Drôle d’endroit pour de la neige, un petit livre bien vivant (Anne Carrière)
Fred Paronuzzi, auteur français, a beaucoup écrit pour la jeunesse. Mais Drôle d’endroit pour de la neige s’adresse aux adultes !
C’est l’histoire d’une femme qui ne se sent plus très bien dans son couple. Enfin, elle sent que son mari ne lui laisse plus aucune place. Ils sont d’accord pour divorcer, à l’amiable. Elle étouffe, littéralement. Elle a beosin d’urgence d’oxygène. Alors, elle part, du jour au lendemain, au bord de la mer. Avec ses deux enfants sous le bras. Et c’est dans cette petite maison qu’elle loue, qu’elle va renaitre. D’un seul coup, tout lui paraît si simple. Elle n’a plus peur. Elle vit. Elle ose la rencontre avec les autres, ses voisins. Avec un naturel qui la surprend elle-même. Elle va jusqu’au bout de ses envies, de ses désirs. Comme c’est facile, comme c’est bon !
Avec Drôle d’endroit pour de la neige, on ne regrette qu’une chose : que l’histoire ne dure pas plus longtemps. Elle se lit comme une première gorgée de bière… Avec plaisir !
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Alors qu’elle assiste à la cérémonie célébrant la promotion professionnelle de son mari, une femme qui vit dans l’ombre de celui-ci depuis des années, décide de partir. Il y a trop longtemps qu’elle est la femme de. Mais surtout, son mari a une maîtresse. Ça, c’est trop lourd à porter pour elle. À l’aube, elle fait ses valises et emmène leurs deux enfants quelques jours au bord de la mer. Le temps qu’il vide l’appartement familial de ses affaires. Dans la petite maison de location, elle va enfin respirer et se remettre à vivre notamment grâce à la bienveillance et la simplicité de ses voisins avec qui elle se lie spontanément d’amitié. Elle ne restera pas non plus insensible aux charmes de Dimitri, un bel homme sans doute trop jeune pour elle… Dans ce nouveau livre, Fred Paronuzzi nous offre une émouvante parenthèse enchantée dans la vie d’une femme qui s’apprête à tout reprendre à zéro. Un bel exemple de lâcher prise qui donne envie de croire en l’humanité. Fred Paronuzzi a débuté aux Éditions Le Dilettante (10 ans ¾, 2002), puis a publié Comme s’ils étaient beaux, (Le Dilettante, 2005) et La Lettre de Flora, (éditions Robert Laffont, 2007) Depuis quelques années il écrit essentiellement pour la jeunesse et publie des livres chez Thierry Magnier
Date de parution : le 4 mai 2018 Auteur : Fred Paronuzzi Editeur : Anne Carrière Prix : 14 € (115 pages) Achetersur : Amazon
Berlin Kabarett, mise en scène de Stéphan Druet, Théâtre de Poche Montparnasse
Le tourbillon Berlin Kabarett emporte tout sur son passage au Théâtre de Poche Montparnasse
L’évènement théâtre du moment se situe au Théâtre de Poche Montparnasse avec une pièce qui invoque la décadence et l’outrance de l’époque berlinoise interlope des années 20 tandis que les bruits de bottes nazies se font de plus en plus entendre dans une Allemagne toute prête à s’offrir au dictateur à la moustache en brosse à dents. Des musiciens accompagnent les comédiens chanteurs danseurs qui ne se ménagent pas une seconde sur scène, la toujours fringante Marisa Berenson en tête. Le ton est à la comédie tragicomique pour des personnages qui tentent de passer outre le flot tumultueux de l’histoire jusqu’à un dénouement qui cloue le bec de l’audience. Un moment rare de théâtre!
Une pièce entre nostalgie et rappel à l’ordre
Dans une époque actuelle où l’antagonisme anxiogène entre êtres humains tend à être de plus en plus sollicité par les politiques comme les médias, Berlin Kabarett prend le contre pied en exposant l’existence tumultueuse d’une bande d’outsiders qui tente de continuer à vivre comme bon leur semble malgré la montée des interdits. La pièce enchaine de manière ininterrompue les tours de chant, Sebastian Galeota en tête avec son personnage de fils délaissé par sa mère tenancière de tripot et déçue par la voie choisie par son rejeton. Jacques Verzier interprète un poète somnambule qui hante les nuits berlinoises et se joue de la censure nazie galopante. Tous deux et Marisa Berenson s’amusent follement sur scène, enchainant les numéros dans un tapage ininterrompu qui suscite l’engouement du public. La salle du théâtre place les spectateurs à immédiate proximité de la scène dans une ambiance de cabaret décomplexée. Car sans être vraiment vulgaires, les textes savent louvoyer à la limite du premier degré et du racolage pour un effet comique immédiat sur l’audience. Une belle ribambelle de journalistes assistait à la première du spectacle et les applaudissement étaient à la mesure de la performance. L’image de Marlène Dietrich ou de tous ces films évoquant la vie de cabaret dans le Berlin des années 20 ressurgit devant cette évocation d’une décadence menant tout droit à l’abîme, la folie de l’instant ne faisant ni oublier ni disparaitre les spectres qui s’agitent dans l’environnement social et politique du début des années 30. Un groupe resserré de 3 musiciens avec piano, percussions et cornet participe activement aux réjouissances en adjoignant une ambiance musicale truculente à la fête. La mise en scène de Stéphan Druet ne donne aucun répit au personnages qui utilisent toute la surface de la scène pour un sentiment de fusion constante. Les sourires succèdent aux mines déconfites sur les visages des spectateurs à mesure que l’inéluctable se fait plus pressant. La vie nocturne des années 20 berlinoises ne fut qu’une parenthèse enchantée qui ne pouvait hélas rien contre le flot de l’histoire. Nous voilà prévenus, il ne sert à rien de regarder la montée des tensions en gardant des mines impuissantes, c’est la montée qu’il faut juguler car après, il est trop tard.
Berlin Kabarett prend possession du Théâtre de Poche Montparnasse du jeudi au samedi à 21h et le dimanche à 17h30 pour un spectacle irrésistible. Quand le théâtre offre une telle prouesse sur sa scène, c’est le moment de réserver tout de suite une place!
Dates : du 24 mai au 15 juillet, du jeudi au samedi à 21h, dimanche à 17h30 Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse (Paris) Metteur en scène : Stéphan Druet Avec : Marisa Berenson, Stéphane Corbin, Sebastian Galeota, Jacques Verzier ou Olivier Breitman, Loïc Olivier ou Hugo Chassaniol aux percussions, Victor Rosi au cornet
Charly pour toujours, le dernier Plieur de temps (Rageot)
Manon Fargetton est une auteure française. Reconnue dès son plus jeune âge en 2005, elle partage son temps entre l’écriture et son travail de régisseur lumière. Auteure de fantasy et fantastique aussi bien pour la jeunesse, les adolescents ou les adultes, Manon Fargetton a aujourd’hui publié plus d’une dizaine de romans.
La conclusion d’une intrigue
Charly pour toujours vient conclure cette saga des Plieurs de temps en quatre tomes. Mais plus encore, il apporte le dénouement de l’intrigue qui avait été commencée dans le tome précédent, centré sur le personnage de Camille. Cet ultime tome démarre fort avec un enlèvement : Charly et Robin sont kidnappés par quelqu’un qu’ils ne connaissent pas. Tout ce qu’ils savent, c’est que celui qui en a après eux veut les horloges, celles qui permettent à Camille de voir l’avenir, à Anthony de revenir dans le temps et à Robin de l’arrêter.
Le pouvoir du passé
Le pouvoir des horloges s’adapte à celui qui les utilise. Pour Camille, qui restait focalisée sur ce qu’elle pouvait changer du passé, les horloges lui ont donné la possibilité de voir l’avenir. Charly, quant à lui, a le pouvoir de revoir le passé, à des moments où lui-même était trop jeune pour s’en souvenir. Revivre ces moments permet à Charly de mettre le doigt sur des éléments de son passé qu’il ne comprenait pas.
L’importance d’une famille
Durant tout le roman, Charly essaye de combler l’absence de son père, qui vit en Angleterre. On comprend alors toute l’importance pour Charly de réunir sa famille. Il cherche désespérément une figure paternelle, qu’il trouve en partie en Max, le grand-père de Robin. Charly rêve d’une famille nombreuse, de cousins, de grands-parents… avec Robin, Anthony et Camille, Charly comprend que l’amitié peut apporter tout autant, sans pour autant remplacer sa famille.
Cette série des Plieurs de temps parle directement à la jeunesse, met le lecteur en scène jusqu’à lui faire prendre parti à l’intrigue. Manon Fargetton permet au lecteur de s’immerger totalement dans l’histoire de Charly et de ses amis.
