Le héros Ronen interprété par Yossi Atia organise un tour un peu particulier au cœur de Jérusalem avec pour thème les endroits où ont eu lieu les attentats. Non pas pour s’enrichir mais un peu comme une thérapie, il guide les touristes sans enthousiasme mais pas sans émotion. Le traumatisme encore vivace trouve un moyen singulier de se résorber avec toujours ce même décompte des victimes et un résumé du procédé utilisé. C’est à la fois effrayant et comique, le procédé n’est pas banal!

Un film pince sans rire

Le réalisateur explique qu’en août 2012, dans le cadre d’un programme culturel à Jérusalem, il avait mis en place une performance sous la forme d’une visite guidée de la rue Jaffa, à l’endroit où eurent lieu certaines des attaques terroristes les plus célèbres. Il faut savoir que cette rue est tristement célèbre pour le nombre impressionnant d’attaques terroristes qui s’y sont déroulées. Cet évènement fit l’objet d’une large couverture médiatique, non seulement à l’échelle locale (le quotidien Ha’aretz, la radio de l’armée Galatz et le show tv Erev Hadash), mais aussi à l’international (The Washington Post, New York Times). Le film reprend ce procédé avec un héros visiblement diminué par le poids de l’histoire, avec en plus le poids d’un père dépendant et une incapacité pathologique à s’engager. Le héros ne s’implique d’abord pas avant de se retrouver de plus en plus submergé au cours de visites qui rencontrent un succès croissant. Le héros a connu les évènements lors de son adolescence et a visiblement du mal à s’en remettre. Comme souvent dans ce type de film, l’humour pince sans rire se veut furieusement involontaire, le héros semble ne même pas s’en rendre compte lui-même. Pour qui suit l’actualité, chacun sait que les attentats semblent appartenir au passé depuis l’édification d’un mur décrié mais pourtant efficace entre Israël et les pays environnants. Les réalisateurs ne le mentionnent jamais mais il est pourtant bel et bien présent, et ce qu’a vécu le héros semble appartenir à un passé reculé même si toujours douloureux. Une histoire d’amour entre Ronen et une jeune fille de 28 ans née à Tel Aviv mais qui vit à l’étranger est abordée un peu maladroitement, sans savoir si le héros a envie de s’engager ou non. Cette histoire permet toutefois de faire sortir le héros d’un cercle vicieux dans lequel il tournait en rond.

Le film ressemble à une comédie noire qui prend souvent des airs à un documentaire. Il rappelle le ton des films de Jafar Panahi comme Taxi Téhéran avec ce personnage principal un peu lunaire. Le film recèle de sentiments profonds qui lui donnent cette force, à découvrir en salles le 22 juillet.

Synopsis: Ronen, qui vit au cœur du quartier touristique de Jérusalem, invente une nouvelle forme de visite guidée : le tour des attentats de ces dernières années…

Le groupe français Volin publie son nouvel album Cimes sous influence indie rock et musique électronique jusqu’à rappeler Radiohead

Volin, Cimes

Le groupe indie rock montpelliérain Volin s’est abreuvé aux sources indie rock, pop français, folk et sonorités électroniques pour élaborer son album Cimes plus de deux ans après son précédent opus Volcan. Avec une musique à la fois électronique et mélodique, Volin livre des chansons atmosphériques qui peuvent notamment rappeler Kid A de Radiohead et d’autres titres de groupes aussi ambitieux. L’évidence n’est pas de mise dans cet album vraiment impressionnant et détonnant dans le paysage musical francophone.

Un album à écouter toutes oreilles déployées

Avec Volcan, Volin s’aventurait du côté d’une musique expérimentale qui laissait augurer des désirs d’aventure. Les 11 titres de Cimes font imaginer un processus long et minutieux de composition pour aboutir à des véritables ambiances oniriques. L’exigence des musiciens aboutit à une véritable expérience qui s’entend dès le premier titre Descendre en soi pour une introspection lancinante. Les ambiances se succèdent à la lisière du rock indie et de la musique électronique pour un vrai plaisir musical. L’élan, Petit à petit et Partir confirment l’impression initiale, Volin se prête au jeu de l’immersion avec des morceaux ambitieux qui donnent envie de s’évader. Avec Hier, le groupe s’envole vers des cimes musicales qui prouvent la volonté de ne pas verser dans la facilité. Le disque se veut plus solaire que le précédent, moins sombre, plus planant, et ça fait plaisir de quitter l’univers plaqué de l’assemblage habituel guitare / voix / basse / batterie pour une vraie recherche musicale. C’est une sorte de douce mélancolie qui accompagne l’écoute de Cimes. L’écriture vise à un équilibre sans superflu, le gras a été supprimé pour ne conserver que l’essentiel. C’est dans un chalet pyrénéen que le groupe et l’ingé son frère du chanteur ont composé et enregistré Cimes, presque en autarcie pour un maximum de liberté.

Le groupe Volin a choisi d’emmener les auditeurs en voyage avec lui dans une ambiance des plus planantes. Le rock et la musique électronique se côtoient pour une belle expérience musicale. Cimes envoute et accroche pour une écoute réjouissante. L’album est à découvrir depuis février 2020, il est encore temps de se laisser séduire.

Les jours aimés, 1er roman de Anne-Sophie Faivre Le Cadre (Anne Carrière)

 

Les jours aimés, 1er roman de Anne-Sophie Faivre Le Cadre (Anne Carrière)

Anne-Sophie Faivre Le Cadre écrit un très beau premier roman avec Les jours aimés. On imagine que ce roman est largement autobiographique. Ce ne peut être autrement vu toute l’émotion qui en ressort.

Constance a toujours eu une relation privilégiée avec sa grand-mère, depuis son plus jeune âge. Un jour, elle se promet que jamais elle n’ira dans une maison de retraite. Qu’elle ne sera jamais la vieille dame de l’affiche de publicité, enfermée dans une maison de retraite. Qu’elle ne cessera jamais de s’occuper d’elle…

Nous sommes dans les années 1950. A Angers. La grand-mère de Constance habitait en périphérie… Elle s’occupait tous les soirs de Constance et de ses frères et sœur, à la sortie de l’école.

Et puis, adolescente, Constance a habité chez elle, quand toute sa famille a déménagé. Sa grand-mère était sa plus grande confidente, sa complice, même.

Quoiqu’elle fasse, elle comprenait sa petite-fille et lui a permis de se sentir libre, comme on désire l’être quand on est ado ! Grâce à elle, elle est partie sur son vélo, sur les traces de Georges Sand ! Un souvenir de liberté inoubliable !

Et puis, la vie a volé les instants magiques avec sa grand-mère… Mais jamais Constance ne l’a oubliée. Même séparées, elles continuaient à se téléphoner, à garder le contact. Sûrement pas assez… Constance sent la culpabilité la guetter. Elle ne s’occupe pas assez de sa grand-mère. Elle est partie à l’autre bout du monde… Elle vit sa vie à cent à l’heure, tellement loin de sa grand-mère… Et pourtant, jamais elle ne l’oublie…

Les jours aimés, un très bel hommage à toutes les grands-mères !

