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Au Motel des Pins Perdus, un roman original de Katarina Bivald (Denoël)

Katarina Bivald

Au Motel des Pins Perdus, un roman original de Katarina Bivald (Denoël)

Publik’Art avait beaucoup apprécié La bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald. Cette fois-ci, l’auteure a encore une idée plus qu’originale avec le Motel des Pins Perdus.

L’histoire tourne autour d’un…

Dès la première page du roman, le lecteur apprend qu’un enterrement aura lieu dans une heure. Celui de Henny. Henny est une jeune femme qui vient de se faire renverser par un camion en traversant la route. Elle est morte. Pour tous, elle est morte. Sauf pour nous. Car avant d’être enterrée, Henny a bien l’intention de profiter encore de « la vie ». Si les autres ne la voient pas, elle, elle voit tout le monde. Elle peut même continuer à parler avec eux, à rester auprès de ceux qu’elle aime. Elle peut continuer à aimer Michael. Elle va aussi remonter le moral de ses amies, MacKenzie sa collègue du Motel et Camila son amie d’enfance qui revient à Pine Creek pour l’enterrement de Henny. Tristes retrouvailles.

Très original

On va suivre les amis de Henny qui doivent faire face au chagrin, mais aussi au Motel qu’il faut continuer à faire tourner. Henny va tout faire pour réunir ses amis et faire en sorte qu’ils ne se séparent plus. Mais comment faire pour que Michael ne reparte pas, et Camila ? Nouvelle vie, nouvelle personne ? Cela peut paraître insensé, mais Henny va user de ses dons surnaturels pour orienter ses amis vers le bonheur. Alors qu’ils sont si malheureux, face à la mort de leur amie ! Il est vrai que l’histoire est toutefois un peu longue. Et qu’on préfèrerait que Henny soit bien vivante…

Même si toute l’histoire tourne autour de la mort, Au Motel des Pins Perdus reste un livre gai, original qui prône l’amour et l’amitié. Si le fait de rendre Henny immortelle est touchant, ce qu’elle réussit à transmettre est empli de bons sentiments ! Dans la même lignée que La bibliothèque des cœurs cabossés. Des personnes abîmées par la vie qui vont arriver à se reconstruire, ensemble, autour d’un fabuleux projet ! Le maître mot de Katarina Bivald : ensemble !

Un très beau moment de lecture !

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Trad. du suédois par Lucas Messmer

On meurt tous un jour… pas forcément dès le premier chapitre! C’est pourtant ce qui arrive à Henny. Mais elle se refuse à quitter notre monde sans avoir accompli une dernière tâche : retrouver, réconcilier et rendre heureux ses anciens amis.


Drôle, farfelue et émouvante, Henny est l’amie qu’on rêve d’avoir à ses côtés… vivante de préférence!

Date de parution : le 7 février 2019
Auteur : Katarina Bivald
Editeur : Denoël
Prix : 21,90 € (576 pages)
Acheter sur : Amazon

Vicious, le combat du mal contre le mal absolu (Lumen)

Vicious, le combat du mal contre le mal absolu (Lumen)

V.E. Schwab est l’auteure de nombreux best-sellers au Royaume-Uni ainsi qu’aux États-Unis. En France, c’est avec sa saga Shades of magic qu’elle se fait remarquer et atteint une popularité dans le milieu du Young Adult en seulement quelques années. Devant le succès des aventures de Kell et Lila, le très célèbre Vicious fait maintenant son apparition sur les étagères.

Une narration originale

Ce qui fait la force principale de Vicious, c’est la narration. Le mode choisi par l’auteure est assez original, puisqu’il consiste à faire des allers-retours entre passé et présent. Cette narration permet d’étudier le passé des personnages en profondeur, leur apportant une touche de réalisme supplémentaire. En effet, revenir dix ans en arrière permet de comprendre l’origine des différends entre Eli et Victor et donc ce qui a poussé Victor à nourrir des plans de vengeance toutes ces années.

Contrairement à ce qui peut effrayer, la distinction entre le présent et le passé est faite très clairement et n’est absolument pas confuse ! On s’y retrouve très facilement et ça ajoute même un peu plus de tension au roman.

Une distinction floue entre le bien et le mal

La dimension psychologique du roman montre tout le génie de V.E. Schwab. Vicious fait réfléchir, mettant le lecteur face à un dilemme des plus importants, le poussant jusqu’à ce qu’il n’arrive plus à faire la distinction entre bien et mal. La frontière est tellement mince entre les deux que l’auteure parvient à embrouiller ses lecteurs sans aucun mal.

Certains passages sont à faire froid dans le dos, instaurant une ambiance assez sombre, bien que tout le roman se déroule aux États-Unis. V.E. Schwab réussit à mettre en place une atmosphère lourde et sombre sans tuer tous ses personnages, simplement à la force de ses mots, et c’est remarquable.

Une plume sans égale

V.E. Schwab parvient à bluffer ses lecteurs une nouvelle fois par sa plume, rythmée et très enrichie. Elle emmène ceux qui la lisent là où elle le souhaite, les entraînant de retournement de situation en retournement de situation sans même leur laisser le temps de récolter les indices qu’elle sème. V.E. Schwab a un style très marqué et une patte qu’on reconnaîtrait entre mille.

Vicious est un roman comme on en trouve peu, qu’il est très difficile de reposer une fois commencé et qu’on garde en tête un long moment après sa lecture. L’auteure est parvenue à créer des personnages si approfondis qu’il est compliqué de ne pas s’y attacher – même si tout en eux est mauvais. À mettre entre toutes les mains, amatrices du genre ou non.

Date de parution : Février 2019
Auteur : V.E. Schwab
Editeur : Lumen
Prix : 16 € (533 pages)
Acheter : Amazon

« Déjeuner chez Wittgenstein » servi par un trio de choc

“Déjeuner chez Wittgenstein” servi par un trio de choc
“Déjeuner chez Wittgenstein” de Thomas Bernhard © Pascal Gely

« Déjeuner chez Wittgenstein » servi par un trio de choc

L’œuvre de Thomas Bernhard brûle d’une rage dévastatrice et se débat à la fois contre et avec le poids d’une culture emprunte de traditions, de chaos et de contradictions. Une hargne propre à dénoncer une société mortifère, gangrénée par sa lâcheté collective, et qui s’efforçait de cacher son passé historique dans lequel elle s’était compromise.

Attaquant violemment son Autriche natale et ses intellectuels, Bernhard témoigne aussi de nos sociétés occidentales écrasées par le poids de la culture muséifiée et conformiste dont elles se servent comme expiation à leur médiocrité et à leur vide spirituel.

Cet emportement verbal qui procède chez le dramaturge d’une impossibilité viscérale à supporter le monde tel qu’il va, est celui d’une voix solitaire, qui butte et s’obstine, soutenue par le seul combat obstiné de l’artiste, jusqu’au risque de sa détestation et de son autodestruction.

Ludwig Wittgenstein, philosophe autrichien et patient assidu d’un asile d’aliéné, rentre chez lui, auprès de ses sœurs qu’il tyrannise autant qu’elle l’aime ou le haïsse.

« La parenté, c’est la mort »

C’est ce jeu de massacre qui est à l’œuvre dans ce déjeuner dévastateur où à travers un redoutable huis-clos s’explorent toutes les névroses, frustrations et empêchements que provoque la famille et son entre-soi régressif où Ludwig assène sans retenue cette réplique « La parenté, c’est la mort« . Mais aussi le vecteur et la métaphore de tous les traumas, de toutes les résurgences-fulgurances, de tous les maux qui guettent encore la vieille Europe et ses tentations isolationnistes.

Folie d’un homme aux prises avec la vacuité d’une réunion familiale où ses certitudes et obsessions disent toute la tyrannie et l’incompréhension d’une intelligence mise à mal qui tourne à vide : miroir d’un monde en décomposition, tandis que les deux sœurs, comédiennes sans emploi ni talent, se confrontent à un immobilisme et à un véritable étouffement de la chair, propices à leur enfermement et à une solitude sacrificielle.

Une passe d’armes vacharde et cruelle

A l’abri d’une scénographie au mobilier lourd et oppressant de Robin Chemin et une direction d’acteur au cordeau, la mise en scène aiguisée d’Agathe Alexis fait entendre tout le fiel et l’embrasement de l’écriture théâtrale.

Une passe d’armes vacharde et cruelle qui voit les trois protagonistes, en dépit de la catastrophe annoncée, se jauger, s’affronter, et se résister pour toujours mieux recommencer. Et dans cette fuite en avant, l’ainée (Yveline Hamon) est impressionnante de virtuosité. Dévouée corps et âme à ce frère malade qui la hait, elle se complait à le ménager et à vouloir sauver les apparences d’un monde bourgeois liquéfié.

Quant à Anne Le Guernec (la sœur cadette), elle incarne à merveille toute l’ambiguïté de son personnage. Aux prises entre la provocation et le désenchantement, la soumission et la détresse, elle reste à jamais prisonnière de cette fratrie dont elle ne peut se libérer. Hervé Van der Meulen porte avec brio le rôle du frère démoniaque. Il se jette à corps perdu dans cet anéantissement de l’être où sa fureur de dire s’oppose à son impuissance. Bravo !

Dates : du 10 janvier au 03 mars 2019 l Lieu : Théâtre de Poche-Montparnasse   (Paris)
Metteur en scène : Agathe Alexis

Le lambeau, un témoignage poignant de Philippe Lançon (Gallimard)

Philippe Lançon © Paris Match

Le lambeau, un témoignage poignant de Philippe Lançon (Gallimard)

Pas besoin de présenter Philippe Lançon. Tout le monde le connaît. Philippe Lançon est journaliste à Charlie Hebdo et à Libération. Il a été victime de l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

L’attentat

Ce 7 janvier 2015, les frères K. entrent dans les locaux de Charlie Hebdo et sont là pour tuer. Il est 11h30, tous les membres de l’équipe sont présents, ou presque pour leur conférence de rédaction. Lançon ne sait pas s’il va chez Charlie, avant de passer à Libération. Au final, il s’arrête d’abord chez Charlie. Et très vite, il va non seulement être victime mais être aussi témoin d’un attentat sans pitié. En quelques secondes, les tueurs ont abattu froidement douze personnes, dont huit membres de la rédaction. Et onze blessés dont quatre grièvement, dont Philippe Lançon.

Témoignage

Philippe Lançon nous livre, presque trois ans plus tard, son témoignage. Il nous parle de sa vie avant l’attentat, mais surtout de sa vie après. Un basculement terrible. Si on a tous été Charlie, un jour, en lisant Le lambeau, on est tous Philippe Lançon. Même si c’est impossible de se mettre à sa place. On revit avec lui l’horreur absolue de l’attentat. Et aussi de toutes les conséquences de cet attentat sur la vie de cet homme. 9 mois d’hospitalisation et un nombre incalculable d’opérations pour tenter de lui redonner une figure humaine. Une reconstitution physique mais aussi psychologique.