Page de l’éditeur :
Grâce à l’horloge magique de son ami Robin, Charly peut arrêter le temps. Mais quand il est enlevé, son pouvoir se dérègle. Tandis que Camille et Anthony, les autres Plieurs de temps, se lancent sur sa piste, Charly s’efforce de maîtriser son nouveau pouvoir dans l’espoir de s’échapper.
Date de parution : le 16 mai 2018 Auteur : Manon Fargetton Editeur : Rageot Prix : 11,90 € (224 pages) Acheter : Amazon
Sortie en DVD/BluRay du film d’action survitaminé 24h Limit avec un Ethan Hawke séduisant
24h Limit joue sur l’action totale et décomplexée. Ethan Hawke interprète un tueur d’élite qui doit réaliser une mission de plus. Le bonhomme a des états d’âme et il a bien raison puisque cette mission va le voir se faire éliminer. Mais tel Orphée revenu des enfers, son personnage de Travis Conrad va se faire ressusciter pour 24 dernières heures durant lesquelles il va se rebiffer contre son employeur. Les cartouches défilent vitesse grand V dans un gunfight porté par un acteur au top de sa forme.
Quand le tueur devient justicier
24h Limit est un film plaisant qui a le bon gout de ne durer qu’1h30 et de n’avoir aucun temps mort. Le héros est au centre d’un imbroglio qui va le voir choisir le parti de la justice contre celui du capitalisme sans vergogne. Car le film est une belle métaphore sur l’impunité des grands groupes qui éliminent à tout va tout ce qui se place en travers de leur chemin. Et le bras armé de l’organisation décidé de changer de bord pour sauvegarder ce qu’il lui reste d’honneur. Le principe de la résurrection médicale à temps limité n’est pas sans intérêt, peut être est-ce même une issue inévitable de la médecine moderne. Aux côtés d’un Ethan Hawke décidé à se racheter une virginité morale, Rutger Hauer fait une apparition minimale et Liam Cunningham sort de son rôle habituel dans Game of Thrones en méchant capitaliste sans pitié. Le film d’action multiplie les scènes impeccablement chorégraphiées pour un résultat final conforme au cahier des charges. Ca pétarade, les balles fusent de tous côtés et le héros doit abattre le reflet terrestre du monde d’en dessous. Les victimes se comptent par dizaines, le héros est vraiment sans pitié. Le film se passe majoritairement en Afrique du Sud, ce qui constitue une base originale pour un film qui n’invente rien mais offre un spectacle à la hauteur des attentes.
24h Limit est un divertissement assumé qui vide paisiblement les chargeurs avec un Ethan Hawke qui ne se ménage pas. Le film est sorti en DVD et BluRay, le moment de le rattraper si vous l’avez manqué au cinéma.
Travis Conrad, tueur d’élite d’une organisation paramilitaire, est tué en mission en Afrique du Sud. Mais une procédure médicale expérimentale mise en place par ses employeurs le ramène temporairement à la vie, lui offrant 24 heures supplémentaires. Dans cette course contre la mort, comment Travis va-t-il pouvoir se sortir de ce piège ?
SortieDVD : Disponible Durée : 01h37 Réalisateur : Brian Smrz Avec : Ethan Hawke, Paul Anderson (XVIII), Rutger Hauere Genre : voir fiche allociné Prix : 19,99 € (DVD) Acheter : sur Amazon
L’homme qui voulait aimer sa femme, un livre charmant (Anne Carrière)
Hervé Pouzoullic nous livre son deuxième roman : L’homme qui voulait aimer sa femme. Le titre à lui tout seul résume bien le livre.
Une réelle passion
Marc adore sa femme. Il l’adore tellement qu’il voudrait partager cet amour avec le monde entier. Comment faire ? Tout simplement écrire un livre révélant tout cet amour. Sa femme, Vasilissa est russe. Elle a tout quitté pour suivre Marc à Paris. Voilà déjà dix ans qu’ils sont mariés. Ils ont deux enfants, une fille et un garçon. Et un chien ! Très important le chien ! Et surtout, ils sont heureux. Ils travaillent tous les deux et s’aiment comme au premier jour. Mais la situation va se dégrader…
Un amour contaminé peu à peu…
Pas si sûr que cela soit une bonne idée de vouloir écrire. Mais Marc n’en démord pas, il veut raconter la chance qu’il a avec sa femme. Raconter tout depuis le début. Même si les débuts sont un peu laborieux. Les rapports avec ses parents sont cocasses. Rien ne sera facile pour l’intégration de Vasilissa. Mais finalement au fil de l’écriture du roman, elle décide de le soutenir. Et tous les soirs, il lui lit ce qu’il a écrit dans la journée. C’est le temps de leur « récréation littéraire ». Et ça le rend encore plus amoureux. Le roman est terminé, au bout de plusieurs mois. Une année horrible pour sa femme et ses enfants ! Ils n’ont pas vu Marc et n’ont pas du tout profité de lui. Sans compter qu’au niveau professionnel, il a bien failli perdre son poste. Mais Marc les aime tellement ! Il envoie son livre à plusieurs maisons d’édition et suite à de très nombreux refus, il se met à déprimer sérieusement. Personne ne comprend la valeur de son livre, donc son amour pour sa femme. Jusqu’au jour où…
Publik’Art ne racontera pas la suite de ce roman, bien écrit, avec beaucoup d’humour. On se doute que L’homme qui voulait aimer sa femme doit être très largement inspiré de la propre vie de l’auteur ! Ce qui est d’autant plus charmant ! Un beau livre pour cet été !
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Vasilissa a quitté Moscou pour faire sa vie avec Marc, un Breton un peu trop romantique, malhabile, mais plein de bonne volonté. Dès son arrivée, tout dérape : amis déjantés, famille bancale, Vasilissa ne sait pas sur quel pied danser… Mais rien ne vient entacher l’idylle de nos amoureux. Rien, sauf peut-être le temps qui passe.
Dix ans plus tard, la famille s’est agrandie de deux enfants et un chien. La passion, elle, se fait plus discrète.
Marc ne le supporte pas. Il veut aimer Vasilissa comme au premier jour. Il pense avoir trouvé la solution miracle : il va écrire un livre sur sa femme, et le faire publier. Une lettre d’amour de trois cents pages à partager avec la terre entière.
Marc a le bonheur ambitieux, peut-être trop. Et parce qu’il est prêt à tout sacrifier à sa quête, il risque de perdre l’essentiel en route…
Date de parution : avril 2018 Auteur : Hervé Pouzoullic Editeur : Anne Carrière Prix : 18 € (248 pages) Achetersur : Amazon
Entre Chien et Loup, BD de Zuo Ma, Editions Cornélius
Les Editions Cornélius publient la bande dessinée inédite en France Entre chien et loup
A la fin du mois de mai paraitra la bande dessinée du dessinateur et scénariste Zuo Ma, Entre chien et loup, aux éditions Cornélius. Publié pour la première fois en France, l’ouvrage rassemble douze nouvelles dessinées en noir et blanc qui font plonger le lecteur dans un univers pastoral entre fantastique et mythologique au coeur de la campagne chinoise. La BD se lit autant comme un témoignage qu’une allégorie de l’humanité pour un moment presque hors du temps.
Une BD loin des critères actuels
Les plus de 200 pages de la BD recèlent d’une atmosphère mystérieuse tant des évènements étranges semblent ne cesser de s’y dérouler. Une cuve se vide mystérieusement de son eau toutes les nuits, un chat chien nait d’une union étrange et les scarabées semblent pulluler dans ce coin perdu de la campagne chinoise. Le dessinateur et scénariste Zuo Ma ravive ses souvenirs d’enfance pour faire entrer le lecteur dans son univers onirique personnel où des morceaux de réalité abrupts côtoient l’imaginaire de l’enfance. La société moderne tend à faire disparaitre la campagne au profit d’usines polluantes et de bâtiments urbains mais le narrateur reste intimement lié aux bois de sa jeunesse et aux camarades de sa classe. Si la BD semble un signe avant coureur de la vague à venir de la nouvelle bande dessinée chinoise qui monte en flèche, un peu comme les mangas japonais autrefois, il y a fort à parier que le phénomène devienne mondial tant la bande dessinée réussit à marier poésie et émotions dans un déroulé composé de 12 nouvelles qui peuvent se lire indépendamment les unes des autres mais composent un édifice aussi doux qu’amer dans une ode à l’innocence et à la jeunesse.
Entre chien et loup rappellera le ton de ces récits initiatiques où les auteurs partagent leur vision très personnelle d’une enfance perdue à jamais. Entre chien et loup aux éditions Cornélius ravira les lecteurs habituels de nouvelles qui convoquent autant les rêves que les cauchemars
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Les douze nouvelles étranges qui composent Entre chien et loup prennent pour cadre l’univers rural de la Chine contemporaine. Oscillant entre réalisme social, chronique écologiste et récit onirique, elles procèdent par touches délicates pour restituer les caractères ou les ambiances, le véritable sujet de l’auteur. Cousin lointain de Guy de Maupassant, avec lequel il partage une tendresse pour les « petites gens » et un goût marqué pour le fantastique, Zuo Ma livre ici des pages éblouissantes qui capturent les sensations indicibles que procure l’aurore en été ou la terreur d’une vision nocturne.