Infos de l’éditeur :

Date de parution : 3 juillet 2020
Auteur : Anne-Sophie Faivre Le Cadre
Editeur : Anne Carrière
Prix : 17 € (192 pages)

Cinémiracles, l’émerveillement religieux à l’écran, le nouvel ouvrage ultra passionnant de Timothée Gerardin aux éditions Playlist Society (sortie le 25 août)

Cinémiracles, l’émerveillement religieux à l’écran

2 ans après avoir proposé le déjà magnifique ouvrage Christopher Nolan, la possibilité d’un monde, l’auteur Timothée Gerardin s’attaque à un sujet a priori plus érudit en envisageant la représentation des miracles au cinéma, intégrant dans sa réflexion des notions autant profanes que religieuses. Cinémiracles, l’émerveillement religieux à l’écran démonte aussi bien l’importance de l’élément de surprise chez le spectateur que le vecteur croyance, par delà les considérations ésotériques ou personnelles. Un peu plus dense que d’habitude avec ses 156 pages, l’ouvrage se lit comme un traité fouillé et hautement documenté. Une prouesse de plus pour les éditions Playlist Society.

Un ouvrage profond au delà du cinéma

Les références classiques depuis les origines du christianisme côtoient les réflexions érudites sur ce que le miracle a d’évocateur pour chacun d’entre nous, par delà les croyances religieuses intimes et échappant à toute velléité de catéchisme. Car le miracle au cinéma n’est pas lié qu’à l’apparition inexpliquée, à la guérison inexplicable ou à l’évènement prodigieux, il peut aussi avoir trait au merveilleux, au sublime et même à la supercherie. Le cinéma étant lui-même un medium reflétant le réel mais éminemment trompeur par nature, il peut le travestir et le parer de toutes les illusions. Si les films invoqués ont souvent un rapport à la pensée religieuse chrétienne, autant à travers la figure de Jésus, des saints ou même du diable, c’est parce que le cinéma est historiquement une invention surtout occidentale, parcourant des sociétés imprégnées de protestantisme ou de catholicisme. La dernière tentation du Christ côtoie Conjuring et Rosemary’s baby dans un essai hautement documenté qui interroge sans jamais tomber dans le prosélytisme et fait surtout appel à la curiosité du lecteur. L’auteur le rappelle à travers toutes ses références, il est avant tout critique de cinéma et son but est avant tout de faire réfléchir au sujet d’une image hautement transversale et répandue dans l’histoire du cinéma, celle du miracle, son sérieux naturel l’enjoint à ne pas faire le travail à moitié, d’où cette impressionnante recherche documentaire que l’on imagine dantesque. Le résultat se lit avec avidité, il y a de quoi muscler votre culture générale!

Cinémiracles, l’émerveillement religieux au cinéma propose une vraie réflexion cinématographique sur un thème propre à titiller tous les curieux du cinéma. Les explications proposées ne recherchent pas la facilité et invoquent cet attrait éternel de l’humain pour le merveilleux, si exacerbé qu’il peut l’être via le medium du cinéma.

Synopsis: Dès la naissance du cinéma et le court-métrage Le Christ marchant sur les flots de Georges Méliès (1899), les cinéastes se sont emparés des sujets religieux, et plus spécifiquement de la question des miracles. Dans de grandes fresques hollywoodiennes, telles que Les Dix Commandements (Cecil B. DeMille, 1956) ou Ben-Hur (William Wyler, 1959), le miracle constitue l’apothéose qui associe la sidération des spectateurs à un émerveillement religieux. D’Ordet (Carl Theodor Dreyer, 1955) à L’Apparition (Xavier Giannoli, 2018) en passant par Bruce tout-puissant (Tom Shadyac, 2003), le phénomène miraculeux a connu une multiplicité d’évocations, au cinéma et dans les séries. C’est à chaque fois une expérience-limite qui fait s’opposer l’invisible et le visible, la folie et la raison, le bien et le mal. Par la mise en scène, le miracle peut être sublimé, dénoncé comme supercherie, ou au contraire trouver une dimension nouvelle. Cinémiracles, l’émerveillement religieux à l’écran explore les modes de représentation du miracle, au croisement des questions esthétiques et spirituelles

Editeur: Playlist Society

Auteur: Timothée Girardin

Nombre de pages / prix: 168 pages / 14 euros

Le collectif Hila publie 21, un premier album jubilatoire tout en nuances.

Le violoncelliste Artyom Manukyan et le producteur Dawatile ont créé ensemble le projet Hila à Los Angeles en piochant dans des influences électro, Beat Music, mais folk et même soviet-arméniennes. Le premier est issu de scène jazz française et le second de la scène jazz arménienne, ils échafaudent ensemble des sonorités enivrantes à la croisée des chemins. Le 21 est un club connu de LA où les compères ont livré des concerts au succès retentissant. 21, c’est également le nombre de jours nécessaires pour enregistrer l’album sur le label Underdog Records. Sortie le 14 février 2020!

Un album unique en son genre

La première impression à l’écoute de 21, c’est l’extrême exigence des deux musiciens pour imbriquer en toute harmonie des influences variées. Pour un résultat véritablement enthousiasmant. Les sonorités de l’Arménie soviétique des années 80-90 se mélange à des beats electro venus de LA pour un alliage en acier massif. Les inspirations de chacun nourrissent une musique fourre-tout où chaque élément trouve parfaitement sa place pour se fondre dans un tout. Le premier extrait Glendale Soul Train donne le ton de la philosophie des deux musiciens. Varier les plaisir et faire découvrir des nouvelles sonorités. Hila est un concept spontané issu de la parfaite alliance entre Artyom Manukyan et David Kiledjian alias Dawatile. Le violoncelliste arménien basé à Los Angeles et son ami multi- instrumentiste français d’origine arménienne ont initié ce projet pour composer un premier album en 21 jours. Hila devient cette musique captivante qui vise à élerver l’auditeur très haut. Tous deux très liés avec leurs origines arméniennes, c’est un retour aux sources dans la capitale Erevan au coeur du Caucase qui a engendré le projet. Dawatile y a enregistré en 2007 des musiques traditionnelles locales auprès de musiciens locaux. Le principal groupe, Armenian Navy Band comptait Artyom parmi ses membres, à la basse et au violoncelle. Cette rencontre scelle leurs destins entre un exilé nourri au hip-hop et au jazz, et l’autre plus habitué des musiques folkloriques de l’Arménie des années 80. La musique les réunit et ils vont s’en servir pour créer une identité commune entre décalage culturel et visions partagées. Ils invitent également le maître de musique arménienne Norayr Kartashyan sur deux titres pour faire toucher du doigt l’identité traditionnelle arménienne. Entre passé, présent et futur, les titres se développent, rattachés aux racines de l’Arménie et projetés vers l’avenir.


Hila mélange les cordes du violoncelle d’Artyom avec des beats modernes pour créer une nouvelle musique iconoclaste. Claviers, machines, chant et nappes électroniques se mélangent pour un album fascinant.

Les Damnés : l’électrochoc théâtral d’Ivo van Hove à (re)découvrir sur France 5

"Les Damnés" ou l'électrochoc théâtral d'Ivo van Hove à la Comédie Française
« Les Damnés » photo Christophe Raynaud de Lage

Les Damnés : l’électrochoc théâtral d’Ivo van Hove à (re)découvrir sur France 5

Le spectacle enregistré dans la cour d’honneur du palais des Papes, le 6 juillet 2016, constituait un événement à plus d’un titre : grand retour de la Comédie-Française au Festival d’Avignon, absente depuis pas moins de vingt-trois ans, et première expérience dans la cour d’honneur de l’immense metteur en scène flamand Ivo van Hove. 