Hommage aux victimes

Impossible de parler de ce livre. On ne peut que ressentir tout au long des pages, l’extrême combat qu’a dû mener cet homme pour arriver à s’en sortir. Opération après opération, le chemin de vie de Philippe Lançon ne ressemble en rien à celui d’avant. Il doit mener son combat contre la douleur, et survivre au milieu de toutes les opérations qu’il subit. La reconstruction sera très longue et très difficile. Difficile à vivre, difficile à supporter. Et difficile pour nous lecteurs ! Mais cette écriture, remarquable, semble indispensable. Elle permet de rendre un hommage à toutes les victimes d’attentat. Victimes qu’on a tendance à oublier, à mettre de côté. Victimes qui dérangent presque. Personne n’aime la souffrance. Personne n’aime voir les gueules cassées. Mais ces victimes ont droit aussi à notre respect et à notre admiration pour le combat qu’elles doivent mener chaque jour. Et l’auteur nous montre le chemin. Il réussit à nous sensibiliser puisque nous sommes déjà très nombreux à l’avoir lu puisque Le lambeau est l’une des meilleures ventes de l’année avec plus de 160 000 exemplaires vendus.

Les récompenses

Le lambeau un livre choc qui nous bouscule. Un livre qui a été justement récompensé par plusieurs prix littéraires dont le Prix Fémina et par le prix des Prix 2018 (ce 13 décembre), et le prix Renaudot a remis un prix spécial à Philippe Lançon. Un succès qui montrera à Philippe que nous ne sommes pas indifférents à ses souffrances. Bien au contraire. Des justes récompenses. On aimerait pouvoir dire notre admiration à Philippe, pour son écriture, pour son courage, pour ses confessions souvent si intimes. Et lui envoyer tous nos encouragements pour continuer sa lutte quotidienne. Un exemple pour beaucoup d’entre nous. Un bel hommage aux martyrs de Charlie Hebdo et à toutes les victimes d’attentats.

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Collection Blanche, Gallimard

Lambeau, subst. masc.

1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.

2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55).

3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338).

(Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).
PRIX LITTERAIRES :
MEILLEUR LIVRE DE L’ANNÉE DU MAGAZINE «LIRE» 2018
PRIX DES PRIX 2018
PRIX DU ROMAN NEWS 2018
PRIX FEMINA 2018
PRIX HUMANISME DU SALON MAÇONNIQUE DU LIVRE DE PARIS 2018
PRIX ROGER-CAILLOIS 2018
PRIX SPÉCIAL DU JURY RENAUDOT 2018
PRIX JEAN-BERNARD DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE 218

Date de parution : avril 2018
Auteur : Philippe Lançon
Editeur : Gallimard
Prix : 19 € (248 pages)
Acheter : Amazon

La joie des larmes, une philosophie des pleurs de Francis Métivier (Pygmalion)

Francis Métivier

La joie des larmes, une philosophie des pleurs de Francis Métivier (Pygmalion)

Francis Métivier est professeur de philosophie en lycée. Il est également Docteur en philosophie avec une thèse sur Le concept d’amour chez Kierkegaard. Son dernier livre, La joie des larmes pourrait être une nouvelle thèse avec pour thème principal : le verbe pleurer.

Pourquoi pleurer ?

Si pleurer apparaît comme une évidence pour tous, le fait de pleurer l’est beaucoup moins. C’est en ce sens que l’auteur nous conduit sur le chemin des pleurs. Les pleurs au cinéma, les pleurs en écoutant de la musique, les pleurs de joie, les pleurs de tristesse, les pleurs mélancoliques, les pleurs sans raison, les pleurs qui font du bien. A travers différents philosophes, de Socrate en passant entre autres par Bachelard, Rousseau, Boileau, Hegel, Nietzsche, sans oublier les musiciens, le lecteur ne cessera d’apprendre sur la signification des pleurs.

Un livre à la portée de tous

Si au premier abord il paraît difficile de « philosopher » sur les larmes, dès les premières pages du livre de Francis Métivier, le lecteur est comme happé par cette écriture si limpide. On comprend mieux pourquoi on pleure au cinéma, pourquoi on pleure en écoutant certaines musiques. On comprend mieux tout simplement nos propres réactions humaines qui peuvent nous surprendre nous-mêmes, que l’on soit homme ou femme. Beaucoup de références littéraires et philosophiques nous aideront à analyser ces fameuses larmes…

Quelques extraits :

Cependant, au-delà de la raison particulière de pleurer – ne plus en avoir -, c’est bien une dimension universelle de la condition humaine qui est à l’origine des pleurs : la conscience de l’irréversibilité du temps qui passe, l’impossibilité de revenir en arrière pour refaire, mieux cette fois, son film, sa vie. P.84

Les larmes sont, comme la parole, une extériorisation de ce qui se trouve en nous – les idées – par ce qui en sort – les mots. p.118

[…] pleurer constitue la preuve d’un double équilibre de l’humain : entre soi et soi-même, l’âme et le corps ; entre soi et la société ; le sentiment et la raison. P.165

Mon corps est moi. Pleurer est ma force. Je pleure parce que je suis une conscience. Il n’y a pas d’inconscient dans les larmes. P.165

Notre faiblesse, c’est notre passé. Il faut le pleurer. P.219

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Pourquoi pleurer fait-il du bien? Parce que cela nous aide à dépasser, en les sublimant, les raisons de nos peines.
On dit : «Arrête donc de pleurer comme ça, tout le monde te regarde, tu vas nous faire honte!» Pourtant, pleurer est l’un des comportements humains qui nous mène vers ce que nous avons de plus cher : la liberté et le bonheur. En effet, pleurer nous libère d’un poids, liquide en nous quelque chose de triste, un sentiment difficile, dur comme la pierre. Pleurer est une délivrance, un don spontané, un écoulement de l’âme au travers du corps qui accompagne nos impuretés affectives hors de nous et éclaircit nos idées noires. Pleurer est un médicament doux et naturel.
Les mutations psychologiques et relationnelles de notre civilisation contemporaine se mesurent aussi à la façon dont pleurer a pu évoluer. Hier encore, il fallait retenir ses larmes, il fallait être un homme. Aujourd’hui, pleurer est thérapeutique. La force a changé de camp.
Découvrez la sagesse des pleurs.

Date de parution : le 9 janvier 2019
Auteur : Francis Métivier
Editeur : Pygmalion
Prix : 18 € (240 pages)
Acheter sur : Amazon

La Favorite, un grand thriller psychiatrique

Yórgos Lánthimos se livre à un festival dans un nouveau film pervers à souhait

Après The Lobster et Mise à mort du Cerf Sacré, le réalisateur grec Yorgos Lanthimos creuse le sillon d’un cinéma aussi rêche que passionnant tout en ajoutant de nombreuses cordes à son arc. Le trouble suscité par des personnages en représentation permanente s’accompagne d’effets visuels qui soulignent la duplicité et la flagornerie de marionnettes perpétuellement manipulées ou dans la manipulation. Le film est un beau jeu de massacre, aux ressorts psychologiques qui confinent à la pathologie psychiatrique. Le parallèle avec notre époque semble assez évident tant les tirs dans les pattes s’accompagnent d’un mépris de classe tout à fait adapté à ce début de XXIe siècle.

Un triomphe annoncé aux Oscars?

Les années récentes ont fait la part belle aux films plus artistiques que divertissants, quitte à être moins accessibles mais plus exigeants. Dans cette optique, La Favorite fait office de favori, dans la lignée des illustres Birdman, 12 years a slave ou Argo. Le film se suit comme un roman psychologique mâtiné de thriller. Au début du XVIIIe siècle, la reine Anne d’Angleterre (Olivia Colman) se traine entre un corps qui faiblit et une cour de plus en plus véhémente. A ses côtés, Lady Sarah (Rachel Weisz) fait office de rempart, de protection et d’éminence grise. Quand la jeune Abigail Hill (Emma Stone) apparait dans le château sous les traits de la jeune jouvencelle écervelée, personne ne doute qu’elle va patiemment tisser sa toile à coup de flagornerie et de manipulations pour récupérer sa place dans le beau monde.

Le film éblouit par un jeu psychologique tiré au cordeau. Les dialogues de la plus belle distinction aristocratique recèlent autant de fiel que de perversité. Les sourires montrent les dents et les manières très british ne sont que poudre aux yeux pour échafauder des jeux de pouvoir millimétrés. Pour appuyer le trait, le réalisateur use avec art de focales qui allongent les plans ou courbent la ligne d’horizon. L’impression de cage au lion se fait si oppressante que le spectateur s’attend constamment au pire. Les plus grands personnages de la couronne britannique ressemblent à des patients d’hôpital psychiatrique, seulement libres de leurs mouvements par la seule grâce de leur rang.

L’intrigue voit la nouvelle arrivée creuser son trou à force de manigances et d’alliances, évinçant la favorite en titre avec éclat. Mais le spectateur le sait bien, les favorites vont et viennent par la seule volonté d’une reine pas si décatie qu’elle en a l’air. Olivia Colman tire le meilleur d’une dialectique maitrise servitude dont elle est la seule à véritablement tirer les ficelles. Les impudentes trop sûres d’elles finiront à la trappe sur l’autel de la seule volonté personnelle de la souveraine. Ce jeu de dupes empreint le film d’une puissance perverse qui lui donne tout son cachet. Les coups bas se succèdent à un rythme vertigineux, donnant à ce film une profondeur assez inédite. Après Alejandro Inarittu et Guillermo Del Toro, Yorgos Lanthimos pourrait bien tirer le gros lot aux Oscars, à moins que Alfonso Cuaron ne s’impose avec Roma.

Fiel et perversité imprègnent le film d’une atmosphère dérangeante qui plonge le spectateur dans un malaise persistant. Le jeu des apparences se mélange avec des manoeuvres souterraines de personnages dont aucun d’eux ne parvient à tromper une souveraine moins arriérée qu’il n’y parait, véritable stratège d’une cour fondée sur le rien et le pas grand chose.

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Comment ne pas devenir cinglée, un Young Adult à couper le souffle (Nathan)

Comment ne pas devenir cinglée, un Young Adult à couper le souffle (Nathan)

Holly Bourne est une auteure Britannique spécialisée en Young adult. Elle s’adresse aux adolescents, tant dans ses séries que ses romans en un tome, qui ont tous été de véritables succès. Ancienne journaliste et grande féministe, Comment ne pas devenir cinglée est son premier roman traduit en français.

Comment ne pas devenir cinglée est le premier tome d’une trilogie appelée Strong girls forever, et dont les tomes suivants se concentreront sur les deux autres personnages du premier : Amber et Lottie, les meilleures amies d’Evie.

Un cocktail d’émotions

Comment ne pas devenir cinglée ne pourra pas laisser indifférent ses lecteurs, qui ont droit à un cocktail d’émotions si concentré qu’il est impossible de ne pas y être sensible.
Evie est atteinte de TOCs (trouble obsessionnel compulsif) et, après une crise et un passage par la case hôpital psychiatrique, elle revit. Elle change de lycée, se fait de nouvelles amies et nourrit l’espoir de simplement oublier cette partie de sa vie et (re)trouver une vie normale.
Evie est terriblement attachante et c’est ce qui fait toute la force de ce roman. Obsédée par le fait d’être « normale », elle en oublie tout ce qui est important, quitte à retomber dans les endroits les plus sombres de son esprit. La descente aux enfers d’Evie est non seulement inattendue mais surtout effroyable, le lecteur est entraîné dans ses tourments comme un témoin qui ne peut absolument rien changer à la situation mais qui ne peut s’empêcher de la suivre.