Cette forme de bande dessinée ouvertement fragmentaire et poétique puise dans une nature luxuriante toute sa puissance d’évocation, plongeant le lecteur dans des heures bucoliques où le temps semble s’être arrêté ; l’enfance se joue là en toute liberté. Mais les sous-bois et les ombres des chemins sont propices aux rêves comme aux cauchemars, et disent mieux qu’un reportage télévisé les troubles d’une population confrontée à la violence du changement social. Paysans sacrifiés à l’établissement d’un barrage, générations séparées par l’urbanisme galopant ; la campagne semble toujours plus éloignée de la ville.
Édité pour la première fois en Occident, Zuo Ma signe avec Entre chien et loup un ouvrage économe et majestueux, dont la beauté douce-amère se découvre peu à peu sans jamais révéler complètement son mystère.
Date de parution : le 31 mai 2018 Scénariste(s) : Zuo Ma Dessinateur(s) : Zuo Ma Genre : Fiction Editeur : Cornélius Prix : 21,5 € (216 pages) Acheter sur : Amazon l BDFugue
Entre chien et loup Entre chien et loup Entre chien et loup Entre chien et loup
Les jours de ton absence, une histoire d’amour haletante (Les Escales)
Rosie Walsh est un auteur anglais. Elle vit à Bristol. Les jours de ton absence est son premier roman, écrit sous son vrai nom. Elle avait écrit précédemment, mais sous un pseudonyme. Et cela lui porte bonheur car son roman est très bien accueilli et traduit dans plus d’une vingtaine de pays !
Un scénario surprenant
Sarah est en pleine séparation avec son mari avec qui elle a vécu 17 ans. Mais tout se fait à l’amiable. Et sans enfant. Elle vit aux États-Unis. Puis début juin, elle retourne dans son pays, quelque part en Angleterre. C’est alors qu’elle tombe sur un jeune homme, Eddie, de façon tout à fait improbable. En pleine campagne, en compagnie d’un mouton. Ils ont 40 ans tous les deux et tombent éperdument amoureux. Ils vont passer une semaine ensemble, chez Eddie, sans se quitter. L’auteur décrit très bien cet amour fou, où plus rien ne semble exister que l’autre.
Une hyper-dépendance à l’autre
Ils se quittent car Eddie doit partir en vacances. Mais ils se promettent de se revoir très vite. Sarah ne reçoit aucun message d’Eddie, aucun appel. C’est comme si il n’avait jamais existé. Elle ne peut pas y croire, pas après la semaine d’amour qu’elle a vécue. Du coup, elle s’inquiète pour lui. Il lui est peut-être arrivé quelque chose. Elle attend désespérément de ses nouvelles et tente tout ce qu’elle peut pour le retrouver. Mais rien, le silence absolu.
Incompréhension totale
Même si cela dure un peu longtemps, l’auteur décrit parfaitement le désarroi dans lequel est plongé Sarah. Sa vie semble ne plus avoir de sens, sans Eddie. Alors qu’elle ne le connaissait pas avant ces fameux huit jours, maintenant, elle semble ne plus pouvoir vivre sans lui. Elle est complètement folle de lui et reste la plus malheureuse des femmes, avec ce silence insupportable.
Suspense et douleurs
Publik’Art n’en révèlera pas davantage sur l’histoire de Sarah. Mais si vous commencez le livre, prévoyez du temps devant vous car vous ne serez pas prêt de le lâcher ! Un réel suspense se fait tout au long de la lecture. Même si le scénario est poussé à l’extrême, on garde un réel plaisir tout au long de la lecture. Les jours de ton absenceest à la fois un roman d’amour et une grande intrigue compliquée et douloureuse. Un bon livre de vacances !
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Lorsque Sarah rencontre Eddie, son monde bascule. Ils sont faits l’un pour l’autre, elle en est certaine. Les jours qu’ils passent ensemble ressemblent à un rêve et Sarah a le sentiment que sa vie débute enfin. Quand Eddie, également fou amoureux, part à contrecœur pour un voyage prévu de longue date, tous deux se quittent en sachant qu’ils se reverront très vite.
Pourtant, quelques jours plus tard, Eddie n’a toujours pas donné de signe de vie. Le portable de Sarah reste désespérément muet. Refusant d’écouter ses amis qui lui conseillent de passer à autre chose, Sarah met tout en œuvre pour comprendre la raison de ce silence.
Elle ne sait pas encore que l’explication qui se dessine peu à peu la bouleversera au plus profond de son être. Une chose qu’elle ne peut maîtriser les sépare irrémédiablement, la seule qu’ils n’ont pas partagée : la vérité.
Mêlant admirablement suspense, secrets et histoire d’amour, Les Jours de ton absence vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page. Véritable phénomène d’édition, il a été traduit dans le monde entier.
Date de parution : le 3 mai 2018 Auteur : Rosie Walsh Editeur : Les Escales Prix : 21,90 € (400 pages) Achetersur : Amazon
Veronica, film de Paco Plaza, Copyright Sony Pictures Releasing España
Sortie du film d’épouvante espagnol Veronica en VOD le 1er juin et en DVD/Blu Ray le 6 juin
Le film Veronica avait connu un vrai buzz lors de sa sortie en salles en 2017. Les ficelles de l’épouvante sont utilisées une à une et les références sont nombreuses. L’exorciste, Poltergeist, Carrie, les classiques sont invoqués avec la certitude de ne pas se tromper. Et comme le film s’inspire d’une histoire vraie, ke doute s’insinue rapidement dans l’esprit des spectateurs, et si des forces paranormales s’étaient vraiment attaquées à une jeune fille au début des années 90? L’histoire n’a jamais été résolue par la police, témoignage d’un policier de la brigade criminelle à l’appui.
Un film d’épouvante classique
Une partie de Ouija initiée par 3 adolescentes pendant une éclipse de soleil tourne mal. L’une d’elles, justement Veronica, est prise à partie par des forces obscures revenues de l’au-delà. Sa vie va maintenant être un enfer car pas un jour ne se passe sans que des esprits ne rôdent autour d’elle et de sa famille. Une mère absente car trop occupée à gagner sa vie lui laisse la responsabilité de s’occuper de ses deux petites soeurs et de son petit frère. Les métaphores abondent dans ce rôle de substitut à la mère absente, en plus en retard dans ses menstruations à 15 ans, la référence à Carrie est ici assez évidente. Et voilà que les esprits invoqués dans la partie de Ouija se mettent à la tourmenter, toujours dans l’appartement familial. Pas un spectateur ne se demande mais pourquoi ne part-elle pas de cet appartement hanté, mais non, elle y reste jusqu’au dénouement final et fatal.L’effroi monte de plus en plus dans un tourbillon infernal qui ne se passe pas très bien pour l’héroïne
Film parfait pour passer une soirée à s’effrayer tranquillement entre amis, Veronica n’invente rien mais recycle parfaitement les ficelles du genre, bonne soeur aveugle et fragilité enfantine en prime. Et comme le réalisateur est un habitué du genre avec déjà [Rec],[Rec]² et [REC]³ Genesis à son tableau de chasse, le spectateur sait qu’il peut partir tranquille!
À Madrid, après avoir participé à une séance de spiritisme avec ses amies, une jeune fille est assaillie par des créatures surnaturelles qui menacent de s’en prendre à sa famille. Le seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole.
SortieDVD : le 1er juin en VOD, le 6 juin en DVD/BluRay Durée : 01h45 Réalisateur : Paco Plaza Avec : Sandra Escacena, Bruna González, Claudia Placer Genre : voir fiche allociné Prix : 19,99 € (DVD) Acheter : sur Amazon
Néféli & Vincent, une relation tout feu, tout flamme.
Ami-ami, la petite pépite acidulée qui a reboostée la comédie romantique française, sort en DVD/BluRay/VOD.
Derrière le sobriquet simple et efficace Ami-Amise cache en parti une question sans fin sur la relation homme-femme, en particulier sur la possibilité d’avoir une amitié fusionnelle entre deux personnes de sexe opposé. Elle, c’est Néféli, lui, c’est Vincent, best friends depuis des années, ils décident d’habiter ensemble en colocation afin de vivre la vida loca quotidiennement, sans les baisses de régime du dimanche soir. Fête endiablée, voyeurisme érotique façon Fenêtre sur cour ou encore défis potaches en tout genre rythme un quotidien qui donnerait envie à n’importe de qui de rembobiner ses 20 ans et d’enfiler la vie de Néféli et Vincent. Evidemment, les choses vont inévitablement se corser quand l’âge adulte fera son entrée dans cette bacchanale : problèmes de santé maternel ou encore une petite amie pour Vincent. Victor Saint Macary, dont c’est le premier long-métrage, utilise alors toutes les recettes de la comédie romantique classique pour les relifter à la sauce XXIe siècle, pour le plus grand bonheur de nos zygomatiques.