Cette grande soirée théâtrale est à (re)découvrir le 4 juillet sur France 5 à 23h25.            

La montée du nazisme et la compromission de certains industriels allemands orchestrés comme un opéra baroque à travers le prisme d’une riche famille allemande qui s’entredéchire sur fond de rivalités malsaines et d’intérêts économiques, tel était le thème des « Damnés », film culte de Luchino Visconti.

En partant du scénario et non du film, Ivo van Hove, maître incontesté de la scène internationale dont nous avons chroniqué les spectacles, revisite avec son art aigu de la mise en scène, cette histoire de violence, pleinement contemporaine, qui renvoie dans le contexte social et politique d’aujourd’hui, à la montée des populismes et des fanatismes. Un électrochoc théâtral consacré aux Molières 2017 meilleure pièce de théâtre public, meilleure création visuelle et meilleure comédienne pour Elsa Lepoivre.

Le 27 février 1933, dans une ville de la Ruhr, la famille Essenbeck célèbre l’anniversaire du patriarche, le baron Joachim, chef de la dynastie et maître des aciéries qui ont fait la prospérité de toute la famille et qui ont rendu son nom célèbre.

[…] un art aigu de la mise en scène […]

Sa fille, la baronne Sophie, veuve de guerre et mère de Martin : un jeune homme dégénéré à la personnalité trouble mi-homme, mi-enfant aussi perverse que diabolique, est la maîtresse de Friedrich Bruckmann, le directeur des usines.

Au cours de la soirée, le baron annonce à ses invités le remplacement de son fils Herbert, un libéral hostile à Hitler, par Konstantin à la vice-présidence des aciéries et membre des SA qu’il justifie pour des raisons non pas idéologiques mais purement économiques.

Une première brèche avec les forces du mal qui va inaugurer une succession d’assassinats au sein du clan dont chaque décès sera fortement ritualisé par Ivo van Hove : la mise en bière donnant lieu au transport du corps dans un cercueil aligné coté cour où une caméra filme ses derniers instants, tandis que les cendres sont ensuite ramenées et versées dans une urne à l’avant scène du plateau sous un bruit strident, rappelant le départ d’une locomotive en partance pour les camps de la mort.

A l’abri de musiques « dégénérées » (Stravinsky) ou revendiquées par les nazis (Beethoven, Wagner), des images d’archives ou préfilmées et une captation en direct des comédiens jusqu’en coulisses, le tout renvoyant des images sur un immense écran situé au centre du plateau, la mise en scène d’Ivo van Hove se révèle brillante, passant du découpage filmique au plateau de théâtre aux prises avec un rendu dramaturgique qui mêle la grande et la petite Histoire, l’intime et l’universel.

Une danse de mort où les acteurs du Français sont tous remarquables […]

On suit l’évolution psychologique des différents personnages confrontés à un enchaînement d’événements de plus en plus oppressants et mortifères qui se relient à l’Histoire et à leur vie personnelle. Où un corps social qui cherche à conserver son pouvoir, ses privilèges est à l’œuvre au prix de la trahison de soi, de ses idéaux, de ses proches pour se perdre dans la violence politique et la perversion pour survivre.

Et dans cette lutte sans merci, Martin, le fils nihiliste et désœuvré reste seul après avoir éliminé tous ses adversaires, devenant un serviteur zélé du régime prêt à régner sur l’empire hérité.

Scène finale saisissante qui voit alors le jeune Martin se retourner vers le public et le mitrailler dans un silence de plomb renvoyant ici et maintenant au fanatisme religieux qui radicalise une jeunesse aux abois.

Une danse de mort où les acteurs du Français : Denis Podalydès (Konstantin), Guillaume Galienne (Friedrich), Elsa Lepoivre (Sophie), Eric Genovese (Von Aschenbach), Didier Sandre (Joachim) et Christophe Montenez (Martin), tous remarquables, sont un chœur intense et vibrant à cette histoire de haine familiale sur fond de rivalité sacrificielle qui emprunte sans ménagement à la tragédie antique.

Date : 4 juillet 2020 sur France 5 à 23h25 
Metteur en scène : Ivo van Hove

L’infirmière, un thriller retors de Koji Fukada, sortie le 5 août 2020 (distribution: Art House Films)

L’infirmière est un film à énigmes qui tient en haleine dans l’attente d’une explication finale que le réalisateur Koji Fukada ne livre pas explicitement. Cette infirmière devenue une membre de la famille où elle intervient éveille des questionnements mais rien ne permet véritablement de trancher. Bipolaire? Psychopathe? Le drame reste entier jusqu’au bout, et le spectateur est bon pour échafauder ses théories. Les spectateurs pourront s’en rendre compte le 5 août dans les salles!

Une énigme à géométrie variable

Koji Fukada fait partie de la jeune génération de réalisateurs japonais à suivre pour les années à venir. Il a évolué dans des genres très différents, l’animation expérimentale avec La Grenadière, le mélodrame familial avec Harmonium, le récit d’apprentissage aavec Au-revoir l’été et la science-fiction apocalyptique avec Sayonara. C’est ici à un drame noir auquel s’adonne Fukada avec une infirmière pleine de mystère. Professionnelle dévouée, elle fait preuve de sérieux et d’empathie avec la vieille femme qu’elle assiste. Toujours le sourire aux lèvres, elle donne aussi des cours particuliers aux deux jeunes filles de la famille. Et c’est là que la tragédie apparait, comme par surprise. Car le neveu de cette infirmière est soupçonné d’avoir kidnappé la cadette des jeunes filles. Plus rien ne sera plus jamais pareil pour cette infirmière frappée du sceau de la suspicion. Et là, une situation pas si compliquée commence à échapper au spectateur. La faute à des sauts temporels et des ambiguïtés jamais dissipées. Ainsi l’infirmière n’est jamais vue en compagnie de sa sœur, et la ressemblance frappante entre les deux insinue le doute, portant le sujet sur l’autel de la duplicité et de la bipolarité. L’infirmière et sa sœur doivent-elles être considérées comme deux personnes différentes ou les deux faces d’une même réalité? Le malaise est persistant et ne disparait jamais vraiment tandis que l’infirmière est la proie d’hallucinations aussi persistantes que redondantes. La confusion de la réalisation entretient le doute dans l’esprit du spectateur, et le suspens qui apparait à l’annonce de la libération de la jeune fille ne signe pas la fin du film. La tension est perpétuée ave une infirmière en proie à une folie douce naissante tandis qu’elle change de coupe de cheveux et que ses échanges avec une jeune fille de la famille où elle intervenait la font passer pour une déséquilibrée aux yeux de tous. Le récit se situe sur le fil du rasoir et le spectateur ne peut s’empêcher d’essayer de tenter de rassembler les pièces d’un puzzle retors.

L’actrice Mariko Tsutsui est au premier plan d’un film où elle tient deux rôles centraux à l’ambiguité morale patente. L’Infirmière confine au film malade, avec son ton bon teint de façade cachant une hypocrisie de tous les instants. L’incertitude règne dans ce qui ressemble à un thriller prenant, sur les écrans français le 5 août prochain.