Un roman féministe

Peu de romans pour adolescents sont aussi engagés que celui d’Holly Bourne, qui arrive à passionner un public de jeunes adultes. Evie, Lottie et Amber montent un « Club des Vieilles filles » afin de se réapproprier l’expression. Régulièrement dans le roman, les trois adolescentes organisent des réunions de leur club et abordent des sujets de société et trouvent des solutions pour anéantir le sexisme autour d’elles. Elles prennent ainsi que le sexisme prend place partout autour d’elles et qu’elles y jouent peut-être même un rôle.
Holly Bourne aborde le féminisme avec justesse et sans trop en faire, pour intéresser le lecteur tout en poussant quelques idées de réflexions et des concepts comme le test de Bechdel, inconnu pour la plupart des adolescents.

Des personnages secondaires bouleversants

Une attention toute particulière est apportée aux personnages secondaires, qui ont chacun une histoire personnelle que l’on découvre chapitre après chapitre. La famille d’Evie, en particulier, est très touchante : sa mère tente par tous les moyens de protéger la petite sœur d’Evie, Rose, qui elle ne comprend pas tout ce qu’il se passe. Le père d’Evie se réfugie dans le travail pour ne pas voir sa fille tomber toujours plus bas. Leur détresse ressentie du point de vue d’Evie est minimisée jusqu’à un certain point où tout explose, très intense pour le lecteur.

Ce premier tome de la trilogie Strong girls forever est un puissant récit sur des thèmes peu abordés en Young Adult. La plume d’Holly Bourne rend le roman encore plus intense au fil des pages, et on attend déjà avec impatience la suite !

Date de parution : Février 2019
Auteur : Holly Bourne
Traducteur : A. Guitton
Editeur : Nathan
Prix : 17,95 € (464 pages)
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La nuit se lève, les angoisses de Elisabeth Quin (Grasset)

Elisabeth Quin .
Journaliste .
Arte .
PrÈsentatrice de l’Èmission 28 minutes .

 

La nuit se lève, les angoisses de Elisabeth Quin (Grasset)

Elisabeth Quin, journaliste et auteur, nous livre une part importante de sa vie avec La nuit se lève. Elle nous raconte ce qu’elle vit depuis qu’elle a appris qu’elle souffrait d’un double glaucome : diagnostic glaçant, et terrible maladie héréditaire… La peur de tomber aveugle.

L’angoisse du futur

Si vous avez cette maladie, sans doute n’apprendrez-vous pas grand-chose avec ce livre. Par contre, si vous avez la chance d’avoir une bonne vue, vous vous sentirez bien chanceux ! Tout le monde sait que le glaucome peut déboucher sur la cécité. 1,7 millions souffrent de troubles de la vision. Et 200 000 personnes sont aveugles en France. Des chiffres qui font mal.
Dans son livre, Elisabeth Quin nous parle de son combat, de son cheminement mais elle nous livre aussi de nombreux témoignages de personnes ayant souffert de la vision, Monet, Sophie Massieu, John Hull, Aldous Huxley… Des personnes dont on connaît si peu de choses… Elle réalise une sorte de compagnonnage avec des gens malades. Elle dit avoir découvert la concentration, la compensation, et un tout autre regard sur son existence. La beauté. A contempler, encore et encore. Le regard change. La vue baisse et le regard devient intense.

Un combat, des rencontres

Elisabeth Quin raconte son parcours médical en France. Pas facile. Elle dit avoir souvent été maltraitée par les médecins, « par machisme, habitude ou perversité » p.116
Pas toujours d’accord les médecins entre eux. On opère, on n’opère pas. Laser ou pas laser ? Qui croire ? Que faire ? Vous saurez tout sur les différentes techniques de soins du glaucome. Et leurs conséquences irréversibles.
Elisabeth Quin a finalement foi dans l’invisible. Elle n’hésite pas à contacter toutes sortes de personnes capables de lui apporter un certain bien-être. Elle part même à Lisieux en espérant un miracle. Espérance et autodérision. Tout en sachant qu’il ne se passera rien, elle y va à Lisieux et y retournera, toujours avec un semblant d’espoir.
Elle part à la rencontre d’un chaman, Mahamane. Elle est prête à tout. Ce chaman est aveugle, vieux, et appréhende les autres différemment. Ecoute et regard exceptionnels de cet homme hors du commun « qui voit avec ses mains ». P.65.

Elisabeth Quin se bat, et part à la conquête de nouveaux domaines. La compensation en fait partie. Les autres sens compensent la baisse de la vision. Une révélation !
Ce livre, La nuit se lève, a été un cheminement pour Elisabeth Quin . Le choix d’avancer vers sa propre liberté intérieure… Ce glaucome, au final, une chance ?

Doit-on haïr sa maladie ? Je n’aime pas ce glaucome qui menace ma vue. [•••] Il détermine mon existence et me handicape mais il n’est rien, rien qu’un dérèglement. P.139

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“La vue va de soi, jusqu’au jour où quelque chose se détraque dans ce petit cosmos conjonctif et moléculaire de sept grammes, objet parfait et miraculeux, nécessitant si peu d’entretien qu’on ne pense jamais à lui…”
Elisabeth Quin découvre que son œil est malade et qu’un glaucome altère, pollue, opacifie tout ce qu’elle regarde. Elle risque de perdre la vue. Alors commence le combat contre l’angoisse et la maladie, nuits froissées, peur de l’aube, fragilité de cet œil soudain osculté, trempé de collyres, dilaté, examiné, observateur observé…
Elisabeth Quin raconte, avec une sincérité magnifique, cette traversée dont nul ne voudrait – maladie, destin ou don, comment savoir, qui change son quotidien en secret, et le secret en vie quotidienne. Nous l’accompagnons chez les médecins – et c’est Molière, de drôlerie, d’incertitudes, de sciences fausses ou vraies, avec de rares grands humains. Nous la suivons chez les marabouts, qui veulent la protéger de notre regard. Nous découvrons ses lectures, de Lusseyran à Hervé Guibert et Jim Harrison. Et comme elle, nous travaillons nos sens : fermer les yeux sous la douche ; marcher dans la forêt, la main dans celle de son compagnon ; écouter les oiseaux ; penser aux paysages ; écouter la nuit ; s’imaginer sans miroir, vue et malvoyante, prisonnière mais au-delà…
La nuit se lève est ce récit, d’une beauté sublime, drôle à chaque page, terrifiant parfois, métaphysique malgré lui, sensuel, vivace – et contre toute attente, une marche vers la sagesse.

Date de parution : le 9 janvier 2019
Auteur : Elisabeth Quin
Editeur : Grasset
Prix : 15 € (144 pages)
Acheter sur : Amazon

Gérardmer 2019 : Le Palmarès

Communiqué de presse :

Le Jury des Longs Métrages de la 26e édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, co-présidé par Benoît Delépine & Gustave Kervern et composé de Àstrid Bergès-Frisbey, Vanessa Demouy, Marie Gillain, Ana Girardot, Yann Gonzalez et Fabrice du Welz a remis les prix suivants :

GRAND PRIX
soutenu par la Région Grand Est
PUPPET MASTER: THE LITTLEST REICH de Sonny Laguna & Tommy Wiklund (USA)

PRIX DU JURY EX-AEQUO
ANIARA de Pella Kågerman & Hugo Lijlja (Suède) (Kinovista)
THE UNTHINKABLE du collectif Crazy Pictures (Suède) (Wild Side Films)

MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE
soutenu par la SACEM
Fabio Frizzi pour PUPPET MASTER: THE LITTLEST REICH de Sonny Laguna & Tommy Wiklund (USA)
PRIX DE LA CRITIQUE
THE UNTHINKABLE du collectif Crazy Pictures (Suède) (Wild Side Films)

PRIX DU PUBLIC
soutenu par la Ville de Gérardmer
PUPPET MASTER: THE LITTLEST REICH de Sonny Laguna & Tommy Wiklund (USA)

PRIX DU JURY SYFY
THE WITCH: PART 1. THE SUBVERSION de Park Hoon-jung (Corée du Sud)

PRIX DU JURY JEUNES de la Région Grand Est
THE UNTHINKABLE du collectif Crazy Pictures (Suède) (Wild Side Films)

Le Jury des Courts Métrages de la 26e édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, présidé par Julie Ferrier, Vincent Mariette, Sébastien Marnier et Zombie Zombie a remis le prix suivant :

GRAND PRIX DU COURT MÉTRAGE
DIVERSION de Mathieu Mégemont (France)
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Toutes les planètes que nous croisons sont mortes, un livre musical de Vincent Raynaud (L’Iconoclaste)

Toutes les planètes que nous croisons sont mortes, un livre musical de Vincent Raynaud (L’Iconoclaste)

Vincent Raynaud nous livre son premier roman avec : Toutes les planètes que nous croisons sont mortes. Un roman passionnant dès ses premières pages.

Tristan, jeune musicien

Le lecteur va suivre Tristan, jeune adolescent au milieu des les années 1970. Tristan habite Paris, est issu d’une famille aisée, sa mère est une soprano suédoise reconnue et son père sinologue de réputation mondiale, spécialiste de la langue et de la civilisation chinoise. Il a un frère ainé, Gilles, qu’il adore et qui s’occupe beaucoup de lui car ses parents sont très souvent absents. Gilles comme Tristan sont au conservatoire. Gilles se consacre au violon, quant à Tristan il apprend le solfège, le piano et le chant. Mais sa passion, ce n’est pas le piano mais les percussions. Un jour, il assiste à un concert rock, alors qu’il n’a que quatorze ans et ressent le choc de sa vie. Il a la révélation : ce qu’il veut faire, c’est de la batterie ! Il se débrouille pour contacter un groupe de musiciens et devient le batteur du groupe. Il passe de répétitions en répétitions, et devient de plus en plus fort. Tout son corps vibre en même temps que sa musique. Il passe son bac, qu’il réussit et pense faire une école de cinéma.

Choc de la vie

Alors que Tristan n’est pas encore majeur, il perd toute sa famille. Ses parents et son frère, morts asphyxiés dans une maison de vacances. Il se retrouve seul, hégergé par son oncle et sa tante. Il est perdu, va dormir durant deux mois, sans sortir de sa chambre. Seule la musique va le sortir de cette torpeur qui l’envahit depuis l’accident mortel des siens. Il décide alors de se consacrer entièrement à sa musique. Il renonce à ses études. Il quitte son oncle ne supportant pas d’être mis sous coupelle ainsi, lui qui jouissait d’une totale liberté avec ses parents. On le voit évoluer tout au long du livre. Ses potes, ses amours, ses concerts, ses difficultés, ses répétitions, son manager, ses concerts, ses succès, ses défaites, la drogue, l’alcool, et toutes les conséquences sur sa propre vie et sa propre personnalité.

Toutes les planètes que nous croisons sont mortes nous replonge dans les années 80-90, et toute la musique rock de ces années. L’auteur a un style tout particulier, des phrases qui ne s’arrêtent jamais, comme une musique que l’on garde en tête toute la nuit ! Un appétit féroce de vivre à cent à l’heure, avec l’inconscience et la folie de la jeunesse, en mettant la musique au centre. Une belle réussite de Vincent Raynaud.

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Années 1980. La vie et la mort d’un groupe punk qui va tutoyer les étoiles et se consumer avec le monde qui les a vu naître.