Ami-ami se vit comme un tango endiablé et déluré entre les deux protagonistes principaux.
Les codes relationnels et le langage sont le vrai point fort d’Ami-ami car ils ont le mérite d’ancrer vraiment le film à notre époque, contrairement à bons nombres de comédie française. Le duo composé par Margot Bancilhon, déjà épatante dans Five, et par William Lebghil, transfuge de la série Soda, donne vie à cette relation avec un naturel déconcertant. Lebghil, qui tient enfin un premier rôle, prouve qu’il valait mieux que jouer au faire valoir de Kev Adams. Ses mimiques et son expressivité maladroite en font un croisement malicieux entre Buster Keaton et Steve Carell. Ce dernier rapprochement n’est pas inopiné, car on sent vraiment la volonté de Victor Saint Macary d’assumer une filiation avec la nouvelle comédie française très feel-good (Romain Levy, Hugo Gélin), eux même inspiré par Judd Apatow, qui a su endiabler la très plan-plan comédie romantique en un genre protéiforme généreux et surtout très drôle. Les seconds rôles ne sont pas en reste, avec le toujours impeccable Jonathan Cohen, mais surtout la révélation Camille Razat qui nous donnerait tous envie de faire de l’autotamponneuse sous ecsta. Une rom-com portée par une écriture et des acteurs inspirés.
Ami- ami sort le 23 mai en Blu-Ray, DVD et VOD. Si vous voulez voir à quoi ressemble les relations homme-femme de nos jours, vous trouverez là une rom-com délurée portée par une joyeuse bande qu’on aura du mal à laisser.
Quoi de mieux pour ne plus jamais souffrir en amour que de tourner le dos à la vie de couple et de s’installer en coloc’ avec son meilleur ami ? C’est en tout cas ce qu’a décidé Vincent, ravagé par sa dernière rupture ! À un détail près : son meilleur ami est une meilleure amie, Néféli, jeune avocate déjantée. À peine installés, les deux potes se jurent de ne plus jamais tomber amoureux, de vivre d’amitié et d’histoires sans lendemain. Mais après quelques semaines de cohabitation complice et festive, Vincent rencontre Julie…
SortieDVD : le 23 mai 2018 Durée : 1h26 Réalisateur : Victor Saint Macary Avec : William Lebghil, Margot Bancilhon, Camille Razat, Jonathan Cohen Genre : Comédie romantique Distributeur : Le Pacte Prix : à partir de 14,99 € (DVD) Acheter : sur fnac.com
Tony et Ridley Scott, frères d’armes, livre de Marc Moquin, Playlist Society
Un nouveau pensum cinématographique documenté et analytique consacré à Tony et Ridley Scott, frères d’armes aux éditions Playlist Society
Tout le monde connait les oeuvres cinématographiques de Ridley Scott et de son frère Tony Scott. Tous deux réalisateurs à succès d’opus parfois autant commerciaux qu’ambitieux, ils ont marqué le cinéma de leur empreinte depuis la fin des années 70. Si le second a plutôt commis des films directs voire musclés (Top Gun, Man on Fire, USS Alabama) et le premier des films à haute teneur esthétique (Les Duellistes, Alien, Blade Runner), l’auteur Marc Moquin tente de rapprocher leurs visions dans une analyse aussi fouillée que synthétique (comme toujours) pour une thèse qui en impose.
Deux frères antagonistes?
Le spectateur moyen assidu des salles obscures serait plutôt tenté de séparer les deux frères tant leurs films semblent s’adresser à des publics diamétralement opposés. Et pourtant, le nombre de points communs relevés par Marc Moquin tend à accréditer la thèse de deux oeuvres miroirs. Tous deux passés par les Beaux-Arts puis par la publicité avant d’atterrir au cinéma, ils ont tous les deux choisi de placer l’humain au centre de leurs oeuvres. L’homme contre le système, l’homme contre l’adversité, l’homme contre la fatalité, l’homme contre les préjugés, l’homme contre son empreinte génétique. Dans le même temps, la quête de soi enjoint les héros à se surpasser pur prouver autant aux autres qu’à eux mêmes de quoi ils sont capables. Les symboliques mythologiques ou bibliques abondent dans des films qui se découvrent et se redécouvrent années après années. L’ouvrage de Marc Moquin fait naviguer dans deux oeuvres marquantes du cinéma contemporain avec des liens constants entre deux filmographies qui renvoient intimement l’une à l’autre. Les puristes de l’un ou de l’autre des deux réalisateurs trouveront leur compte dans un ouvrage qui se dévore eu égard à son nombre de pages restreint et à son prix tout riquiqui. Les béotiens pourront également se risquer dans une introduction érudite à deux oeuvres qui ont su multiplier les morceaux de bravoure. Des Prédateurs à Kingdom of Heaven, en passant par True Romance et Gladiator, les longs métrages héroïques alternent avec des ambiances plus intimistes pour des oeuvres qui ont su renvoyer l’une à l’autre, volontairement ou pas jusqu’au décès de Tony en 2012. Reste Ridley pour perpétuer l’oeuvre familiale, avec plus ou moins de bonheur selon les films mais en creusant toujours le sillon de l’homme qui veut se révéler à lui-même.
Tony et Ridley Scott Frères d’Armes est un ouvrage aussi érudit que divertissant, un très bon ouvrage à poser sur sa table de nuit pour dévorer quelques pages chaque soir et programmer des visionnages pour les jours suivants, fidèle à la ligne éditoriale des éditions Playlist Society. A quand un ouvrage sur Stanley Kubrick?
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Tony et Ridley Scott, frères d’armes, livre de Marc Moquin, Playlist Society
À eux deux, les frères Tony et Ridley Scott possèdent une filmographie regroupant plus d’une quarantaine de longs métrages. Malgré une complicité certaine et des parcours similaires – des beaux-arts au cinéma en passant par la publicité –, ils n’ont jamais travaillé ensemble. Tout semble les opposer : le premier est un démiurge à la tête de grandes fresques historiques ou d’odyssées SF, le second, un auteur de films d’action frénétiques et musclés.
Pourtant, se dessine en filigrane au sein de leurs œuvres une approche commune, celle de films mondes dans lesquels l’humain est au cœur des systèmes politiques qu’il combat. De Blade Runner à Man on Fire, de Thelma et Louise à True Romance, d’un frère à l’autre, c’est toute une vision du cinéma qui se construit peu à peu.
Tony et Ridley Scott, frères d’armes montre comment les deux réalisateurs ont revisité, chacun à leur façon, les genres cinématographiques, tout en remettant en question les codes établis, poursuivant la même obsession.
Date de parution : le 23 mai 2018 Auteur : Marc Moquin Editeur : Playlist Society Prix : 14 € (160 pages) Achetersur : Amazon
Duras Pivot Apostrophes, mise en scène de Claude Gallou, Studio Hebertot
Apostrophes Duras Pivot, une rencontre littéraire au sommet magnifiquement portée sur la scène du Studio Hebertot avant de partir en Avignon
Les plus âgés s’en souviennent, le présentateur Bernard Pivot animait dans les années 80 une des émissions culturelles les plus mythiques du petit écran. Il recevait dans Apostrophes les auteurs les plus habituellement rétifs à s’épancher pour les faire se découvrir à la télévision. Et il parvenait à les faire parler, jusqu’à dévoiler les aspects les plus intimes de leur personnalité. Le 28 septembre 1984, Bernard Pivot recevait personne d’autre que la célèbre et secrète Marguerite Duras. La pièce qui se jouera cet été au Festival d’Avignon fait revivre des échanges aussi vifs que respectueux entre les deux personnages littéraires pour une pièce de théâtre appelée à marquer la saison.