Synopsis: Ichiko est infirmière à domicile. Elle travaille au sein d’une famille qui la considère depuis toujours comme un membre à part entière. Mais lorsque la cadette de la famille disparaît, Ichiko se trouve suspectée de complicité d’enlèvement. En retraçant la chaîne des événements, un trouble grandit : est-elle coupable ? Qui est-elle vraiment ?

https://www.youtube.com/watch?v=W8WV4UiUKT4

Ema, un film plein de fougue de Pablo Larraín, le 2 septembre dans les salles

Le réalisateur chilien virtuose de No, Jackie et Neruda est de retour. Après s’être exercé avec brio dans l’exercice de la biographie des grandes figues historiques, Pablo Larrain revient à un sujet plus viscéral, peut-être aussi plus personnel avec une jeune héroïne danseuse toujours intense qui se cherche. Elle aime les hommes, elles aime les femmes, elle aime la liberté mais elle veut aussi devenir mère. Le film a été présenté au Festival de Sundance et a remporté le Prix Unimed à la Mostra de Venise. Il sortira le 2 septembre en salles.

Une femme incendiaire, au propre comme au figuré

Ema (Mariana Di Girolamo) évolue comme danseuse dans la troupe de son mari Gaston (Gael García Bernal) et tous deux peinent à se remettre de la séparation d’avec leur fils adoptif Polo. Le mystère reste longtemps entier sur les circonstances d’un accident auquel Polo a été partie prenante et le couple se déchire. Ema se rapproche de ses amies danseuses et vogue de rencontres en rencontres dans une ambiance follement légère. Ema est une femme-enfant trop vite grandie, enthousiaste et paumée à la fois. Le réalisateur se laisse aller à l’exposition mêlée des corps et des esprits, la narration est très musicale en même temps que les flashbacks se bousculent et font parfois perdre le fil du récit. Les émotions sont à fleur de peau et Ema se laissent longtemps entrainer dans un tourbillon de sensations, préférant la folie du présent aux plans du demain. Le film est une vraie expérience de cinéma, intense et iconoclaste. Certains moments font douter du réalisme du personnage tandis que d’autres font au contraire plonger au plus profond du réel.

Ema est une expérience sensuelle parfois un peu gratuite qui pose la question de la responsabilité vis-à-vis d’une progéniture innocente et coupable à la fois. La liberté et la maternité peuvent-ils se confondre sans dommages collatéraux? La folie du personnage agace parfois, son choix continuel de la facilité interroge sur sa vision du monde. L’ordre final qu’elle instaure parait un peu irréel mais semble la solution la plus acceptable. Ema sort au cinéma le 2 septembre pour un moment intense de cinéma.

Synopsis: Ema, jeune danseuse mariée à un chorégraphe de renom, est hantée par les conséquences d’une adoption qui a mal tourné. Elle décide de transformer sa vie.

Deux vins blancs Roussette de Savoie à découvrir, le Château de Monterminod 2018 de Jean Perrier et Fils et le Domaine de L’Idylle – Anne de Chypre 2018

Château de Monterminod, Roussette de Savoie

Tout le monde le sait bien, la roussette de Savoie est un vin blanc connu pour être léger et tranquille, produit en Savoie. Sec et gras, il se reconnait à ses arômes de miel et d’amande, ainsi qu’à sa robe jaune clair. Vin blanc AOC, l’appellation compte 4 dénominations géographiques à Frangy, Monthoux, Marestel, et Monterminod pour une production presque confidentielle de moins de 50 hectares et une production annuelle d’environ 10 000 hectolitres. C’est parti pour 2 dégustations représentatives.

La Roussette de Savoie du Château de Monterminod 2018 chez Jean Perrier et Fils

Cette Roussette de Savoie se distingue par son cépage dominant Altesse. Avec 5000 pieds par hectare, et un rendement moyens à l’hectare de 64 à 68 hectolitres par hectare, le vignoble de Monterminod a été créé suite à une charte du XIe siècle à l’initiative de St Odilon, grand Abbé de l’Abbaye de Cluny pour des vins destinés à réconforter les bons moines qui venaient de fonder une colonie sur les bords du Lac du Bourget. Ce vignoble entourait le Château qui avait une position stratégique privilégiée dans le système défensif de la Savoie. Les coteaux de Monterminod (8 hectares), plantés en vieilles vignes, exposés plein sud, produisent chaque année un vin d’exception, dont le domaine a l’exclusivité. A la dégustation, la robe se pare d’un jaune or brillant. Au nez, les arômes de fruits blancs, ananas, pamplemousse ne font aucun doute. La bouche est bien équilibrée, très structurée à la fois vive et pleine avec un très bel amer de l’écorce d’orange en fin de bouche, garant d’un grand potentiel. Le vin s’accore parfaitement avec de la charcuterie, des plats épicés, du fois gras, du poisson au fenouil ou à l’oseille. Bonne nouvelle, le vin peut se garder plus de 5 ans. Le prix cavistes et site web est de 15,50 euros. Un vin blanc à découvrir!

La Roussette de Savoie Anne de Chypre 2018 du Domaine de L’Idylle

Le Domaine de l’Idylle est accroché aux flancs des coteaux alpins de la Combe de Savoie, dans le parc du massif des Bauges. Productrice de vins fins de Savoie depuis 1840, la Famille Tiollier fait fructifier son terroir et en exprime toutes les subtilités. Le vignoble familial est cultivé dans le respect de la nature et de la tradition, et tout cela depuis 1840. Aujourd’hui, ce sont Sylvain, Philippe et François qui s’occupent de faire vivre ce beau Domaine Savoyard. Le vin est racé et rond, avec une belle robe jaune claire, légèrement dorée. Le vin est finement aromatique, agréable et ample. Un élevage sur lies lui donne sa noblesse et sa puissance. La princesse Anne de Chypre devint par son mariage Duchesse de Savoie. La légende raconte qu’elle amena de Chypre le cépage Altesse, à l’origine de ce vin. Le vin est à boire jeune ou à garder 4 ans maximum. Il se déguste à l’apéritif, idéalement avec du beaufort , des fruits de mer, des quiches, des asperges, et aussi avec les plats de poissons de lacs ou de rivières (en sauce ou grillés). Et comme il vient de Savoie, il accompagne très bien également les fondues et raclettes. Proposé au prix de 10,80 euros, il mérite une dégustation.

Un film fort en émotion, La rumeur en ressortie édition Blu-Ray + DVD et livret depuis le 24 juin

William Wyler est un réalisateur à l’origine de nombreux chefs d’œuvre, notamment Ben-HurLes Grands Espaces et La Rumeur. Ce dernier est un drame tourné en 1961 qui résonne avec pertinence vis à vis de notre époque actuelle. Deux jeunes filles inventent une fausse accusation aux conséquences dramatiques à l’encontre de deux femmes responsables d’une école de jeunes filles à la réputation impeccable. La calomnie et l’hypocrisie auront tôt fait de renverser leur existence paisible à l’orée d’une chasse aux sorcières qui va les engloutir. James Garner, Audrey Hepburn et Shirley MacLaine sont emportés par une vague qui va les engloutir. Le film est d’une beauté cruelle, à voir et revoir pour des émotions intenses.