LA MONSTRUEUSE PARADE

Paris, milieu des années 1970. Tristan se destine à une carrière de percussionniste classique quand il assiste à un concert rock. Une révélation. Il devient batteur d’un groupe, puis rejoint celui de Jérémy et Charles. La Monstrueuse Parade finit par décrocher un contrat avec Euterpe, une maison de disques indépendante. L’album est bien accueilli, mais des dissensions apparaissent au sein du groupe. Les tournées usent, la drogue est partout. Alors que le succès est proche, les dérapages se multiplient. Dans ce monde en mutation, Tristan pourra-t-il poursuivre son idéal ?

UN MONDE QUI CHANGE

La musique permet de raconter les transformations du monde, ici des années 1970 à aujourd’hui. Ou comment, dans les années 1980, la politique capitule face à l’économie, le marché impose sa loi et la culture grand public dévore les marges, étouffant toute alternative. Frappée avant les autres par les bouleversements technologiques qui ont façonné notre présent, l’industrie du disque illustre la brutalité du changement, auquel Tristan s’efforce de résister.

PLAYLIST

Toutes les planètes que nous croisons sont mortes est aussi un hommage au rock. On y croise de nombreuses figures telles que John Cale, David Bowie, Daniel Darc, Johnny Marr. Sa bande-son est composée de morceaux imaginaires mais aussi de ghost tracks (morceaux cachés sur un album) bien réels qui sont listés à la fin.


Date de parution : le 16 janvier 2018
Auteur : Vincent Raynaud
Editeur : L’Iconoclaste
Prix : 19 € (544 pages)
Acheter sur : Amazon

Sami Frey en osmose avec Beckett

Sami Frey en osmose avec Beckett
Premier amour de Samuel Beckett photo Hélène Bamberger-Opale

Sami Frey en osmose avec Beckett

Un homme est seul sur un banc et se remémore son histoire. Il y a cette chose qui lui est arrivée. L’amour. À moins que ce ne soit l’humour. Les deux, peut-être. Il y a surtout ce voyage intérieur dans les petites choses de la vie et cette expérience vertigineuse d’être là, tout simplement. Pour nous parler du sens de la vie, ou plutôt de son non sens.

Une traversée donc inscrite dans le concret de l’existence à la fois drôle et féroce, sarcastique et lucide, portée par la dérision beckettienne (jubilatoire) et si propre à la pensée de l’auteur. Car ce texte de jeunesse (1946) préfigure déjà l’humour ravageur et le questionnement existentiel de Samuel Beckett (1906-1989) qui caractériseront toute son œuvre, notamment théâtrale.

L’Etre et le Non-être

A mi-chemin entre l’Etre et le Non-être, entre l’ici et l’ailleurs, entre le silence et la parole, entre le dérisoire et la tendresse, Beckett affronte ici son incertitude d’aimer où vacille la lueur de l’Etre et nous livre, avec une sincérité déroutante, les interrogations et ressentis de sa rencontre avec Anne-Lulu.

Un premier amour qui, pour l’auteur, devient vision de l’amour en général, sujet récurrent de ses écrits où fait figure comme unité de base le couple ou la paire, entre dominant et dominé, bourreau et victime.

Avec sans cesse cet autre qui dérange, qui fracture l’enfermement solitaire, cet autre qui, ici sous les traits de la prostituée, de la femme puis de la mère prend « cet affreux nom d’amour« .

On reconnaît bien là Beckett et son sarcasme, de même que son éloge du rien, sorte de volonté d’éliminer tout désir pour voir ce qui peut bien émerger du vide et d’une existence réduite à sa dimension la plus élémentaire et la plus absurde.

Un corps à corps avec les mots et leurs errements

Nul besoin de se raconter des histoires, de s’accrocher à une quelconque représentation romantique de la relation amoureuse. Le récit nous livre d’abord un processus d’abandon, puis de rencontre, et enfin de perte où à travers cette introspection d’un anti-héros face à sa condition d’homme, Il y a avec la langue une expérience charnelle, un corps à corps avec les mots et leurs errements qui traduisent en filigrane l’inanité d’être.

La mise en scène sobre et très épurée de Sami Frey restitue pleinement l’écriture composite du dramaturge, au plus près de l’expérience humaine et de son incertitude, à l’abri d’un espace indéfini comme souvent chez le dramaturge, suspendu au doute continuel du personnage et de ses éternelles questions qui se veulent sans réponse.

D’une simplicité et d’une humanité palpables, Sami Frey habite à merveille les pérégrinations du personnage et ses déboires qui explorent sans relâche le dérisoire d’une existence. Bravo !

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Dates : du 29 janvier au 03 mars 2019 l Lieu : Théâtre l’Atelier    (Paris)
Metteur en scène : Sami Frey l Avec : Sami Frey

Hunger, une histoire de mon corps, un livre choc de Roxane Gay (Denoël)

Roxane Gay

Hunger, une histoire de mon corps, un livre choc de Roxane Gay (Denoël)

Roxane Gay est auteur et éditeur, américaine. Elle a 44 ans. Elle est également agrégée d’anglais, et devient professeur à l’université. Mais sa véritable passion est incontestablement l’écriture. Comme une vocation. Après Bad feminist, Hunger est, enfin, publié en France.

Hunger

Avec Hunger, Roxane Gay se livre totalement, sans retenue. Roxane est très grande, un mètre quatre-vingt-onze. Et depuis ses douze ans, son corps ne cesse de grossir. Si Roxane veut passer totalement inaperçue, voire invisible, aux yeux de tous, elle pense y arriver en devenant grosse. Si son entourage s’aperçoit que Roxane grossit, personne n’arrive à comprendre pourquoi, car Roxane fait tout pour ne rien laisser paraître. Elle ne prend pas trois-quatre kilos, mais « cinquante kilos, puis encore cinquante kilos, et encore cinquante de plus » ; P.126

Un viol collectif à 12 ans

Hunger est un livre choc. Roxane le dit elle-même dès les premières lignes : « Ce livre est une confession. […] Ceci n’est pas l’histoire d’un triomphe, mais c’est une histoire qui exige d’être racontée et qui mérite d’être entendue. » p.13
Oh que oui ! Nous devrions tous entendre le récit de Roxane. Le récit de sa vie. On n’apprendra pas grand-chose sur son enfance, entourée d’une famille aimante. Et puis, un jour, tout s’est écroulé, suite à un viol collectif subi à douze ans, dans la forêt, par des gamins. Plusieurs gamins dont son « petit ami » du moment. Il a recommencé à la violer, sans que jamais elle n’ose dire non, et jamais elle ne le dénoncera. Si ses parents ont bien vu un changement de comportement, ils n’en ont jamais rien su. Cela les aurait fait beaucoup trop souffrir, écrit-elle.

Échapper à ce corps

Le seul moyen que Roxane a trouvé pour survivre à ce viol est de se rendre invisible. Elle était mignonne, et elle s’est fait violer. Elle va se rendre volontairement énorme pour ne plus être regardée, ne plus jamais être approchée d’un homme. Son corps va devenir sa citadelle. Manger va devenir sa raison de vivre, de survivre. Elle sait qu’elle pose un problème à ses proches, à sa famille, mais du coup, elle va partir, très jeune, faire ses études, loin de chez elle. Elle va subir des moqueries, des cruautés, au quotidien. Et elle nous confie ses souffrances tant morales que physiques.
« J’ai été évidée. J’étais déterminée à remplir ce vide, et la nourriture m’a servi à bâtir un bouclier autour du peu qu’il restait de moi. » p.29

Personnalité hors du commun

Si Roxane Gay a réussi à s’en sortir, elle y est arrivée toute seule. Aujourd’hui, Roxane souffre toujours de son poids mais ce n’est pas pour ça qu’elle a écrit Hunger. Son message n’est pas un message d’espoir, du style : tout le monde peut arriver à maigrir. Pas du tout, en nous partageant ses angoisses et surtout les nombreuses maltraitances dont elle fait l’objet, Roxane va nous permettre de changer notre regard par rapport aux obèses. Il est vrai qu’ils sont systématiquement mis au ban de la société, et qu’ils dérangent. Ils sont jugés sans que l’on sache quoi que ce soit de leur vie, de leur passé, de leur présent. Ils sont juste jugés négativement parce qu’ils ne répondent pas aux normes de la société. Ce qui peut paraître absolument ridicule. Et pourtant, c’est la réalité. Les personnes obèses comme Roxane n’ont pas droit à vivre comme tout le monde. Et pourtant au nom de quelles normes ?
On peut se réjouir pour Roxane de l’énorme succès de son livre. Un livre douloureux à écrire, un livre vérité, un livre qui peut peut-être enfin, libérée Roxane de tant de souffrances. On le lui souhaite, de tout cœur ! Un livre en tout cas remarquable ! A lire absolument ! Notre coup de cœur qui fait mal au coeur !

[…] être insatiable sans avoir faim, je sais ce que c’est. Mon père croit que la faim, c’est dans la tête. Je sais qu’il a tort. Je sais que la faim, c’est dans la tête et dans le corps et dans le cœur et dans l’âme. P.202

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Trad. de l’anglais (États-Unis) par Santiago Artozqui

 

Si vous êtes une femme et que vous vivez aux États-Unis ou dans un pays occidental ; si vous êtes obsédée par l’idée de manger trop ou de ne pas manger assez (c’est plus rare) ; si vous utilisez des mots comme «craquer» et «péché mignon» – ces mots qui nous inspirent un sentiment de honte et destinés à mettre nos corps au pas, il est fort probable, et ce quelle que soit votre silhouette, que vous entretenez un rapport à la nourriture frisant le fétichisme.

À celles qui rentrent dans ce modèle de plus en plus étriqué, félicitations! Les vêtements sont coupés pour vous, les producteurs de chou kale vous adorent et l’opinion publique avec eux. Les autres risquent de rester dans l’ombre, à l’endroit précis où l’auteur de ce livre voulait se trouver.

Dans Hunger, un essai courageux et sans concessions, Roxane Gay retrace comment une agression sexuelle subie dans son enfance l’a conduite à prendre volontairement du poids afin d’être invisible et par conséquent «en sécurité». Dès le début de son livre, elle recommande à ceux qui ont soif de témoignage triomphant sur la perte de poids de passer leur chemin. Pourtant Hunger n’en est pas moins un triomphe, car, à travers l’expérience de Roxane Gay, nous apprenons une leçon fondamentale : nous devrions tous faire preuve de davantage de bienveillance envers la réalité du corps des autres et nous réconcilier avec le nôtre.

 

Date de parution : le 10 janvier 2019
Auteur : Roxane Gay
Editeur : Denoël
Prix : 20,90 € (336 pages)
Acheter sur : Amazon

 

Fahrenheit 451, un livre culte de science-fiction (Audible)

 Fahrenheit 451, un livre culte de science-fiction (Audible)

Ray Bradbury est un des écrivains américains de science-fiction le plus connu au monde. Il est né en 1920 et mort depuis plus de six ans. Cela ne l’empêche pas d’être toujours autant lu et apprécié. Il a écrit Fahrenheit 451, roman dystopique, publié la première fois en 1953. Et aujourd’hui, Audible en sort une version audio tout à fait palpitante, lue et interprétée par Christophe Montenez.

Roman dystopique

Pour bien définir le style de roman qu’est Fahrenheit 451, il est important d’en donner une définition rigoureuse. D’après Wikipédia, « une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. » Fahrenheit 451 répond parfaitement à la définition donnée. Dans le monde de Fahrenheit 451, les livres sont interdits et les pompiers sont là pour mettre le feu aux maisons et aux habitants qui possèdent des livres, toutes sortes de livres. Montag est un pompier faisant partie de la brigade 451. Aucune notion de bonheur dans ce monde très particulier du futur.