Un pur moment de culture
Il faut se remettre dans le contexte de l’émission originale. Une grand table noire sépare le présentateur vedette Bernard Pivot de la romancière Marguerite Duras au coeur d’un studio de télévision. Des fiches et des livres s’étalent sur la table, Bernard Pivot a soigneusement préparé son émission, il connait son sujet et a bien évidemment lu tous les ouvrages de celle qui vient de sortir un immense succès de librairie, L’Amant. Elle que toute la clique littéraire parisienne considérait comme appartenant au passé et sans plus grand chose à dire a créé la surprise avec un roman qui se vend comme des petits pains. Claude Gallou met en scène cette célèbre scène de télévision dans sa plus pure expression. Il interprète Bernard Pivot et le public oublie très vite l’absence de ressemblance physique tant le mimétisme des expressions et du faciès lui font incarner parfaitement le présentateur. Face à lui, Sylvie Boivin est Marguerite Duras, avec la même économie de mots, la même sérénité de façade qui cache des fêlures enfouies. Car Duras est passée par l’oubli, l’alcoolisme et la réclusion pour finalement sortir grandie des épreuves. L’échange original a marqué l’histoire de la télévision, la pièce le fait revivre avec toute sa subtilité. Car même respectueux, Bernard Pivot n’hésite pas à titiller la romancière pour la faire accoucher de ses truculentes répliques. Marguerite Duras prend son temps, elle ne répond pas à l’emporte pièces, elle détient la sagesse des anciens et ses réponses sont empreintes du plus parfait discernement. La pièce en rajoute dans le réalisme avec les musiques originales de l’émission pour débuter et clôturer les échanges, la lumière est vive, les faciès sont d’une expressivité totale et ceux qui sont proche de la scène en profite au maximum.
Apostrophes Duras Pivot se jouera au Festival d’Avignon au mois de Juillet pour un succès prévisible tant le réalisme le dispute à la dramaturgie. Car Marguerite Duras finit par se dévoiler, Bernard Pivot a bien fait son travail de journaliste et la pièce rend parfaitement compte de l’intensité des échanges. Une prouesse!
Dates : 17 mai 2018 à 15h Lieu : Studio Hebertot (Paris) Metteur en scène : Claude Gallou Avec : Sylvie Boivin, Claude Gallou
Un film expérimental d’auteur avec Le ciel étoilé au-dessus de ma tête
Le ciel étoilé au-dessus de ma tête est ce qu’on appelle un petit film intimiste. A 50 ans, l’auteur d’un unique roman reconnu par la critique 20 ans plus tôt ne parvient pas à rédiger une suite et vit en colocation avec une jeune femme combative. Un peu perché dans un coin de la lune, Bruno (Laurent Poitrenaux) stagne dans une existence sans relief. Les péripéties n’abondent pas dans un film qui se regarde volontiers le nombril. Une galerie de personnages féminins intervient pour apporter un peu de dynamisme, Camille Chamoux, Marilyne Canto et Alma Jodorowsky en tête, mais à force de ralentissements, le réalisateur Ilan Klipper fait légèrement fausse route avec ce premier film, l’ennuie pointant un peu trop souvent à l’horizon.
Un premier film autobiographique?
Ilan Klipper avoue lui-même avoir voulu mettre en scène son processus créatif personnel fait de longues méditations et d’observations avant que les idées ne soient finalement et péniblement couchées sur le papier. Le héros traine en peignoir, ne sort jamais de chez lui et doit faire face à l’intervention de ses proches pour possiblement l’interner. Car le comportement erratique de Bruno fait croire à son entourage qu’il est fou. Mais comme le film ne se déroule pas vraiment comme prévu, Bruno tombe amoureux de la psy qui doit décider de la pertinence de son internement thérapique. Le réalisateur a mélangé réalisme et poésie pour une réflexion sur la santé mentale des hommes de culture. Laurent Poitrenaux incarne un anti-héros à l’air perpétuellement hébété. Si certains pourront discerner l’influence de personnages existants ou ayant existé errant sans fin chez eux pour accoucher de leurs ouvrages, tels Céline, Houellebecq ou J.D. Salinger, le traitement du film alterne entre discussions sans fin et regards perdus du personnage principal. Le titre renvoie évidemment à Kant pour une référence philosophique qui ne passera pas inaperçue. Le film oublie les habituelles contraintes quotidiennes d’un homme sans emploi, sans femme et sans perspectives pour laisser ouverte la porte de la fantaisie.
Le ciel étoilé au-dessus de ma tête est un film conceptuel qui ravira ou agacera tant le propos minuscule est étiré pour toucher à l’universel. L’antipathie dégagée par le héros interroge sur la souffrance des auteurs obligés de s’isoler pour mener à bien leur processus créatif intérieur.
Bruno a publié un fougueux premier roman en 1996. La presse titrait : « Il y a un avant et un après Le ciel étoilé au-dessus de ma tête ». Vingt ans plus tard, Bruno a 50 ans. Il est célibataire, il n’a pas d’enfants, et vit en colocation avec une jeune Femen. Il se lève à 14h et passe la plupart de ses journées en caleçon à la recherche de l’inspiration. Pour lui tout va bien, mais ses proches s’inquiètent…
Sortie : le 23 mai 2018 Durée : 1h17 Réalisateur : Ilan Klipper Avec : Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Marilyne Canto Genre : Drame
Avec Réversible, la compagnie circassienne nous invite au voyage intérieur de huit acrobates hors-pairs, libérant leurs émotions enfouies dans une mise en scène épurée et aérienne.
Imaginez vos grands-parents… et imaginez leur vie à votre âge. En se plongeant comme jamais dans leurs histoires familiales, les artistes de Réversible sont partis à la rencontre de leurs aïeux, dévoilant des pans entiers de leur passé qui impactent d’une manière ou d’une autre leur façon d’aborder la vie.
Le langage des arts du cirque, sublimé par sa rencontre avec la musique, la danse et le théâtre, offre à Réversible une panoplie d’expressions pour rendre hommage à cette génération qui a forgé le monde dans lequel nous vivons et dont les histoires sont peut-être le chemin vers de meilleurs lendemains.
La reine d’Espagne, film de Fernando Trueba, Copyright Gyorgy Stalter
Sortie le 21 mai en VOD de la comédie espagnole La Reine d’Espagne
Le film La reine d’Espagne évoque les années 50 franquistes d’une Espagne écartelée entre aspirations à la liberté et étau de fer du dictateur Franco. Une célèbre actrice espagnole qui a fait son trou à Hollywood revient au pays et une série d’évènements inattendus va mettre en péril le projet cinématographique. Débutée comme une galvanisante mise en abîme du cinéma avec un tournage sur le tournage, le film se conclut sur un ton picaresque proche de la comédie farfelue. La belle galerie d’acteurs espagnols renommés concourt à tenir le spectateur en haleine.
Un film dans le film
Les cinéphiles tiennent en grande estime les films où les arcanes des tournages sont décortiquées par le réalisateur. Et comme le casting met sur le devant de la scène une belle collection d’acteurs espagnols, c’est le all star game. Penelope Cruz, Antonio Resines, Javier Camara et même Carlos Aceres en Franco s’en donnent à coeur joie dans un film qui tient souvent de la farce farfelue. Le tournage rencontre d’imprévisibles écueils qui tiennent autant à l’ego des acteurs qu’à la compétition entre nouvelles stars et anciennes têtes d’affiche déchues. Mais c’est l’union sacrée pour empêcher que le dictateur ne mette son nez dans le film et ne modifie le scénario. Le ton est autant au rire qu’à l’évocation d’une époque qui a durablement marqué le pays. La reine d’Espagne n’est pas un sujet choisi au hasard tant l’image d’Isabelle la catholique rentre en compétition avec les errances de l’ignominieuse dictature à l’oeuvre dans les années 50.
La reine d’Espagne se regarde comme une comédie où des personnages sérieux se laissent aller à la truculence. Le film sera disponible dès le 21 mai en VOD, l’occasion de redécouvrir la souvent sublime Pénélope Cruz en compagnie d’une belle brochette d’acteurs espagnols.
Dans les années 50, la star Hollywoodienne Macarena Granada décide de retourner en Espagne, son pays natal, pour y interpréter la reine Isabelle La Catholique dans une grande épopée. Le retour de la plus grande star Espagnole ne passe pas inaperçu, déclenchant une série d’évènements qui mettront à l’épreuve le tournage surveillé de près par les hommes de Franco.
SortieDVD : le 21 mai 2018 Durée : 02h08 Réalisateur : Fernando Trueba Avec : Penélope Cruz, Antonio Resines, Jorge Sanz Genre : voir fiche allociné
Manifesto, film de Julian Rosefeldt, Copyright Barbara Schmidt
Un film concept stupéfiant avec Manifesto de Julian Rosefeldt
Manifesto est ce qu’on appelle un film concept. Aucune intrigue ne s’y déroule avec un scénario et des dialogues entre différents personnages. C’est également un film choral mais avec une seule et même actrice qui interprète pas moins de 13 rôles différents pour présenter avec des accoutrements et des accents autant variés que disparates des manifestes artistiques dans de longs monologues habités. Cate Blanchett réalise une performance d’actrice rien de moins que dantesque et appelée à faire date. Il n’est pas certain que le film rencontre une audience colossale étant donné son sujet, et pourtant, ce n’est pas tous les jours qu’un film aussi intelligent et brillamment interprété sort sur les écrans.