Un film qui en dit long sur la société américaine

La Rumeur est l’adaptation d’une pièce de Lillian Hellman. Trop souvent mis de côté dans la filmographie de son réalisateur, le film est pourtant marqué du sceau de la plus parfaite exigeante. A l’époque, Audrey Hepburn est encore auréolée de sa performance dans Breakfast at Tiffany ‘s avec une quatrième nomination aux Oscars à la clé. Shirley MacLaine quant à elle a tourné dans le chef d’œuvre La Garçonnière. Le réalisateur adapte pour la seconde fois la pièce de Lillian Hellman, The Children’s Hour qu’il avait déjà adapté en 1936 dans le film Ils étaient trois (These Three). Le fait divers à l’origine de l’ouvrage évoque la rumeur d’une relation homosexuelle entre deux institutrices lancée par une enfant avec un procès à la clé et des vies brisées. Il faut se souvenir que le Code Hays en vigueur à l’époque interdisait toute mention à ce qui était considéré comme une perversion sexuelle, homosexualité inclue. William Wyler met en exergue le pouvoir du mensonge qui, dans la bouche d’une enfant, détruit la réputation d’un établissement coté, et par là même des vies. Le reproche d’un amour contre nature vide l’établissement de ses élèves et même le coup de théâtre final n’empêche pas le drame de se produire. La représentation de l’homosexualité à Hollywood prend une nouvelle tournure et le film mélange drame public et sentiments intérieurs dans un film formellement éblouissant.

L’objet proposé contient un Blu-Ray, un DVD et un livret pour mieux comprendre comment l’homosexualité a pu enfin se révéler au grand jour après une histoire hollywoodienne tumultueuse. Et La rumeur reste un film à découvrir absolument pour ses actrices au sommet et ce huit-clos éprouvant. Le coffret est disponible, il ne faut pas hésiter à le découvrir pour une très belle expérience de cinéma.

Synopsis: Amies depuis les bancs de la faculté, Karen et Martha ont réalisé leur rêve en ouvrant un pensionnat de jeunes filles. Avec l’aide de la tante de Martha, Lily, elles dirigent un établissement qui jouit d’une bonne réputation. Fiancée au charmant docteur Cardin, Karen culpabilise à l’idée de quitter l’école et diffère la date de son mariage. Malgré tout, la vie s’écoule paisiblement et l’avenir semble radieux. Mais cette promesse de bonheur va être anéantie par le machiavélisme de Mary, une écolière tourmentée. Ses mensonges seront le début d’un engrenage funeste

Chassenay d’Arce, une nouvelle identité de marque pour 2020

Chassenay d’Arce

Chassenay d’Arce est une maison de Vignerons créée en 1956 Elle rassemble 130 familles de vignerons exploitant 315 hectares de vignoble. Dans un esprit de recherche permanente, la coopérative s’est construit un outil de pointe avec plusieurs nouveaux investissements au cours des dernières années en cuverie et cave d’élevage. Elle est naturellement inscrite dans la démarche environnementale Vignerons Engagés, qui a notamment abouti fin 2019 à la sortie d’une première cuvée Bio millésime 2013. Les cuvées Chassenay d’Arce – en raison de leur finesse, tension et élégance en bouche, et de leur accessibilité – séduisent déjà de longue date les consommateurs dans 18 pays à l’export et chez des cavistes renommés en France (comme Le Printemps du Goût et Le Repaire de Bacchus). Il s’agit maintenant d’aller à la rencontre des nouvelles générations avec une présentation visuelle à la hauteur des ambitions de la Maison. Les champagnes Chassenay d’Arce sont l’expression des terroirs de la Côte des Bar. Ils reflètent les talents et la passion qui animent tous les Hommes de la Maison.

Une nouvelle identité visuelle

Le logo de la nouvelle identité visuelle Chassenay d’Arce symbolise le lien qui unit tous les membres de la Maison. À la fois concentrique, pour exprimer le partage et la solidarité, et excentrique, pour traduire l’ouverture vers le futur. Sa forme végétale et circulaire évoque également le cycle de vie de la vigne et le renouvellement des générations de vignerons au sein de Chassenay d’Arce. L’habillage est riche de couleurs fortes et chaleureuses, évocatrices du style de chaque cuvée. À la fois simples et différenciatrices, les étiquettes rendent les cuvées aisément mémorisables sur les rayons des cavistes. Tout est clair et structuré au niveau des informations attendues par le consommateur. D’autant que les coffrets et étuis sont entièrement recyclables à l’image de l’engagement environnemental de l’entreprise.

La qualité des champagnes Chassenay d’Arce n’est plus à faire, des nombreux articles sur la page s’en sont déjà fait l’écho. Le rosé brut et le Première Brut ont fait l’objet de dégustations qui ne laissent pas place au doute. Il ne vous reste plus qu’à vous laisser tenter!

Rough and rowdy day, un dernier album tant attendu de Bob Dylan qui comble toutes les attentes

Une si longue absence depuis le dernier album de Bob Dylan, 3 ans exactement depuis l’album de reprises Triplicate paru en 2017, le dernier album original étant Tempest paru en… 2012. Le prix Nobel de Littérature 2012 n’a plus exactement la même voix qu’auparavant mais il garde la flamme, même à l’âge de 79 ans. Des paroles toujours aussi profondes, des narrations passionnantes et toujours cette même musicalité mystérieuse. C’est étonnant mais c’est encore un chef d’œuvre!

Un chanteur toujours au sommet

Rough and Rowdy Ways est un 39e album studio qui rassure sur la santé du barde troubadour des sixties. Bob Dylan a révélé sa nouvelle œuvre le vendredi 19 juin avec une balade de pas moins de 17 minutes intitulée Murder Most Foul revenant sur l’assassinat de JFK et une chanson très blues dédiée au chanteur Jimmy Reed. Le chanteur livre un vrai bain de jouvence en mélangeant les styles, 78 ans tout rond après ses débuts. Blues, rock et folk alternent sur des textes toujours aussi confondants de pertinence, portés par une voix fatiguée et rocailleuse n’empêchant ni l’humour noir ni la nostalgie. Murder Most Foul n’était qu’un avant gout des intentions toujours vivaces de celui qui n’a plus rien à expliquer ni à excuser, attendant patiemment son heure en composant des encore très bons morceaux. Le succès est encore au rendez-vous avec une place de numéro 1 au Billboard dès la sortie en mars de sa chanson. Bob Dylan n’hésite pas non plus à faire écho à l’actualité en évoquant dans la même chanson JFK et le massacre raciste de 1921 à Tulsa avec le massacre de 300 personnes noires. Miroir de l’Amérique actuelle? En tous cas, Bob Dylan ne se défile pas et prend ses responsabilité, lui qui a chanté en 1963 à Washington pendant la marche des libertés à laquelle Martin Luther King a lâché son fameux I have a dream. False Prophet est un pied de nez à sa propre légende, dont il se moque avec truculence. I ain’t no false prophet (Je ne suis pas un faux prophète) / I just said what I said (J’ai dit ce que j’ai dit) / I’m just here to bring vengeance on somebody’s head (Je suis juste ici pour venger quelqu’un), toujours autant de mystères dans ses paroles.

Retour en grâce ou apparition nécessaire au égard à l’actualité, Bob Dylan fait encore son petit effet, il n’est pas encore prêt à passer la main. Robert Allen Zimmerman tourne toujours autour du monde dans son officieux Never ending tour et a toujours quelques chose à dire. La preuve avec ce très bel album qui donne envie de de replonger dans sa discographie pléthorique!