Qui est donc ce Montag ?

Montag fait partie du monde du futur, celui où les livres et toutes formes de lecture sont interdits. Montag adore mettre le feu, c’est son métier, sa passion. Sans se poser de question. Mais un beau jour, sa jeune voisine, Clarisse, lui parle de la vocation première des pompiers qui était d’éteindre le feu, chose qui lui parait impensable. Et surtout elle lui demande s’il est heureux. Question qu’il ne s’était lui-même jamais posé. Il est marié à Mildred, et c’est comme ça. Il imbibe les maisons et les livres de pétrole, et même les gens, et les incendient. Et c’est comme ça. Depuis toujours.

Choc du premier livre sauvé

Et puis, un jour, en plein incendie, il sauve un livre, sans trop savoir pourquoi. Il le récupère et le cache. Personne ne doit le savoir car il est strictement interdit de garder le moindre livre chez soi. Lui-même ne comprend pas vraiment pourquoi il a fait ça. Il se sent mal, très mal, au point qu’il ne veut plus aller travailler. « Cette nuit, j’ai pensé à tout le pétrole que j’avais déversé depuis dix ans. Et j’ai pensé aux livres. Pour la première fois je me suis rendu compte que derrière chacun de ses livres, il y avait un homme. »
Cette prise de conscience va bouleverser toute la vie de Montag. La sienne mais aussi celle de sa femme. Car ce n’est pas un livre que Montag a sauvé des flammes, mais plusieurs livres. Qu’il a tous cachés. Dans sa maison.

Message troublant

Si Montag prend conscience de l’importance des livres, cela ne se fait pas sans douleur. Il est dénoncé par sa femme, poursuivi par son chef, et par le Limier, espèce de gros chien de chasse qui poursuit les hommes possédant des livres. Il n’aura pas d’autre choix que de se défendre et de fuir, lui qui est devenu le criminel le plus recherché. Faber, son seul ami, vieil universitaire, va le mettre sur la bonne voie. « Les livres sont faits pour nous rappeler quels ânes, quels imbéciles nous sommes. »

Un livre toujours d’actualité

Même si Ray Bradbury a écrit Fahrenheit 451, il y a plusieurs années, c’est un livre brûlant d’actualité. Nous vivons dans un monde de plus en plus virtuel et souvent bien loin des livres. Que transmettrons-nous à nos enfants ? Il fut un temps où chaque personne morte laissait un peu d’eux-mêmes à leur famille. Ray Bradbury pense que chacun d’entre nous doit laisser quelque chose derrière soi à sa mort, « quelque chose que la main a touché d’une façon ou d’une autre pour que l’âme ait un endroit où aller après la mort ». A partir de plusieurs passages de ce livre audio, on est en droit de se demander ce que l’on fait aujourd’hui de notre liberté de lecture, de notre richesse d’écrits qui circulent librement dans notre pays alors que ce n’est toujours pas le cas dans certaines régions du monde…
Sommes-nous à la hauteur de tant de merveilles alors que notre vie est envahie par l’électronique ?
 » Et gardez en tête : vous n’avez aucune importance. Vous n’êtes rien du tout « . Une très belle leçon de vie, ce roman de science-fiction, très en avance sur son temps ! A écouter et à redécouvrir !

Accédez au livre audio : Fahrenheit 451

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 Fahrenheit 451

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres, dont la détention est interdite pour le bien collectif.

Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Christophe Montenez interprète avec énergie ce classique de la science-fiction, ode intemporelle à la lecture et à la curiosité.

©1995 Éditions Denoël. Traduit par Jacques Chambon et Henri Robillot (P)2018 Éditions Gallimard

Date de parution : le 7 janvier 2019
Auteur : Ray Bradbury
Lu par : Christophe Montenez
Durée : 5 h et 3 mn
Acheter sur : Audible

Mobile Immobile : une exposition originale aux archives de Paris

Organisée dans la continuité des travaux du Forum Vies Mobiles, l’exposition mobile / immobile qui se tient au sein des Archives de Paris (dans le splendide Hôtel de Soubise), invite le spectateur à réfléchir sur les impacts de nos propres mouvements depuis le XIXème siècle. Impression de liberté ? Sentiment de contrôle des autorités ? Eloge de la vitesse ? Les nouvelles pratiques de mobilité ont transformé nos modes de vie et nos manières d’appréhender le monde.

C’est un parcours pensé minutieusement, qui évoque à la fois plusieurs époques et plusieurs espaces du monde (de la Chine à l’Europe moderne en passant par les chemins de fer indiens). L’exposition mobile/immobile propose une immersion au coeur des enjeux sociaux, politiques, économiques et écologiques qu’impliquent l’essor de nouveaux modes de transport.

Mobilité et liberté ?

Le travail d’Ai Weiwei sur l’utilisation des smartphones par les réfugiés questionne sur la façon dont les nouvelles technologies conditionnent la mobilité et permettent à ces populations de conserver un contact avec leur milieu d’origine. Un peu plus loin, le travail de Wang Gongxin sur la mobilité des chinois, sous forme de vidéo immersive, nous plonge dans une réalité brutale : celle que la nature a laissé place à la foule, une foule qui se déplace à une vitesse effrayante. Mobilité n’est pas forcément synonyme de liberté. L’installation Néonomades de Ferjeux van der Stigghel rend pourtant visible ces nouveaux moyens de transport et d’habitation, ces personnes qui ont choisi un mode de vie proche d’une liberté totale.

Histoires de voyageurs

Cette exposition est également une invitation au voyage. Avec Compartiment de Sylvie Bonnot, on traverse les 9300km de rails du Transsibérien. Le superbe travail photographique d’Ishan Tankha nous transporte en plein coeur de l’Inde, entre Mumbai et les régions côtières du Konkan. Ses photographies racontent les histoires de ces milliers de voyageurs qui partent retrouver leurs familles, dans leur village d’origine.

Ishan Tankha, Série, Suivre la piste du rail indien, 2014-2016

L’exposition Mobile / Immobile regorge de dispositifs interactifs, de photographies historiques et d’installations. Elles nous rappellent que l’essor des moyens de transports et de communication régit aujourd’hui nos modes de vie, nos manières de consommer et de voyager. Une exposition à voir jusqu’au 29 avril.

Informations pratiques
Mobile Immobile
Du 16 janvier au 29 avril 2019
Plus d’informations

« Huit euros de l’heure », la nouvelle pièce de Sébastien Thiéry peine à convaincre

"huit euros de l'heure", la nouvelle pièce de Sébastien Thiéry peine à convaincre
« Huit euros de l’heure », une pièce de Sébastien Thiéry © Svend Andersen

« Huit euros de l’heure », la nouvelle pièce de Sébastien Thiéry peine à convaincre

Sébastien Thiéry, comédien, est aussi auteur de pièces de théâtre où son écriture portée plutôt vers l’absurde et affranchie de toute morale, cohabite avec la comédie de boulevard, n’hésitant pas à déstabiliser le spectateur.

On se souvient de sa comédie noire et hilarante « L’origine du monde », montée au Théâtre du Rond-Point en 2013, dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes, où s’imaginant condamné à mourir, il devait dans un défi aussi improbable que psychanalytique pour éviter la mort annoncée, prendre une photo du sexe de sa mère jouée par Isabelle Sandoyan !

Aujourd’hui, c’est aux raisons pas toujours très glorieuses de l’acte de générosité auxquelles il s’attaque à travers un couple de bobos joué par Dany Boon (dix ans après « Le Dîner de cons ») et Valérie Bonneton.

Jacques et Laurence ont recruté une nouvelle femme de ménage, mexicaine, payée au noir, sans papiers, et dont Laurence est vite persuadée que leur employée les maraboute. Car mystérieusement, tout ce qu’elle subit lui arrive à elle aussi : torticolis, perte de téléphone, mari qui fait un malaise.

Pris de panique, ils décident de la renvoyer mais c’est alors que Jacques, cadre dans un grand groupe qui fait l’objet d’une fusion, reçoit une convocation de la DRH. Il craint soudain d’être licencié à son tour. Voyant leur destin lié à celui de Rosa, ils vont tout faire pour l’aider laquelle reconnaîtra entre-temps être un travesti, prostitué à ses heures, et en couple avec son souteneur. Jacques et Laurence vont dès lors l’augmenter afin qu’elle cesse toute activité et décideront d’inviter son compagnon à vivre chez eux.

La pièce aborde le thème de la générosité et ses véritables ressorts sur fond d’un couple qui n’a plus rien à se dire et dont les superstitions obsessionnelles cristallisent leur mal-être et leur frustration. Mais si quelques situations font mouche, l’écriture trop faible et parfois racoleuse peine à convaincre.

Dans un décor de loft boétisé à souhait d’Edouard Laug, les comédiens ne déméritent pas. Singulier dans son jeu mais juste dans son incarnation, Dany Boon est cet homme stressé au bord de la crise de nerf tandis que Valérie Bonneton campe avec conviction cette bourgeoise lâche, mal dans sa peau, et faible. Quant à Jorge Calvo (Rosa/Carlos) et Antonio Buil (Miguel), ils apportent une certaine folie surréaliste à ce couple improbable.

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Date : A partir du 11 janvier 2019 l Lieu Théâtre Antoine 
Metteur en scène : Stéphane Hillel

L’heure d’été, le 1er roman rempli d’humour de Prune Antoine (Anne Carrière)

L’heure d’été, le 1er roman rempli d’humour de Prune Antoine (Anne Carrière)

Prune Antoine est journaliste free-lance et habite Berlin. A travers son premier roman, L’heure d’été, Prune Antoine nous fait découvrir Berlin sous un nouveau jour, tout en centrant son roman sur la femme trentenaire.

Portait de Violette

Violette est une jeune femme intelligente, pleine d’humour. Violette habitait Paris. Vivre à Paris la rendait folle. Elle fut envoyée par sa boite à Kiev, en stage, et y rencontra Mir. Puis un jour, elle a tout plaqué pour vivre définitivement à Berlin, retrouver Mir et se sentir enfin libre ! Pour quoi faire exactement ? Elle ne sait pas trop bien… Juste vivre sa liberté de jeune femme à Berlin. Journaliste free-lance. Elle partait à l’aventure. Fini le stage, pas de prochain CDI, pas de Paris, mais Berlin et ses inconnues. Même si ses parents n’ont pas du tout compris cette décision, Violette s’y est tenue. Elle a décidé de partir six mois, malgré tout, malgré eux. Et sans doute avec Mir dans la tête…

Déception amère

Au bout de six mois, Violette réalise que son père avait sans doute raison. Impossible de s’en sortir correctement, même à Berlin. Pas d’argent, pas de travail, bref, la précarité assurée. Elle devait à tout prix se bouger pour trouver un vrai travail et gagner de l’argent. Ne serait-ce que pour payer sa colocation. Violette va bien galérer. Heureusement, Mir reste à la fois très proche et très discret. Ils se voient, régulièrement, mais sans contraintes. Ils partagent presque tout, sauf le quotidien. Mais ils ne forment surtout pas un couple. Ils sont libres de tout, y compris de leurs relations sexuelles.