Un film unique en son genre
Le réalisateur Julian Rosefeldt est inconnu du grand public et Manifesto est son tout premier film. Vidéaste allemand vivant et enseignant à Berlin, il réalise une oeuvre singulière et fascinante pour présenter les spécificités de mouvements artistiques aussi divers que Dada, Fluxus, le surréalisme, la nouvelle vague ou le futurisme. Les sujets abordés évoquent aussi bien le théâtre, la danse, le cinéma que l’architecture dans un déroulé d’une très grande force intellectuelle. Julian Rosefeldt n’a pas seulement voulu présenter des idées via des textes descriptifs et engagés, il a surtout voulu les faire vivre à l’écran pour communiquer leur substantifique moelle. Pour cela, il a eu l’idée de génie de faire appel à Cate Blanchett pour 13 performances phénoménales. Jugez plutôt, l’actrice australienne interprète une tradeuse, une mère conservatrice, une patronne, une oratrice funèbre, une punk, une chorégraphe, une enseignante, une ouvrière, une présentatrice TV, une reporter, une marionnettiste, une scientifique et une sans-abri. Le tout en 11 jours de tournage à Berlin et aux alentours. L’actrice a du déclamer ses textes, parfois dans la peau de plusieurs personnages le même jour, avec le défi de maquillages, intonations et accents différents. Le résultat est saisissant de réalisme et Cate Blanchett démontre une fois de plus qu’elle est une des actrices les plus douées de sa génération. Son naturel est à chaque fois complètement bluffant et elle parvient dans chacune de ses incarnations à magnétiser le spectateur. Au delà du propos finalement très arty du film, elle est la raison principale de tenter l’expérience Manifesto. Après Blue Jasmine, Aviator ou I’m not there, la preuve est une fois de plus faite de son charisme et de sa virtuosité à l’écran. Surtout qu’elle a du mémoriser une quantité impressionnante de textes pour paraitre autant crédible que convaincante. Elle évolue dans des univers différents mais sait à tout instant regarder le spectateur dans le blanc des yeux pour l’empêcher de perdre le fil.
Manifesto est un véritable choc où le réalisateur Julian Rosefledt a offert un véritable challenge à une Cate Blanchett qui l’a relevé haut la main. Le film se regarde plusieurs fois avec à chaque fois un plaisir renouvelé. N’ayez pas peur de vous perdre dans des arcanes intellectuelles parfois nébuleuses, Cate Blanchett saura vous prendre par la main pour un voyage captivant.
Manifesto rassemble aussi bien les manifestes futuriste, dadaïste et situationniste que les pensées d’artistes, d’architectes, de danseurs et de cinéastes tels que Sol LeWitt, Yvonne Rainer ou Jim Jarmusch. A travers 13 personnages dont une enseignante d’école primaire, une présentatrice de journal télévisé, une ouvrière, un clochard… Cate Blanchett scande ces manifestes composites pour mettre à l’épreuve le sens de ces textes historiques dans notre monde contemporain.
Sortie : le 23 mai 2018 Durée : 1h38 Réalisateur : Julian Rosefeldt Avec : Cate Blanchett, Ruby Bustamante, Ralf Tempel Genre : Drame, Expérimental
Ce qu’est l’homme, des portraits d’hommes de David Szalay (Albin Michel)
David Szalay nous dresse des portraits d’hommes de 17 à 73 ans, dans son dernier livre : Ce qu’est l’homme. Des hommes et une infime partie de leur vie nous sont confiés. Comme si ce petit parcours de vie suffisait à expliquer la personnalité de chacun. Et en chacun d’eux, il y a un peu de nous.Ce qu’est l’homme, c’est l’histoire, banale de l’humanité. Mais pas si banale que ça…
Chaque histoire parle d’un homme, d’un fait très précis, d’une histoire commencée, et jamais terminée. L’auteur laisse le lecteur en plan. Comme si c’était au lecteur de choisir la fin de l’histoire qui lui conviendrait le mieux… A chaque fois, on visite des lieux différents, dans des pays différents…
De 17 à 30 ans
Le premier portrait est celui de deux jeunes hommes, anglais. Simon et Ferdinand débarquent un soir chez Otto, à Berlin. Ils ont 17 ans. Simon est timide, intellectuel et musicien, contrairement à Ferdinand qui ne pense qu’aux filles ! Ils fument des joints pour passer le temps. Ils parcourent l’Europe en train. Ils vont faire des rencontres et vivre des expériences inattendues. Enfin, surtout Ferdinand, avec une femme bien plus âgée que lui…
Le deuxième portrait sera celui de Bernard, un jeune homme sans ambition. Il a vingt et un an, ou vingt-deux ans. Il a arrêté la fac. Il fume des joints dans sa chambre. Il habite encore chez ses parents. Pour l’aider, son oncle va l’embaucher dans son entreprise. Mais vu les réactions de Bernard, rien ne se passera comme prévu. Bernard a d’autres ambitions que travailler et gagner sa vie. Il va partir et faire aussi de drôles de rencontres. Avec des femmes. Des femmes pas ordinaires. Et finalement il va se découvrir, à travers elles, autrement.
Le troisième portrait est celui d’un jeune homme qui va servir de garde du corps à une jeune femme. Gabor et Emma sont un couple un peu particulier. Et pour protéger Emma, Gabor a employé Balazs. Et c’est lui qui va nous interpeller. Il est le coach sportif de Gabor. Ce dernier lui propose un petit boulot. Pas ordinaire du tout ce petit boulot. Va falloir protéger Madame de ces virées nocturnes. Madame est belle et tous les hommes se retournent sur elle à son passage. Un soir ça dégénère et Balazs sort de sa réserve…
Le quatrième portrait est celui d’un intellectuel d’Oxford, la trentaine. Il a une liaison avec une fille de l’Est, Waleria. Ils ne forment pas vraiment un couple, mais quand même un peu. Jusqu’au jour, où elle lui fait une annonce qui le chamboule complètement. Une vraie « merde » pour lui. Pas pour elle… Mais sa réaction à lui est pitoyable, pour elle.
De 40 ans à 73 ans
Le cinquième homme est journaliste, passionné. Kristian, pas encore quarante ans. Marié, deux filles. Il débarque à Malaga, pour rencontrer en urgence le ministre de la Défense. Pour lui expliquer qu’il est en possession de documents le compromettant fortement. Jusqu’où va-t-il être capable d’aller, juste pour son journal ? Pas de vie privée possible pour le ministre. Et le journaliste, lui, est-il honnête par rapport à sa propre vie privée ?
La sixième histoire est celle de James. 44 ans. Il a un super projet immobilier, pour gagner plus, beaucoup plus. Toujours plus. Au risque d’être attaqué en justice. Mais il croule sous les factures. Il a un fils, Tommy, mais il n’a même pas le temps de le voir…
Ensuite il y a Murray, il vit en Croatie. Un loser. Rien ne lui réussit. Ni en amour, ni en affaire. Mais pourquoi donc ? Il décide d’aller voir une femme capable de lui supprimer cette fichue « malédiction »…
Puis on va faire la connaissance d’Aleksandr, un homme infiniment riche. Soixante-cinq ans. Pas marié mais en couple depuis 15 ans. Deux jumeaux de 10 ans. Du jour au lendemain, il perd tout, ou presque tout. Sa vie se résume au pouvoir et à l’argent. Quelle raison de vivre a-t-il donc maintenant ?
Et pour terminer Ce qu’est l’homme, l’histoire de Tony va sacrément nous interpeller. Il n’est pas vraiment vieux, Tony, à peine 73 ans. Mais il prend conscience que sa vie n’est pas éternelle. Il est séparé de sa femme depuis 15 ans. Il passe quelques jours dans sa maison en Italie. Seul. Enfin, il ne va pas rester seul longtemps… Et sa vie va le bousculer encore davantage et rendre la notion « éternel » à sa vraie valeur…
Ce qu’est l’homme, est un livre d’une forme très originale, à la fois très simple et très complexe. On pourrait croire que l’auteur, David Szalay, a atteint une certaine sagesse due à son âge. Or, il n’en est rien puisque David Szalay n’a que 44 ans ! Tout jeune et déjà un très grand auteur ! A lire absolument !
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Neuf hommes, âgés de 17 à 73 ans, tous à une étape différente de leur vie et dispersés aux quatre coins de l’Europe, essayent de comprendre ce que signifie être vivant. Tels sont les personnages mis en scène par David Szalay à la façon d’un arc de cercle chronologique illustrant tous les âges de la vie. En juxtaposant ces existences singulières au cours d’une seule et même année, l’auteur montre les hommes tels qu’ils sont : tantôt incapables d’exprimer leurs émotions, provocateurs ou méprisables, tantôt hilarants, touchants, riches d’envies et de désirs face au temps qui passe.
Et le paysage qu’il nous invite à explorer, multiple et kaléidoscopique, apparaît alors au fil des pages dans sa plus troublante évidence : il déroule le roman de notre vie.