Rita, sauvée des eaux : BD autobiographique de S. Legoubin-Caupeil et Alice Charbin (Delcourt)

Rita, sauvée des eaux : BD autobiographique de Sophie Legoubin-Caupeil et Alice Charbin (Delcourt)

Avec Rita, sauvée des eaux, Sophie Legoubin-Caupeil nous conte le récit de sa vie – ou un évènement tragique qui a marqué sa vie pour toujours. Entièrement autobiographique, ce roman graphique se présente un peu comme un carnet de voyage. Un voyage initié par l’autrice pour partir en quête d’explications à l’autre bout du monde : en Inde. 

Là-bas, elle va chercher à retrouver l’identité d’une personne qu’elle ne connait pas mais qui porte en elle un symbole fort. Cette personne, du nom de Rita a en effet été sauvée des eaux par son papa alors que toute la famille séjournait à l’hôtel pour des vacances estivales. Son père y laissa la vie tandis que Rita à eu la chance de poursuivre la sienne grâce à lui. 

L’album est touchant par son histoire mais aussi par les innombrables détails et confidences que nous livre Sophie. C’est un témoignage d’amour très fort. Envers son père mais aussi envers Rita. On profite également du voyage pour en apprendre un peu sur la société indienne (les castes, le sari…). Le texte, assez riche, est mis en image avec délicatesse par Alice Charbin, illustratrice de livres pour enfants. Le dessin est très légèrement teinté de couleurs pastel sous le trait aérien de la dessinatrice. L’ensemble est graphiquement harmonieux et donne vraiment la sensation de parcourir le carnet de voyage, voire le carnet de vie, de Sophie.

Un album touchant de sincérité.

Extrait de la BD :

Résumé de l’éditeur :

Lorsque le père de Sophie Legoubin Caupeil décède en empêchant la jeune Rita de se noyer, il sauve une vie et en bouleverse une autre. Trente ans plus tard, l’autrice enquête pour redonner tout son sens au geste de son père.
Mumbai. 2017 . Alice, Sophie et sa famille se préparent pour aller assister à un mariage. Lorsqu’une invitée demande à Sophie dans quelles circonstances elle a connu Rita, la mère du marié, elle fait appel à ses souvenirs. Rita est plus jeune, elle se débat dans l’eau. Le père de Sophie plonge pour la sauver… Le récit lumineux d’une métamorphose, de comment on décide de transmettre une certaine résilience aux générations suivantes, de transformer un drame en joli conte et de jeter enfin le costume de victime

Date de parution : le 17 juin 2020
Scénariste(s) : Sophie Legoubin-Caupeil
Dessinateur(s) : Alice Charbin
Genre : Roman autobiographique
Editeur : Delcourt
Prix : 22,95 €
Acheter sur : Amazon

Love Corp, une BD de J. Personne et Lilas Cognet (Delcourt)

Love Corp, une BD de J. Personne et Lilas Cognet (Delcourt)

« Avez-vous acheté votre bracelet pour trouver votre moitié ? » Ainsi aurait-pu débuter cet album de Love Corp, qui extrapole le merchandising qui s’est développé ces dernières années autour de l’amour dans nos sociétés. Comparable à une application du type Tinder en plus extrêmele bracelet Love Corp vous promet de trouver l’amour sans avoir à le chercher. Un amour sans accroc (ni relief ?) comme chacun peut l’idéaliser. 

Mais cette histoire de bracelets ne va pas forcément se terminer comme on pourrait s’y attendre…

One shot imaginé par J. Personne (Junior) au scénario et illustré par Lilas Cognet (Emulsions), Love Corp propose un regard critique sur les nouvelles technologies mises au service des rencontres amoureuses. Questionnant le but poursuivi et son impact social, les auteurs interrogent sur notre vision de l’autre dans l’amour, en pointant du doigt notre volonté à vouloir en définir les contours avant toute interaction. Un sujet intéressant, traité à travers cette fiction qui aurait sans doute méritée d’être plus approfondie mais dont le scénario et l’écriture demeurent agréables.

Le dessin de Lilas Cognet, sans être trop sophistiqué, est réalisé avec finesse et naturel. De quoi attirer l’oeil et apporter une jolie valeur ajoutée au récit.

Extrait de la BD :

Résumé de l’éditeur :

« Fini la solitude ! L’âme soeur est à portée de bracelet ! » Et si la technologie vous dictait le choix de votre partenaire ? Un questionnement sur l’amour moderne, au croisement de Black Mirror et d’un Marivaux contemporain.
Lorsque le professeur Léglise invente un bracelet connecté qui vibre lorsque deux âmes soeurs sont à proximité, il ne se doute pas à quel point il va changer l’approche de l’amour. Manu l’étudiant trop timide, Emma la professeure lasse des relations foireuses ou Titi qui refuse qu’on lui dicte sa vie, vont en faire les frais pour trouver une réponse à la question : qu’est-ce que l’amour ?

Date de parution : le 17 juin 2020
Scénariste(s) : J. Personne
Dessinateur(s) : Lilas Cognet
Genre : Comédie dramatique / Fiction
Editeur : Delcourt
Prix : 17,50 € (112 pages)
Acheter sur : Amazon

Ariana Vafadari, une chanteuse à la voix d’ange, présente son nouvel album Anahita (Quart de lune)

Le 19 juin 2020 a marqué le retour d’Ariana Vafadari avec son nouvel album Anahita. Disponible chez Quart de Lune, l’album mélange musique du monde, jazz et classique avec comme point d’orgue une voix unique, celle d’Ariana Vafadari. Entre notes de piano et instruments de son pays, elle empreint sa musique d’une aura quasi mystique. Je ne la connaissais pas avant d’écouter cet album, c’est un éblouissement angélique et magnétique. Je ne parviens plus à m’en passer.

Une musique hors du temps

Comme on pouvait s’en douter, Ariana Vafadari a étudié le chant classique en profondeur. Diplômée du Conservatoire national de Paris, elle a fait ses débuts dans le chant lyrique avec des prestations en tant que soliste partout en Europe, aux Etats-Unis, au Japon et au Brésil. Son nom indique clairement ses origines iraniennes qu’elle porte bien haut en se référant autant que possible à la poésie et à la philosophie zoroastrienne transmise par son père. De tonalité mezzo-soprano, Ariana Vafadari brouille les frontières en creusant des passages entre musiques traditionnelles iranienne et marocaine, sonorités jazz et grande musique classique occidentale. Elle trouve également son inspiration dans des poèmes écrits par le philosophe Zarathoustra il y a plus de 3700 ans, les gathas. Dans Anahita, l’artiste prône un retour à la nature et entraine l’auditeur dans une musique poétique capable de provoquer un éveil spirituel. La chanteuse franco-iranienne Ariana Vafadari a composé les morceaux de l’album Anahita en partant de gammes orientales, les maqams. Pour un auditeur occidental non habitué, c’est un enchantement avec des vibrations incessantes qui parlent au corps et à l’âme. Âtash la voit par exemple accompagnée d’un simple piano pour de douces mélopées qui font décoller dans le ciel. Sur l’album Anahita, la chanteuse est accompagnée de Julien Carton au piano et aux arrangements, de Driss El Maloumi à l’instrument traditionnel iranien, l’ud, de Leïla Soldevila à la basse et d’Habib Meftah Boushehri aux percussions.