Couple moderne

Mir et Violette reflètent très bien la génération des trentenaires. Libres et heureux. Sans obligations, sans enfant, et se disent sans sentiments. Ils se défendent du moindre sentiment l’un pour l’autre. Juste une histoire de cul… Et tout ça au cœur de Berlin, ville en pleine évolution, avec son passé, sa lourde histoire, et son présent. L’auteur ne manque pas d’humour pour parler de Berlin, et des grosses crises que traversent l’Europe du XXI siècle. On rit beaucoup en lisant L’heure d’été.

Avortement et FIV

Si la femme, en l’occurence Violette, est au centre du roman de Prune Antoine, elle représente toute une génération de femmes. Celles qui sont encore jeunes, libres, belles et sûres d’elles. En pleine force de l’âge. Et qui ne se voient pas vieillir. Violette va se retrouver enceinte alors qu’elle ne le désire pas. Impossible de perdre cette précieuse liberté. Au nom de quoi ? Et puis, deux trois ans plus tard, Violette va tout tenter pour tomber enceinte. Le paradoxe de la vie. Tout est démontré, le côté absurde de nos décisions, comme le côté inexorable de la vie. L’horloge biologique de la femme n’échappe pas à la vieillesse, qu’on le veuille ou non.

Avec L’heure d’été, l’auteur aborde avec beaucoup d’humour et de dérision, des sujets graves, comme le fondement d’un couple (est-ce si évident et indispensable la fidélité ?), ou la procréation. Tout est centré sur la femme moderne avec des petites pointes de défi lancées aux hommes. Un vrai régal ! Un livre à découvrir à tout âge !

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Après avoir rencontré Mir, un photographe indépendant, lors d’un reportage à Kiev, Violette décide de quitter Paris pour le rejoindre et s’installer à Berlin.
Violette et Mir, qui n’ont qu’un mot à la bouche : « Liberté ! », vont se chercher, se trouver, se perdre jusqu’à vivre une véritable histoire d’amour. « Pas d’attaches, pas de sentiment », semble être leur mantra. Mais avec l’âge, les questions existentielles se décalent…
L’Heure d’été est le portrait d’une ville en ébullition, Berlin; c’est un concentré de joies, de doutes, d’espoirs et de désespoirs d’une génération – les Xennials, ceux nés entre 1977 et 1983 ; c’est aussi une chronique acide et lucide des multiples crises qui touchent l’Europe (crise des réfugiés, crise économique, crise des populismes…), à travers une piquante galerie de personnages secondaires.

Date de parution : janvier 2019
Auteur : Prune Antoine
Editeur : Anne Carrière
Prix : 18 € (272 pages)
Acheter sur : Amazon

Des vins pour la Saint-Valentin

Différents vins de la Saint-Valentin sont à découvrir pour des expériences variées. Le rédacteur s’est sacrifié et vous donne ses sentiments après dégustation.

  • Cuvée JM – Monmousseau Touraine blanc Brut
    Avec son assemblage de Chenin blanc et de Chardonnay, le Monmousseau surprend avec sa obe or pâle, brillante et lumineuse. Le nez est fruité pomme-poire et ananas, avec des touches d’aneth et citronnelle. La bouche est harmonieuse avec une belle suavité, légèrement fumée. Le vin est agréablement sec et frais avec une belle persistance de quoi accompagner un cocktail avocat-crevettes, un poisson en feuille de banane au lait de coco ou un ananas rôti.
    CIRCUIT DE DISTRIBUTION : cavistes Nicolas
    PRIX TTC CONSEILLÉ CONSOMMATEUR : 8,70 euros.
    CONTACT : Caroline de Montreynaud 
    Caves Monmousseau – 71 rue de Vierzon – 41400 Montrichard – 02 41 53 03 10 – cdemontreynaud@orchidees-maisonsdevin.fr – www.monmousseau.com
  • Saint Amour 2017 – Vinescence, Vignerons de Bel Air Saint Amour
    Cépage exclusivement Gamay pour ce Saint Amour particulièrement indiqué pour l’occasion avec sa robe pourpre et son nez aussi mûr que complexe. La bouche est ample et gourmande, les tanins sont présents mais fondus avec une jolie longueur poivrée-réglissée. Imaginez un repas fait de verrine tartare de tomates et chèvre, de pruneaux au bacon ou de rôti de porc aux pruneaux.
    CIRCUIT DE DISTRIBUTION : GMS (Opérations spéciales Saint Valentin)
    PRIX TTC CONSEILLÉ CONSOMMATEUR : 7,90 euros
    CONTACT : Philippe Marx
    Vinescence – 131 route Henri Fessy – 69220 Saint Jean d’Ardières – 04 74 06 16 05 – com@vinescence.fr – www.vinescence.fr
  • Caprice des Anges Cœur de Gris 2018 – Les Maîtres Vignerons de Cascastel IGP Vallée du Paradis
    Assemblée avec 85 % de Grenache et 15 % de Cinsault, le vin se dévoile avec une jolie robe saumonée pâle et un nez intense. La bouche est fraîche, dense, toute en souplesse avec un beau fruité désaltérant, longue. Le vin se déguste avec un apéritif, des légumes à l’italienne ou du poisson grillé.
    CIRCUIT DE DISTRIBUTION : GMS Languedoc Roussillon toutes enseignes, Auchan, Schiever, Casino. Belgique Colruyt
    PRIX TTC CONSEILLÉ CONSOMMATEUR : 5,50 euros
    CONTACT : Marc Guinebault
    Les Maîtres Vignerons de Cascastel – Grand’Rue – 11360 Cascastel des Corbières – 04 68 45 91 74 – info@cascastel.com – www.vin-cascastel.com
  • Carafe Esprit Château de Laubade VSOP – Château de Laubade Bas Armagnac
    Ce Bas-Armagnac est une merveille constituée d’Ugni-Blanc et de Folle Blanche majoritaires, Colombard, Baco. La robe est jaune or, le nez fait apparaitre des fruits mûrs, des agrumes et de la prune. La bouche est délicate avec évidemment une belle longueur. Ce Bas-Armagnac se déguste en apéritif ou digestif avec notamment du fromage frais caillé sucré au miel, des fraises gariguettes au sucre de canne puis un café léger.
    CIRCUIT DE DISTRIBUTION : caveau, cavistes, CHR
    PRIX TTC DÉPART CAVE : 39,00 euros (carafe 50 cl dans son étui)
    CONTACTS : Arnaud et Denis Lesgourgues
    Famille Lesgourgues – 285 rue Nationale – 33240 Saint André de Cubzac – 05 57 94 09 20 – contact@maisonleda.com – www.famille-lesgourgues.com
  • Cuvée Roche Fleurie 2017 – Famille Bougrier Vouvray
    Avec son cépage constitué de Chenin blanc, ce vin fait admirer sa robe or pâle aux reflets verts. Le nez fait ressortir des notes de de fruits à chair blanche pomme-poire-coing, de l’amande et des fleurs blanches. La bouche est fraîche, minérale, expressive et fruitée jusque dans la persistance.
    Pensez à des coquillages, des crustacés ou des poissons grillés, pour mieux l’apprécier.
    CIRCUIT DE DISTRIBUTION : cavistes Nicolas
    PRIX TTC CONSEILLÉ CONSOMMATEUR : 7,95 euros
    CONTACT : Nicolas Bougrier
    Famille Bougrier – 1 rue des Vignes – 41400 St Georges-sur-Cher – 02 54 71 31 02 – nicolas.bougrier@bougrier.fr – www.bougrier.fr
  • Brut de Franc Majy – Couly-Dutheil Brut blanc
    On vogue ici dans le cabernet franc avec
    des bulles fines et une robe or pâle. Le nez est fin et fleuri, la bouche est acidulée, puissante et fruitée. Le vin est à découvrir à l’apéritif, avec des crevettes ou des sushis.
    CIRCUIT DE DISTRIBUTION : caveau, cavistes, CHR
    PRIX TTC DÉPART CAVE : 12,65 euros
    CONTACT : Arnaud Couly-Dutheil
    Couly-Dutheil – 12 rue Diderot – 37502 Chinon – 02 47 97 20 20 – info@coulydutheil-chinon.com – www.coulydutheil-chinon.com

Des vins biodynamiques avec le château Pré la Lande

Un vin bio de qualité

Le Château Pré la Lande est un vin bio, biodynamique et vegan dont l’élevage et la vinification sont dignes des plus grands crus.

Il s’agit d’une AOC Sainte-Foy Côtes de Bordeaux qui produit des cuvées d’exception et qui a remporté de nombreuses médailles.

Les vendanges, manuelles, se déroulent pendant un mois. Des cagettes ajourées et de faible contenance sont utilisées pour préserver et respecter les fruits.

Trois cuvées ont pu être testées:

  • Cuvée Diane 2016 (élevage en barrique de chêne): Assemblage 60% Merlot / 40% Cabernet Franc, ce vin se distingue par ses arômes de fruits rouges, de réglisse et de vanille. L’attaque en bouche est franche et puissante tandis que la finale est ample et sensuelle.
  • Cuvée TerraCotta 2016 (élevage en amphore en terre cuite de Toscane): Assemblage 70% Merlot et 30% Cabernet Franc, ce vin frappe par sa fraicheur et sa pureté aromatique. La minéralité le dispute à une tension bienvenue.
  • Cuvée des Fontenelles 2017 (vin 100% nature): Assemblage de 75% de Merlot et 25% de Cabernet Franc, ce vin marque par la force des arômes de fruits rouges et noirs. Les tanins sont denses, les tanins sont fins. Le vin se garde de 3 à 5 ans pour une dégustation optimale.

Les vins ont reçu de multiples récompenses, dont des médailles d’or à Mâcon et à Bordeaux et surtout des prix à des concours de vins bio! Il ne reste plus qu’à les découvrir!

Crossing the line, une romance à la frontière du danger (La Martinière jeunesse)

Crossing the line, une romance à la frontière du danger (La Martinière jeunesse)

Simone Elkeles est l’une des précurseuses du Young Adult, maîtrisant à la perfection tous les éléments du genre. Originaire de Chicago, la principale récurrence dans ses romans est la différence culturelle qu’opposent ses personnages principaux. Crossing the line est son huitième roman traduit en Français.

Mêle romance et action

Crossing the line se démarque des autres romans du genre par son intrigue : quand les guerres de cartels Mexicains se mêlent à une histoire interdite, on peut s’attendre à quelques étincelles. Simone Elkeles réussit à tourner cette intrigue de manière à laisser le lecteur en constante alerte. Crossing the line est une lecture des plus intenses, qui arrive à surprendre le lecteur avec des retournements de situation imprévisibles à chaque chapitre, ou presque. Un petit peu plus dur et sombre que les autres romans de l’auteure, Crossing the line est un roman puissant et profond. Le lecteur est totalement immergé dans la culture Mexicaine, l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les coutumes du pays, autant pour le lecteur que pour Ryan, qui a vécu aux Etats-Unis toute sa vie.

Une coïncidence

Ryan et Delila ont une histoire en commun mais ça, ils ne le savent pas. Leur rencontre est le fruit du hasard le plus total. Ces personnages n’étaient pas destinés à se rencontrer et pourtant, c’est comme s’ils étaient faits pour être ensemble. Dalila échappe au contrôle constant de ses parents le temps d’un concert, Ryan n’a pas de place pour le concert. D’une façon ou d’une autre, c’est le début d’une histoire des plus incroyables.