Avec ce livre, finaliste du Man Booker Prize, le jeune auteur britannique offre un portrait saisissant des hommes du XXIe siècle et réussit, en disséquant ainsi la masculinité d’aujourd’hui, à dépeindre avec force le désarroi et l’inquiétude qui habitent l’Europe moderne.
Date de parution : le 28 février 2018 Auteur : David Szalay Editeur : Albin Michel Prix : 25 € (546 pages) Achetersur : ICI
Le voyeur, film de Michael Powell, Copyright StudioCanal UK
Ressortie en version restaurée le 23 mai du thriller Le voyeur de 1960
Le Voyeur est un classique du slasher movie. Sorti en 1960 sur les écrans britanniques, la même année que Psychose, le film évoque pour la première fois sur grand écran les snuff movies, cette manie macabre qu’ont certains à filmer leurs méfaits pour les revisionner par la suite. On a du mal à croire aujourd’hui au tollé provoqué par le film à l’époque, retiré de l’affiche une semaine seulement après sa sortie en salles. Admiré par De Palma et Scorsese, Le Voyeur alias Peeping Tom ressort sur grand écran en version restaurée, l’occasion de découvrir ou redécouvrir un film maudit qui a marqué l’histoire du cinéma.
Un film source
Le réalisateur Michael Powell a provoqué un véritable tollé au début des années 60 en suivant de manière quasi chirurgicale un serial killer aux manières glaçantes. L’acteur Karlheinz Böhm déjà aperçu dans la série très fleur bleue des Sissi prête ses traits à un jeune homme dérangé pour qui l’usage de la caméra provoque d’irrépressibles pulsions de mort. Si le film élude les moments les plus abrasifs de ses sinistres méfaits, le réalisateur sait capter les faciès effrayés des victimes promises à la mort. Et c’est là tout l’intérêt du film, conserver jusqu’au bout un twist secret sur la manière qu’a trouvé le personnage malfaisant de Mark Lewis pour imprimer de telles expressions sur les visages de ses victimes. En plus de proposer une plongée fascinante dans une époque où les vices se vivaient cachés sous le manteau, le film montre les tourments d’un homme atteint d’un mal au nom étrange, la scoptophilie, soit le plaisir de regarder. Le film suit un rythme lent qui se laisse le temps et fait apparaitre les scène de crimes de manière aussi inattendue que des coups de couteau dans la nuit. Découvrir ce film pour la première fois laisse un sentiment étrange, comme si la plupart des slasher movies des années 60 et 70 s’étaient inspiré de cette oeuvre connue des initiés et qui mérite une exposition beaucoup plus large.
La sortie en version restaurée sur grand écran le 23 mai donne l’occasion de visionner une oeuvre culte qui a ouvert la voie à un genre cinématographique à part entière. Oubliez le Swinging London et les Beatles, c’est aussi ça l’Angleterre!
Mark Lewis est un jeune homme mystérieux, perturbé par une enfance difficile avec un père scientifique qui traquait ses moindres angoisses. Il est aujourd’hui caméraman et, une fois la nuit tombée, traque des jeunes femmes afin de capturer l’expresion de la peur sur le visage alors qu’il s’apprête à les tuer.
Sortie : le 23 mai 2018 Durée : 1h41 Réalisateur : Michael Powell Avec : Karlheinz Böhm, Moira Shearer, Anna Massey Genre : Thriller, Epouvante-horreur, Drame
Suzanne, mise en scène de Julie Dessaivre, Le Lucernaire
Une tragédie du couple au Lucernaire avec Suzanne La vie étrange de Paul Grappe
Suzanne est une drôle de femme. Quand le soldat Paul Grappe déserte de l’armée française en plein coeur du premier conflit mondial en 1915, il encourt rien de moins que la peine de mort. Son épouse Louise imagine un stratagème autant inédit qu’astucieux: le transformer en femme pour le faire passer inaperçu le temps que loi d’amnistie soit votée pour les déserteurs. La pièce est autant un tableau sans concession d’un pays schizophrène qu’une histoire d’amour toxique entre un homme velléitaire et son épouse brimée. La troupe de 5 comédiens et comédiennes donne vie non sans humour et avec un rythme admirable au roman La Garçonne et l’Assassin de Fabrice Virgili et Danièle Voldman.
Une histoire vraie
Le roman paru en 2011 a été récemment adapté en bande dessinée chez Delcourt en 2013 avec Mauvais Genre de Chloé Cruchaudet et au cinéma en 2017 avec Nos Années Folles d’André Téchiné. Il faut dire que l’intrigue détonne et tranche avec les récits habituels colportés de la première guerre mondiale. Pas de tranchée ou de bombe ici, la guerre proprement dite est mise en arrière plan pour laisser sur le devant de la scène l’histoire d’amour contrariée et véridique entre Louise et Paul. La pièce débute par le dénouement, Louise est accusée du meurtre de son mari, l’heure et demie qui suit va donner des pistes pour comprendre les arcanes de ce geste tragique. Julie Dessaivre choisit d’adapter et de mettre en scène la pièce en modulant les tons avec dynamisme, parfois truculence et souvent désespoir. Les 5 comédiens interviennent dans des environnements différents seulement signifiés par quelques changements de meubles sur la scène, les coupures sont fréquentes mais volontairement elliptiques pour ne pas casser le rythme. Edouard Demanche interprète le soldat Paul Grappe transformé en Suzanne avec un accent mis sur son caractère violent envers sa femme pourtant dévouée, interprétée ce soir là par une fragile Anaïs Casteran. Là où le film d’André Téchiné insistait sur le gout pris par Paul Grappe pour sa double identité et la liberté sexuelle acquise au Bois de Boulogne, Julie Dessaivre insiste plutôt sur la relation de plus en plus désespérée entre le travesti devenu alcoolique et violent face à une femme désemparée par le manque de reconnaissance témoigné par son mari. Les interventions d’Eloïse Bloch alternativement en madame loyale de la pièce et amie du couple, de l’énergique Zacharie Harmi en comédien multi rôle et de Constance Gueugnier en concierge roulée dans la farine finissent d’insinuer des notes comiques ou tragiques au déroulé selon les moments. La complicité entre les comédiens permet une fluidité bien venue pour une pièce qui insiste de plus en plus sur les craquèlements d’un couple que le stratagème aurait pu souder mais que le caractère naturellement faible du héros achève pourtant à petits feux. Moments de rire et instants de larmes se succèdent tout au long d’un spectacle qui prend aux tripes et si quelques longueurs perlent de ci de là, l’instant de théâtre est au final résolument convaincant.
Suzanne La vie étrange de Paul Grappe ouvre une lucarne troublante sur un conflit qui a détruit tant d’êtres humains, même ceux qui n’étaient pas faits pour se battre, comme pris en otage par une machine infernale. L’accent est mis sur cet épisode tragique entre un homme vulnérable et son épouse prise en piège de son amour. La pièce est à découvrir jusqu’au 2 juin au Lucernaire!
Dates : du 4 avril au 2 juin 2018, 21h du mardi au samedi Lieu : Le Lucernaire (Paris) Metteur en scène : Julie Dessaivre Avec : Eloïse Bloch, Edouard Demanche, Constance Gueugnier, Zacharie Harmi, Léa Rivière ou Anaïs Casteran ou Mathieu Fayette ou Julie Dessaivre
Normandie nue, film de Philippe Le Guay, Copyright Sévérine Brigeot / Les Films des Tournelles
Normandie nue, une comédie sociale franchouillarde réjouissante à découvrir en DVD/BluRay le 16 mai 2018
Si beaucoup de comédies hexagonales brillent par leur manque d’originalité et leur scénario plat à l’extrême, Normandie nue sait se démarquer de la masse avec une bonne humeur permanente autant que réjouissante. Malgré l’arrière plan social morose dans une région où les agriculteurs souffrent de la crise agricole, le film sait varier le ton entre comédie et drame pour un final qui fait sourire et sait émouvoir. Les situations sont croquignolettes et une belle brochette d’acteurs réputés sert le travail d’un réalisateur qui a su trouver le ton juste.
Normandie nue, spectateurs ravis
La galerie d’acteurs pléthorique donne à Normandie nue des airs d’All Star Game dans la boue rurale. François Cluzet donne dans le ronchon sympathique habituel pour mener toute la troupe sur les chemins de l’émotion. En maire agriculteur dévoué pour ses amis administrés, il accueille à bras ouverts l’initiative d’un photographe américain mi-illuminé mi-sur sa planète qui décide de photographier tous nus les habitants de la région. Mais si beaucoup saluent l’initiative, beaucoup se méfient devant une marque de plus de l’impérialisme yankee. Le scénario réserve son lot de surprises et de péripéties qui densifient le film pour lui donner des airs de chronique sociale, amoureuse et locale. Les situations cocasses abondent pour un impact immédiat sur le spectateur souvent hilare. Les réparties agricoles font mouche, les parisiens de service font dans la maladresse permanente et le gentil marie se bat pour faire aboutir l’idée et faire connaitre son village. Le film se regarde avec un plaisir non dissimulé pour un bon moment de comédie, bien meilleur que beaucoup d’autres concurrents nationaux beaucoup moins convaincants.