L’écoute de l’album provoque un véritable voyage intérieur qui peut faire penser autant à 2001 l’odyssée de l’espace qu’aux écrits mystiques orientaux. Anahita s’inspire de l’histoire de la déesse iranienne des eaux, de la fécondité, des peuples et des vivants. Ce conte onirique met en scène une jeune femme qui, anéantie face à son paysage devenu stérile, prie la déesse dont elle porte le nom de redonner vie à son monde. Son échange mystique avec la déesse la pousse à se lancer à la recherche de l’eau d’Immortalité, puis à finalement trouver l’Amour. Produite par Ariana Vafadari et Vincent Joinville, l’album présente des morceaux et tableaux chantés en persan et français qui ont été joués en mars dernier au Musée du Quai Branly avec personne d’autre que Fanny Ardant en récitante. Un incontournable à découvrir rapidement!

TOAJÊNE, BD décalée de Bozzetto et Panaccione (Delcour

TOAJÊNE, BD décalée de Bozzetto et Panaccione (Delcourt)

Bienvenue dans le monde décalé de TOAJÊNE imaginé par les milanais Bruno Bozetto et Grégory Panaccione. Le duo propose une aventure loufoque et particulièrement originale en nous plongeant dans un monde microbien aussi improbable que surprenant. Le lecteur saute de liane en liane en compagnie d’un certain Moatarzan, super-microbe parmi les microbes, doté d’une apparence humanoïde et d’une grande affinité les questions existentielles ou les simples opérations mathématiques.

C’est sa rencontre avec les humains – les vrais cette fois – qui va chambouler son existence. Du coup de foudre pour une figure de cinéma à sa captivité au service d’un chercheur pour solutionner l’épidémie du siècle, tout y passe. Le ton décalé et l’humour en occupent la première place.

Le scénario ubuesque de Bozetto et le dessin fantastique – en noir et blanc – de Panaccione (dont on avait déjà adoré les traits dans Un Océan d’amour) sont autant d’épices qui viennent relever ce récit inattendu. 

Une BD divertissante, fraiche et légère qui fait plaisir à lire !

Extrait de la BD :

Résumé de l’éditeur :

Quand un microbe amoureux d’une icône du cinéma redonne espoir à l’humanité accablée… Un récit drôle et enchanteur né de l’imagination de deux auteurs dont l’exubérance juvénile n’aura pas été anéantie par l’expérience.
Drames et passions constituent aussi le quotidien de l’univers microscopique et même s’ils ne mesurent qu’un micromètre, les héros n’y sont pas moins remarquables… Par l’odyssée improbable d’un microbe, panacée à l’épidémie qui frappe le monde que seul son amour pour une star du cinéma stimule, les auteurs nous révèlent une dimension fascinante où le burlesque touche à la fantaisie poétique.

Date de parution : le 17 juin 2020
Scénariste(s) : Bruno BOZETTO
Dessinateur(s) : Grégory PANACCIONE
Genre : Humour
Editeur : Delcourt
Prix : 19,99 € (104 pages)
Acheter sur : Amazon

Park, film de Sofia Exarchou sur une langueur adolescente proche de l’incandescence, sortie en salles le 8 juillet (Tamasa distribution)

Park, film de Sofia Exarchou

Park est le premier film de Sofia Exarchou et c’est une belle révélation avec cette bande d’adolescents errant dans les installations désaffectées des Jeux Olympiques d’Athènes de 2004. Bassin olympique, vestiaires et parking servent de terrain de jeux à une jeunesse désabusée avec un luxe de réalisme prenant pour contexte une interminable crise économique et sociale toujours vivace en Grèce.

Une jeunesse pleine de vigueur

Les Jeux Olympiques d’Athènes 2004 ont été la fête du sport, une communion médiatique replaçant la Grèce sur la carte du monde et rappelant l’origine de cet évènement planétaire. A posteriori, c’est pourtant le point de départ d’un cycle ininterrompu de crises pour un pays exsangue après les dépenses somptuaires consenties. Incapable de faire fructifier les installations, l’état grec les a laissés à l’abandon, laissant des chiens errant en prendre possession, et des adolescents. La désolation est reine dans cet environnement un temps flamboyant mais jamais entretenu. Les grecs pensaient retrouver les sommets, ils ne cessent de s’enfoncer depuis. Sofia Exarchou place son intrigue au cœur du village olympique pour un premier long métrage lourd de sens. Park est en lice dans la section New Directors du Festival de San Sebastian et également au programme du Festival de Toronto avec son ambiance pesante faite de bric et de broc pour des jeunes qui languissent au soleil et se chamaillent continuellement. L’adolescence est aussi le temps de la découverte de soi et des premiers émois pour certaines personnes émoustillées par l’attraction des corps. Ces jeunes figurent une Grèce sans lendemain mais qui profite éhontément du présent dans un réalisme sans ambages. L’oisiveté est reine et les perspectives de vie réduites à pas grand chose pour des glandeurs qui peinent à trouver leur place aux côtés de leurs ainés pas mieux vernis, responsables de la situation déplorable de l’économie. La délinquance n’est pas loin pour une post adolescence sans substance, sans mariage et sans descendance. La brutalité règne entre des petites frappes peu désireuses de sortir de leur bidonville pour se mêler au monde si proche. L’amour devient pour un temps une échappatoire mais ils ne savent pas comment faire, ces jeunes déscolarisés et laissés pour compte, et le rayon d’espérance s’évanouit dans le vide de la réalité. Pas vraiment d’intrigue de fond dans ce film, la langueur du quotidien sans perspectives tient toute la place avec des personnages sans vraiment d’ampleur, mais pourquoi en auraient-ils.

La frénésie et l’énergie de la jeunesse est l’objet principal du film, perdue peut-être, mais pas sans volonté. Il n’y a guère que les touristes des stations balnéaires pour se mêler à eux, leur donnant l’impression d’être étrangers dans leur propre pays. Un premier film plein de promesses, en salles le 8 juillet prochain.

Synopsis: Rassemblés dans les ruines du village olympique d’Athènes, des adolescents occupent leurs journées avec des jeux tapageurs, dans un chahut permanent. Parmi eux, Anna et Dimitri qui vont bientôt former un couple. Ils explorent les attractions d’une station balnéaire avec une excitation juvénile et une joyeuse curiosité. Mais, du bonheur estival à l’angoisse de l’automne, le temps passe et leur relation avec…

Ressusciter n’est pas une mince affaire, petites et grandes histoires autour du Covid-19 (Massot Editions)

 

Ressusciter n’est pas une mince affaire, petites et grandes histoires autour du Covid-19 (Massot Editions)

Fiamma Luzzati tient un blog scientifique au journal « Le Monde ». Durant le confinement, elle a écrit une bande dessinée sur le thème de la Covid-19 : Ressusciter n’est pas une mince affaire, petites et grandes histoires autour du Covid-19.

Elle croque différents personnages, soit des professionnels, soit de simples citoyens, durant le confinement. Chacun le vit à sa façon, comme il peut, ou comme il ne peut pas.
Publik’Art a beaucoup apprécié le ton humoristique, tout en traitant des sujets graves. Les dessins très simples accentuent la situation souvent dramatique du confinement. Tout en le ridiculisant. Voilà une bande dessinée où chacun va pouvoir se reconnaître, chez l’un ou l’autre des personnages.

Fiamma Luzzati va s’intéresser aux problèmes de couple. En Chine, 30% des couples se sont séparés à la fin du confinement… Pas facile de vivre en permanence avec une personne avec un confinement qui ne laisse aucune liberté.