Des personnages passionnés

Ryan quitte sa famille dysfonctionnelle sur un coup de tête dans l’espoir de s’entraîner avec un ancien héros de la boxe retraité. Il s’installe au Mexique sans argent et sans plan précis, poussé par sa passion pour la boxe, la seule chose qui le motive réellement. Dalila, quant à elle, tente de se faire une place dans sa famille : alors que son père, avocat renommé, semble préoccupé par son travail au point de refuser la moindre liberté à sa fille, Dalila vit dans le souvenir de son frère. Elle poursuit un rêve qui n’est pas le sien et tente de trouver ce qui la motive réellement tout en faisant tout son possible pour rendre ses proches heureux… à défaut d’être heureuse elle-même.

La plume de Simone Elkeles, comme à son habitude, est très rythmée, si bien que les quelques quatre cents pages du roman défilent à une vitesse sans nom. Crossing the line est une romance sur fond de guerre de gangs, teintée de différences culturelles et sociales parfaitement traitées qui bouleverse sans hésitation les stéréotypes attachés au Young Adult.

Date de parution : janvier 2019
Auteur : Simone Elkeles
Editeur : La Martinière jeunesse
Prix : 16 € (400 pages)
Acheter : Amazon

Le nouveau monde paysan

Une plongée anthropologique passionnante avec Le monde paysan aux éditions La Boîte à Bulles

Le monde paysan
Le monde paysan, Stéphane Lemardelé, La Boîte à Bulles

L’auteur rencontre des agriculteurs, jeunes et moins jeunes, au Québec. Il brosse un tableau aussi exhaustif que passionnant de la nécessité d’inventer de nouvelles manières de cultiver la terre et d’élever des bêtes pour préserver l’environnement. Le sujet pourrait être un tantinet soporifique mais non, l’ouvrage est rien de moins que passionnant.

Des hommes et la nature 

Le Québec, c’est peut être loin mais ce petit territoire regorge d’individus aux idées bien arrêtées sur la manière de nourrir les hommes sans saccager la nature. Les agriculteurs que le dessinateur Stéphane Lemardelé rencontre tentent de se dépêtrer avec les normes locales anxiogènes, l’hostilité de l’industrie agricole et la petitesse de leurs exploitations pour subsister et produire des produits de qualité. Les témoignages se multiplient pour un constat que la situation est compliquée mais non pas désespérée. Les 256 pages se lisent comme une encyclopédie de l’agriculture actuelle, avec ses grandes difficultés mais aussi ses grandes satisfactions. Les agriculteurs interviewés sont des passionnés qui se donnent du mal pour trouver une place entre les grandes exploitations et les marques industrielles. Le dessin concourt au ton encyclopédique mais chaque page fait découvrir un autre aspect d’une réalité complexe. De quoi susciter des vocations chez les lecteurs?

Rencontre avec les acteurs d’un nouvel écosystème agricole, de nouvelles solidarités, au cœur de la campagne québecoise.

Maud-Hélène, Christian, Yoana et Jean-Martin sont convaincus qu’une autre agriculture, qu’un autre mode de vie sont possibles. Ils construisent les fermes de demain, innovent, entreprennent et bâtissent de nouveaux projets, plus humanistes et solidaires. Face aux verrous syndicaux, aux quotas, aux lourdeurs administratives, et aux difficultés climatiques, ces producteurs et artisans luttent pour proposer une alternative à l’agriculture intensive et à la nourriture industrielle, encouragés par une demande croissante. À travers une série de portraits Stéphane Lemardelé croque l’histoire de ces paysans québécois, néo ruraux pour la plupart, venus chercher un nouveaux mode de vie, plus sain, et plus respectueux de l’environnement.Un magnifique voyage au cœur de la campagne québecoise, et une vraie réflexion sur les nouvelles tendances agricoles.

Date de parution : le 6 février 2019
Scénariste(s) : Stéphane Lemardelé
Dessinateur(s) : Stéphane Lemardelé
Genre : Sociologie
Editeur : La Boîte à Bulles
Prix : 29 € (256 pages)
Acheter sur : Amazon l BDFugue

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Du vin de Cahors à découvrir

La région de Cahors est une grande région viticole hexagonale, gorgée de soleil et de cépages aguichants. Pour mieux les découvrir, deux exemples révélateurs ont été reçus et dégustés, Résultat des courses!

  • Château Fantou : Grande Terrasse 2015

Composé de 95% de Malbec et de 5% de Merlot, le Château Fantou Grande Terrasse 2015 est une excellente surprise qui fait honneur au terrasses anciennes du Lot. Issu de l’agriculture biologique, le vin est soumis à un cahier des charges strict avec des produits de traitement autorisés en AB, sans désherbant et avec des pratiques respectueuses de la nature. Le vin est élevé en futs neufs de chêne français pendant 28 mois avant une mise en bouteille à la propriété pour 9000 bouteilles. Pour un prix départ cave TTC de 11 euros, il y a de quoi découvrir un vin typique de la région de Cahors!

  • Le vin La Lande Cavagnac

Le vin La Lande Cavagnac est une sélection des plus vieilles vignes du Domaine, situées au lieu dit « La Lande ». Au lieu dit, est associé le nom du hameau autour duquel s’étalent les vignes. Cette cuvée est élaborée pour être bue à partir de 4 ou 5 années après un élevage en fûts de 12 mois, et un stockage de plusieurs années en cave. Elle est constituée de Malbec et d’un soupçon de Tannat pour le millésime 2007 et de 100 % de Malbec pour le millésime 2009. Il faut la réserver pour les viandes rouges, canard, agneau et plats en sauce.
Le bon conseil: il est Important de carafer avant de servir car la bouteille peut contenir des dépôts (ou sédiments) tout à fait naturels au bout de quelques années de vieillissement. Le Millésime 2007 peut se boire dès maintenant. Son potentiel de garde est de 3 ans de plus.
Le Millésime 2009 peut commencer à être bu pour sa finesse. Son potentiel de garde est 3-4 ans de plus. Cette cuvée particulièrement réussie a obtenu 93 points sur 100 lors de la sélection du « Wine Enthusiast« , magazine américain spécialisé dans les vins.

Nouvelle rubrique sur Publik’Art: la dégustation de vin

Nous en avons discuté entre nous dans la rédaction et il nous a semblé aussi évident qu’opportun d’aborder le sujet du vin sur Publik’Art. Le vin se décline en multiples variété et certains méritent de longs articles. Le rédacteur chanceux reçoit des vins pour les déguster et les évoquer. Alors comme son bail sur un blog Lifestyle s’est achevé, la tentation de rédiger des articles vins sur Publik’Art a été la plus forte. Alors c’est parti pour le premier volet de cette série vin!

Des Bulles et des vins

Plusieurs vins ont pu être testés à l’occasion de cette thématique Bulles et Vins, pour de belles découvertes relatées ci-après:

  • Vieille Réserve Rancio – AOC Rivesaltes – Vin Doux Nature
    Avec ses cépages faits de Grenache noir à 50 % et Grenache gris à 50 %, ce Rivesaltes bénéficie d’une belle robe ambrée et d’un nez intense aux notes de de fruits secs, de pruneau-figue, et de noix. La bouche est ample, riche et fruitée et la fraîcheur sous-jacente fait plaisir en bouche. Le vin accompagne très bien une tarte ou un crumble aux abricots.
    DISTRIBUTION : vente directe 
    PRIX INDICATIF TTC DÉPART CAVE : 9,80 euros 
    LES MAÎTRES VIGNERONS DE CASCASTEL – Languedoc 
    11360 Cascastel – 04 68 45 91 74 – info@cascastel.com – 
    www.cascastel.com [1] 
  • Réserve Vidal-Fleury – Muscat de Beaumes-de-Venise – Moelleux 
    Ce Muscat se compose de 100% de Muscat Petit Grain pour une robe jaune qui brille de ses éclats dorés. Au nez, il est possible de distinguer du litchi, du pamplemousse, de la menthe poivrée et du miel. En bouche, c’est un délice avec des arômes de pêche blanche et de pamplemousse. 
    Parfait pour accompagner des desserts à base de fruits, de la glace ou du chocolat noir corsé. 
    DISTRIBUTION : vente directe, cavistes, CHR 
    PRIX INDICATIF TTC DÉPART CAVE : 22,10 euros 
    VIDAL FLEURY – Vallée du Rhône du nord au sud 
    48 route de Lyon – 69420 Tupin et Semons – 04 74 56 10 18 – 
    contact@vidal-fleury.com – www. vidal-fleury.com
  • Domaine VAUCROZE 2015 – Côtes du Rhône rouge  
    Avec sa majorité de Grenache et sa légère touche de Carignan, ce vin rouge à la robe rubis cerise bénéficie d’un nez de fruits rouges 
    fraise-framboise, avec de la vanille et du chocolat. La bouche est très harmonieuse entre puissance et gourmandise. Là aussi, le vin accompagne idéalement des desserts comme un fondant au 
    chocolat ou une compotée de cerises noires. 
    DISTRIBUTION : vente directe, cavistes, CHR 
    PRIX INDICATIF TTC DÉPART CAVE : 5,80 euros 
    CELLIER DES PRINCES – Vallée du Rhône 
    758 route d’Orange – 84350 Courthézon – 04 90 70 21 44 – 
    lesvignerons@cellierdesprinces.com – www.cellierdesprinces.fr [2] 
  • Cuvée du Marot 2015 – Visan Côtes du Rhône Villages Rouge
    Mélange de Grenache, de Mourvèdre et de Syrah, ce vin arbore une robe rubis chatoyante et un nez complexe de fruits noirs. La bouche est gourmande et tapissée de fruits mûrs ainsi que de tanins veloutés. Le vin accompagne idéalement crumble de fruits noirs et carré de chocolat noir aux épices. 
    DISTRIBUTION : vente directe, cavistes, CHR 
    PRIX INDICATIF TTC DÉPART CAVE : 10,90 euros 
    Cave de VISAN 
    84280 Visan – 04 90 28 50 80 – cave@coteaux-de-visan.fr – 
    coteaux-de-visan.fr
  • Calvados Fûts Whisky
    Après les vins et les raisins, c’est au tour du Calvados et des pommes de se dévoiler. Et pas n’importe quelles pommes, les pommes à cidre du Pays d’Auge avec une finition en fûts de whisky breton. Le nez est épicé et iodé, la bouche est onctueuse avec une note beurrée. Quoi de mieux pour accompagner la tarte tatin?
    DISTRIBUTION : vente directe 
    PRIX INDICATIF TTC DÉPART CAVE : 72,00 euros 
    Roger GROULT – Calvados 
    Le Clos de la Hurvanière – Route des Calvados – 14290 Saint-Cyr 
    du Ronceray – 02 31 63 71 53 – contact@calvados-groult.com www.calvados-groult.com [3] 
  • Blanc de Blancs – Crémant d’Alsace Brut
    Issu de la distillation de Pinot blanc et d‘Auxerrois, ce crémant se distingue par sa mousse fine et persistante. Sa robe est or pâle et son nez agréable et rafraîchissant. La bouche est franche et ample. La finale est ronde, persistante et fruitée. Vu la fraicheur du Crémant, il est idéal pour accompagner apéritif, huîtres chaudes ou froides, sushis, nems, poissons crus ou grillés, viandes blanches, fromages à pâte molle, desserts fruités, soupe de fraise, carpaccio d’ananas, 
    tarte au citron. Le choix est vaste!
    DISTRIBUTION : vente directe, Carrefour 
    PRIX INDICATIF TTC DÉPART CAVE : 8,50 euros 
    La Cave des Vignerons de PFAFFENHEIM – Alsace 
    5 rue du Chai – B.P. 33 – 68250 Pfaffenheim – 03 89 78 08 08 – 
    cave@pfaffenheim.com – www.pfaffenheim.com [4] 
  • X Noir Ackerman 
    Le cépage est un des préférés du rédacteur, Chenin noir alias Pineau d’Aunis. La robe rose pâle s’allie à des bulles régulières avec un nez fruité fraise-groseille, finement épicé. En bouche, c’est gourmand, harmonieux et frais. En apéritif ou avec du saumon fumé sauce 
    raifort, c’est un régal.
    DISTRIBUTION : Carrefour, Carrefour Market, Intermarché, Géant 
    Casino, Monoprix, Système U (Bretagne, Pays de la Loire) Leclerc 
    (Pays de la Loire, Gironde), Auchan (Pays de la Loire, Paris, Nord) 
    PRIX TTC INDICATIF CONSOMMATEUR : 6,20 euros 
    ORCHIDÉES, MAISONS DE VIN – Val de Loire 
    19 rue Léopold Palustre – Saint Hilaire / Saint Florent – 49412 
    Saumur – 02 41 53 03 10 – vroulet@orchidees-maisonsdevin.fr – 
    www.ackerman.fr [5] 
  • Grande Cuvée – Crémant de Bourgogne Blanc de Blancs Brut 
    Pur Chardonnay, le Crémant se distingue par sa robe or à nuance émeraude. La bulle est fine et le nez flatte par sa dominante de fruits à chair blanche pomme-poire. La bouche est fraîche et fine. L’accompagnement est vaste, apéritif, sushis, crevettes, saint-jacques, sole au citron, blanquette de poisson, chèvre frais ou beaufort, tarte 
    amandine aux poires, sorbets aux fruits blancs, panna cotta. 
    DISTRIBUTION : vente directe, cavistes, CHR 
    PRIX INDICATIF TTC DÉPART CAVE : 7,90 euros 
    VINESCENCE – CAVE DES VIGNERONS DE BEL-AIR – Beaujolais 
    131 route Henri Fessy – 69220 Saint Jean d’Ardières – +33 (0)4 
    74 06 16 05 – com@vinescence.fr – www.vinescence.fr [7] 
  • Atmosphère 2016 – Méthode Traditionnelle Extra-Brut rosé – BIO 
    Le Méthode Traditionnelle, tout un roman! Issu de cépages Cinsault et Grenache, il bénéficie d’une bulle fine et régulière et d’une robe rose tendre et élégante. Le Nez est délicat, les notes d’abricot, de fruits rouges et d’agrumes dominent. La bouche est équilibrée entre fraîcheur et rondeur. Apéritif et desserts fruités se marieront idéalement avec lui.
    DISTRIBUTION : vente directe, CHR 
    PRIX INDICATIF TTC DÉPART CAVE : 16,40 euros 
    FIGUIÈRE – Côtes de Provence 
    B.P. 47 – 605 Route de Saint Honoré – 83250 La Londe Les Maures – 
    04 94 00 44 70 – figuiere@figuiere-provence.com – 
    www.figuiere-provence.com [8] 

Nos éclats de miroir, lettres à Anne Frank (Nathan)

Nos éclats de miroir, lettres à Anne Frank (Nathan)

Florence Hinckel est établie dans la littérature française depuis des années, écrivant tant pour la jeunesse que pour un public adulte. Auteure de plus de quarante romans, elle est abonnée aux prix littéraires.

Un public adolescent

Nos éclats de miroir s’adresse aux adolescents dès leur entrée dans cette période de leur vie. Plus exactement enfant mais encore loin d’être adulte, Cléo doit trouver sa place dans le monde. L’écriture lui permet de s’échapper un peu et elle décide de tenir un journal, comme une réponse à celui d’Anne Frank. De nombreux parallèles sont faits entre la vie d’Anne Frank et celle de Cléo, comme si l’adolescente tentait de minimiser ses inquiétudes en se rappelant qu’il y avait bien pire.

Des thèmes forts survolés

Certains thèmes comme la dépression, les relations toxiques ou encore le deuil sont abordés dans Nos éclats de miroir, et auraient pu apporter au roman une toute autre dimension, parler à tous les adolescents et sortir du lot. Seulement, ces thèmes quelque peu survolés peuvent donner au lecteur l’impression de passer à côté de quelque chose. Bien que le thème de l’amitié toxique soit effleuré dans le roman, le message que fait passer l’auteure est important et aurait mérité encore plus d’approfondissement pour parler au plus grand nombre.

Une transition

Entre le moment où Cléo commence son journal et celui où elle le termine – à 15 ans, 1 mois et 20 jours, l’âge auquel Anne Frank a disparu – impossible de le nier, Cléo a grandi. Elle a mûri et c’est ce journal qui lui permet de s’émanciper. Le lecteur peut ainsi voir le personnage principal apprendre de ses erreurs et passer de l’obscurité à un bonheur relatif. Être témoin du mûrissement du personnage est l’un des grands points positifs de ce roman.

Nos éclats de miroir est un roman très court qui se lit rapidement, pas seulement par son nombre de pages mais grâce à l’écriture de Florence Hinckel, légère et extrêmement fluide.

Date de parution :  Janvier 2019
Auteur : Florence Hinckel
Editeur : Nathan
Prix : 14,95 €
Acheter : Amazon

Le ravissement Colette, film de Wash Westmoreland

Un film britannique qui s’intéresse à une auteure française à cheval sur la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, ce n’est pas anodin. Quand Keira Knightley prend les traits de Gabrielle Sidonie Colette, c’est pour en faire ressortir toute la pugnacité et la combativité. Le réalisateur de l’émouvant Still Alice fait revivre une époque où Paris était le centre du monde avec sa Tour Eiffel et son électricité naissante, et où une femme imposa son caractère à un monde d’hommes. Par la grâce de son caractère d’acier et de son talent d’écrivain, elle sut bousculer les conventions et marquer l’histoire à jamais. Le film se suit comme une fable mais c’est bien la vraie vie qui ressort, dans toute sa fragilité et sa force. Et le film se suit avec délectation.

Une reconstitution historique au cordeau

Avant de rédiger une trentaine d’ouvrages et de marquer l’histoire littéraire de son empreinte, Colette fut une jeune bourguignonne innocente, mariée à Willy, un écrivain parisien aussi fantasque que volage. Mais la jeune colombe recelait un esprit libre qui la poussa à ne pas se contenter d’une vie d’épouse oisive. Pour tromper son ennui, elle se mit à écrire ce qui devint un best seller du tournant du siècle, les aventures de Claudine, publié sous le nom de son mari mais le ver était dans le fruit. Consciente de son potentiel, elle fit sauter les verrous des conventions pour de réaliser pleinement. Artistiquement, socialement, sexuellement, elle accepta sa vocation et ses penchants, quitte à choquer, devenant une précurseuse du droit auxquels allaient pouvoir accéder les femmes au cours du XXe siècle.

Keira Knightey prête ses jolis traits à une Colette aussi charmante qu’intraitable. L’actrice montre une fois de plus son potentiel dans des films au contexte historique. Qu’il est loin le temps des pirates… A ses côtés, Dominic West est un Willy fielleux à souhait, jouet de ses pulsions et à la duplicité maladive. Celle qui aurait pu rester prisonnière de son existence trouva la force et le talent de se réaliser, non pas seulement parce qu’elle était séduisante mais parce qu’elle recelait un caractère entier et volontaire. Les histoires de Claudine, si elles ne sont plus guère connues aujourd’hui, ont pourtant marqué les lectrices de l’époque, poussant Colette sur le devant de la scène comme aucune femme avant elle.

Le film se suit comme une plongée historique passionnante, avec son héroïne inflexible confrontée aux blocages de son époque. La reconstitution, la musique (Ravel, Satie…) et la mise en scène concourent à croire à ce récit ainsi qu’à s’attacher aux personnages. Une réussite.

La lumière est à moi, et autres nouvelles de Gilles Paris (Gallimard)

Gilles Paris ©Babelio.com

Gilles Paris a toujours été très attiré par la période de l’adolescence. Publik’Art avait été très touché par Le vertige des falaises. Cette fois-ci, pas de grande histoire, mais plusieurs nouvelles. Dix-neuf pour être précis, réunies dans un livre avec une très belle couverture qui donne le ton du livre !

Leur point commun

Toutes ces nouvelles ont pour point commun l’enfance et l’adolescence. Mais pas une adolescence tranquille, non. Une période qui se révèle toujours douloureuse et souvent bien triste. L’auteur ne s’intéresse pas au bonheur mais plutôt au malheur qui survient là où on ne l’attend pas. Des adolescents orphelins soit de mère, soit de père, soit des deux parents, soit très jeunes, soit au moment de l’adolescence. Souvent orphelins de mère. Avec toutes les traces que cela laisse dans l’inconscient. Une mère reste incontestablement la référence de toute une vie :  » Ma mère a laissé en moi une part d’inachevé que rien ne guérit ni ne sauve «  p.29
« On ne devrait pas grandir quand on perd sa mère à quatorze ans »  p.36
« Quand je suis triste, je vais voir maman. Ses méthodes sont imparables. Elle déteste qu’on se plaigne. Et mes chagrins d’adolescent la font sourire » p.76
« Maman est sous terre et je n’ai du chagrin que pour les pétales de roses jaunes » p.97

Parole d’une mère

Chaque histoire tourne autour d’un enfant ou adolescent. Le prénom a son importance et toujours la présence ou l’absence de la mère. La découverte de l’amour, la découverte du monde adulte même s’il reste souvent bien incompréhensible… Chaque nouvelle est emplie de vérité où les jeunes semblent bien plus forts et lucides que les adultes même s’ils sont souvent très tristes et malheureux. Et à travers eux, le lecteur voyagera avec chaque petit héros, à travers le monde. Les descriptions sont toujours aussi belles et poétiques, comme sait si bien le faire Gilles Paris. Ce qui accentue la souffrance du narrateur. Et sa douleur intérieure.

La lumière est à moi est un livre qui se savoure à petites doses. Une nouvelle chaque soir pour s’en imprégner totalement. Car ce n’est pas une lecture légère, mais souvent triste et qui appelle des réflexions sur des thèmes chers à l’auteur : l’enfance, l’adolescence, la mort, la vie, l’amour, la découverte du sexe, du désir, les séparations, le deuil… Une très belle écriture profondément lumineuse.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Anton, Eytan, Angus, Julian, Aaron, Lior, Ethel, Anna, Ruth, Ambre, Brune… Les héros romanesques de Gilles Paris ont tous en commun une part d’enfance déchue, le désir de s’échapper, happés par l’espoir d’une vie plus lumineuse. Des bords de Seine aux rivages du lac Léman, de la mer des Éoliennes à l’océan Atlantique, leurs destins intranquilles se nouent et se dénouent, à l’heure où les paysages s’incendient en fin de journée.

Date de parution : le 11 octobre 2018
Auteur : Gilles Paris
Editeur : Gallimard
Prix : 19 € (248 pages)
Acheter sur : Amazon

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