Puis, ce sera au tour des enfants d’être interviewer sur ce coronavirus. Des réflexions positives et aussi négatives sur leur changement de rythme et la vie en famille. Très bien analysé !

Ensuite, une jeune réanimatrice en Italie va nous transmettre son témoignage. Bouleversant. Ca commence le 20 février. Sa vie ressemble à un cauchemar… qui ne s’arrête jamais.

L’autrice ne va pas oublier les personnes les plus fragiles, les autistes ; car eux aussi ont souffert de ce confinement. Et leurs familles avec ! Tout est devenu problématique. Et personne pour les aider.

Même si la BD n’est pas politique, une étudiante en médecine, Maïa, va crier sa vérité. Elle a 23 ans, n’a pas peur et veut être utile. Elle sera aide-soignante la nuit de 21h à 7h, auprès des malades Covid. Sans matériel, sans formation. Maïa, marquée à jamais par cette crise sanitaire.

Bien entendu le pire durant ce confinement reste la mort des malades dans l’extrême solitude. Avec un deuil impossible à faire.

Ressusciter n’est pas une mince affaire et demande beaucoup de courage à tous les malades de la Covid. La rééducation est très longue et les progrès très lents. Tant de temps en réanimation ! Du jamais vu !

Il reste aussi la peur de sortir. L’exemple d’un bonheur de rester confiné à Rome. Le Syndrôme de Stockholm. La peur des autres.

Ressusciter n’est pas une mince affaire sort aujourd’hui ! C’est une BD à mettre entre toutes les mains ! Excellente ! La version numérique de cet ouvrage est disponible dès le 25 juin à un prix modeste : 4,99 €. Il sera publié dans sa version « papier » le 7 janvier 2021.

 

Infos de l’éditeur :

Date de parution : 25 juin 2020
Auteur : Fiamma Luzzati
Editeur : Massot
Prix : 4,99 € (84 pages)

La chanteuse Morgane Ji fait preuve d’une énergie débordante et communicative sur son album Woman Soldier (Aztec Musique/ Pias/ RFI Talent)

Morgane Ji, Woman Soldier

Morgane Ji est une jeune chanteuse originaire de la Réunion qui s’abreuve à la source de plusieurs influences, l’électro, le rock, avec des élans poétiques toujours magnétiques. Le titre de son premier album Woman Soldier en dit long sur ses convictions. Album dans les bacs depuis octobre 2018, il regorge de morceaux qui interpellent par leur qualité et leur énergie.

Un album riche et foisonnant

 Si le nom de Morgane Ji ne vous dit rien, sachez qu’elle a réalisé des tournées marathon un peu partout en Europe, en Espagne, en Belgique, en France, au Portugal, au Maroc, en République Tchèque, en Italie, en Russie, et bien sûr dans son île de naissance, La Réunion. Tout a débuté au Royaume-Uni pour se faire connaitre, d’où des paroles en anglais mais aussi en français. Armée de son éternel banjo ou derrière les claviers, elle utilise différentes variations de voix, sur un ton tantôt doux, tantôt rauque avec des rythmiques rock endiablées comme avec Tom thumb, mais aussi électro (Radio on) et parfois maloya comme sur Time Bomb. Loin de ne se contenter que de la chanson, Morgane Ji exerce aussi dans la peinture, le graphisme et la vidéo. Ses textes parlent d’amour et de déceptions, même de rupture. Mais elle est surtout marquante avec ses tons guerriers, se considérant comme une femme guerrière au même niveau que les hommes. Sa réputation l’a transformée en bête de scène, emportant avec elle les spectateurs à chacun de ses concerts. Elle a débuté en 2007 avec In.organic qu’elle a enregistré, produit, réalisé et mixé avant de sortir Idiomes en 2009. Peu connue dans nos contrées, la créole queen métisse revêt une très forte personnalité musicale qui montre une belle singularité à l’originalité folle.

Avec son style unique bien loin des standards RnB actuels, Morgane Ji est une vraie bourrasque rock qui secoue l’auditeur avec ses rythmes et sa voix. La world music ‘est pas loin et le mélange est détonnant. Sa voix puissante au naturel ou mixée à coup d’Auto-Tune empreint chaque titre d’une énergie débordante. Le style de Morgane Ji est unique et il faut écouter l’album Woman soldier pour s’en rendre compte!

Le gars d’Hebdo, une BD pleine d’humour du dessinateur Tofépi aux éditions L’Association, à paraitre le 3 juillet prochain

Le gars d’Hebdo, Tofépi, L’Association

Le gars d’Hebdo est le dernier album autobiographique du dessinateur Tofépi à paraître le 3 juillet prochain aux éditions L’Association. Le héros fraichement non diplômé retourne de mauvaise grâce chez ses parents en Vendée pour officier dans un nouveau travail de pigiste dans un canard local et, si possible, trouver l’âme sœur. Le ton de la BD est à l’humour doux amer avec un héros à la croisée des chemins qui se raconte, sans faux semblant et avec un luxe de détails croquignolets sur les mœurs de ses contemporains vendéens. Le trait est volontairement un peu grossier, entre la caricature et l’esprit de la BD belge avec gros nez et airs béats. La lecture est très sympathique, à découvrir très prochainement dans vos meilleures librairies.

Un anti-héros des temps modernes

C’est à une tranche de vie d’abord un peu aigrie puis finalement assez enthousiasmante que se livre Tofépi. Car les bulles enchainent les commentaires comiques avec un rythme rafraichissant. Là où certains n’y trouveraient absolument rien à dire, il y appose sa pâte faite de second degré et de recul philosophique. D’où une lecture qui donne le sourire aux lèvres car peu souhaiteraient d’abord être à sa place avant de finalement voir le bon côté des choses. Les petites routes secondaires, les vaches, le correspondant local de L’Hebdo fait une plongée en apnée dans un monde qui peut paraitre bien surprenant pour les gars de la ville. La lecture gagne donc un fort côté dépaysant que l’humour de l’auteur souligne d’autant plus.

Après Desh déjà paru chez L’Association en 2018, Tofépi revient sur un nouvel épisode de sa jeunesse avec humour et recul. L’ouvrage se lit comme une tranche de vie décalée qui donne la banane et donne envie d’y revenir.

Synopsis:

Fraîchement non diplômé des Arts-déco de Strasbourg, et toujours célibataire, Tofépi est de retour chez ses parents en Vendée dans une petite ville de 6 000 âmes. Sa carrière de dessinateur est au point mort et ses parents s’exaspèrent de son manque d’activité. L’offre d’emploi pour un poste de correspondant local dans « L’Hebdo » tombe à pic : une nouvelle carrière s’offre à lui, peut-être qu’il deviendra journaliste et rencontrera l’âme sœur ! Appareil photo, dictaphone, stylo, gomme et agenda, c’est parti pour une série de reportages sur des sujets aussi palpitants qu’un départ à la retraite, une fête à la crèche ou un concours de belote. C’est aussi l’occasion d’évoquer son quotidien dans sa famille, ses amourettes imaginaires et un poil incarné récalcitrant. En (vieille) voiture, en vélo (de papi) ou à pied, c’est par une sorte de lent road-movie empreint d’humour et de nostalgie qu’il nous invite à visiter ce nouvel épisode de son passé.

Dessinateur: Tofépi

Editeur: L’Association

Nombre de pages / Prix: 80 pages / 15 euros

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