Normandie nue est une vraie réussite qui imagine une situation cocasse pour révéler la complexité d’une région verte et pluvieuse. Un DVD/BluRay à découvrir dès le 16 mai pour un bon moment de rire et de sourire.
Au Mêle sur Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Georges Balbuzard, le maire de la ville, n’est pas du genre à se laisser abattre et décide de tout tenter pour sauver son village… Le hasard veut que Blake Newman, grand photographe conceptuel qui déshabille les foules, soit de passage dans la région. Balbuzard y voit l’occasion de sauver son village. Seulement voilà, aucun normand n’est d’accord pour se mettre à nu…
SortieDVD : le 16 mai 2018 Durée : 01h45 Réalisateur : Philippe Le Guay Avec : François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison Genre : voir fiche allociné Prix : 14,99 € (DVD) Acheter : sur Amazon
Camille à l’heure de vérité, un roman jeunesse de Manon Fargetton (Rageot)
Manon Fargetton est une auteure française. Reconnue dès son plus jeune âge en 2005, elle partage son temps entre l’écriture et son travail de régisseur lumière. Auteure de fantasy et fantastique aussi bien pour la jeunesse, les adolescents ou les adultes, Manon Fargetton a aujourd’hui publié plus d’une dizaine de romans.
Un personnage principal touchant
Quand Robin révèle à Camille l’existence d’une horloge à remonter le temps, Camille y voit une opportunité exceptionnelle : si elle arrive à remonter suffisamment dans le temps, elle pourra revoir sa mère, décédée depuis peu. Son espoir et sa détermination sont touchants et pousse le lecteur à espérer pour elle, à y croire aussi.
Regarder vers l’avant
Seulement, le destin semble avoir une autre idée pour Camille. Sur elle, les horloges de Robin et Anthony n’ont pas le même effet : au lieu de pouvoir revenir dans le temps ou l’arrêter, Camille, elle, voit l’avenir. Le coup de pouce du destin est très clair, il faut que Camille avance, elle en a besoin. Le passé ne lui apportera rien de bon, il faut qu’elle voit au-delà, dans l’avenir. Cette manœuvre de Manon Fargetton est extrêmement bien vue et même si elle est difficile à accepter pour Camille tout comme pour le lecteur, elle est nécessaire pour le reste de l’intrigue.
Une enquête à mener
Les jeunes lecteurs de Camille à la recherche de vérité pourront se régaler avec une enquête à mener… une enquête qui continue avec le tome suivant. Les plieurs de temps, la bande de quatre copains, vont faire face à de nouveaux défis, déjouer les nombreux tours de leurs ennemis et surtout… identifier leurs ennemis.
La plume de Manon Fargetton est extrêmement fluide et entraîne le lecteur de chapitre en chapitre, jusqu’au dénouement qui laisse une fin ouverte, nous invitant à plonger dans l’histoire de Charly, dernier tome des Plieurs de temps. Les quelques illustrations qu’on retrouve dans Camille à la recherche de vérité sont très bien venues et s’intègrent parfaitement dans le roman.
Page de l’éditeur :
Grâce aux horloges magiques de ses camarades Robin et Anthony, Camille découvre qu’elle peut voir le futur. Mais ses visions, imprécises, sont difficiles à interpréter, et peut-être même dangereuses. D’autant que l’utilisation de son super-pouvoir semble attirer l’attention d’un mystérieux rôdeur…
Suffit-il de voir l’avenir pour y échapper ?
Date de parution : le 16 mai 2018 Auteur : Manon Fargetton Illustrateur : Noëmie Chevalier Editeur : Rageot Prix : 11,90 € (224 pages) Acheter : ICI
23 rue Couperin, mise en scène de Karim Bel Kacem, théâtre de L’Athénée
23 rue Couperin à L’Athénée Théâtre Louis Jouvet ou le décloisonnement nécessaire des banlieues françaises
L’Athénée Théâtre Louis Jouvet donne carte blanche au jeune metteur en scène et comédien français Karim Bel Kacem pour 5 soirées de représentations à haut risque. Le public parisien est invité à se plonger dans le quotidien d’une cité de banlieue comme il s’en trouve partout en France. L’immersion est surprenante par son parti pris scénique à la fois claustrophobique et musical. 23 rue Couperin ne laisse (presque) pas voir les habitants de la banlieue mais propose à la place des sensations et des sons pour substituer l’imagination aux images caricaturales habituellement proposées par les médias. L’heure de spectacle devient d’autant plus ardue quand un orchestre jazz pop classique occupe la scène pendant la seconde partie du spectacle.
Un spectacle conceptuel ardu à appréhender
23 rue Couperin théorise la vision généralement admise par tous qu’un monde différent existe au sein des banlieues, coupé du reste de la société et vivant avec une inertie qui lui est propre. Le metteur en scène Karim Bel Kacem choisit la cité du pigeonnier à Amiens-Nord avec ses barres d’immeuble nommées avec des noms de compositeurs de musique classique pour une plongée en apnée dans un monde bruyant qui ignore l’extérieur tout comme l’extérieur l’ignore. Le spectacle débute avec une tentative heureusement manquée de suffocation du public, une maquette d’immeuble s’effondre avec bruit et fracas pour signifier la démolition prochaine de 3 barres prévue dans la cité en 2019. La poussière vole et alors s’installe une longue séquence de récit sonore. Des extraits d’allocutions télévisuelles mettent en lumière autant l’inaction des pouvoirs publics pour relier la banlieue au reste de la société que la vie qui fourmille dans ce monde clos. Aucun comédien n’évolue sur scène, seul un personnage monolithique et vêtu de noir actionne un dispositif de lumière arachnophobique et parcourt la scène transformée en chantier. La salle se sent comme positionnée à l’écart de l’action, reproduisant dans le théâtre ce qui se passe dans la réalité.
Un concert en porte à faux
Puis l’Ensemble Ictus offre une prestation musicale d’une trentaine de minutes avec un piano, un clarinettiste, un violon, une guitare et des percutions. La musique pas désagréable semble néanmoins quelque peu décorrélée du monde des banlieues. Pendant que des airs entre le jazz, la pop et le classique se font entendre, le géant noir tente à l’arrière plan de reconstruire une barre initialement détruite. Volontairement ou pas, ses tentatives échouent à la surprise du public. La musique n’évoque plus du tout la banlieue, jusqu’à interroger sur sa valeur ajoutée au spectacle. Personne n’imaginerait que quiconque en banlieue ne puisse écouter en boucle ce type de musique. Enfin Karim Bel Kacem conclut le spectacle en reproduisant in vivo quelques unes des allocutions les plus représentatives entendues initialement. Il harangue et vitupère avant de disparaitre et que le spectacle ne se finisse.
L’heure du spectacle offre une vision toute personnelle de la banlieue, sans scène collective jouée ni réflexion argumentée, jusqu’à épaissir un peu plus le mystère sur ces zones où rien ne se passe vraiment comme ailleurs.
Dates : du 15 au 19 mai 2018 à 19h Lieu : Théâtre de L’Athénée (Paris) Metteur en scène : Karim Bel Kacem Avec : Fahmi Guerbâa, Karim Bel Kacem, Ensemble Ictus
Plaire aimer et courir vite, film de Christophe Honoré, Copyright Jean-Louis Fernandez / LFP- Les Films Pelléas – Gaumont – France 3
Plaire, aimer et courir vite, un film charmant mais…
Christophe Honoré se construit une filmographie bien particulière qui a le don de séduire des fans de plus en plus nombreux et de coller à l’air du temps. Certains le considèrent comme un réalisateur furieusement parisien, ils n’ont pas tort mais ça ne manque pas de charme. Son Plaire, aimer et courir vite creuse le sillon ouvert par 120 battement par minute avec une évocation douce amère des années sida avant la trithérapie, quand les chances de survie étaient minimes et la souffrance intolérable pour ceux qui étaient infectés. Mais là où le film de Robin Campillon pointait du doigt l’inaction des pouvoirs publics, Christophe Honoré s’intéresse à une histoire minuscule aux accents mi-caricaturaux mi-séduisants, sans complètement convaincre mais sans laisser non plus complètement indifférent.
Un film trop lisse pour être honnête
Les temps récents ont vu un certain nombre de films sans concession faire des focus retentissants sur les amours homosexuels, sans détours et sans esquiver le full frontal. Pour n’en citer que trois, Eastern Boys, L’inconnu du lac et Hugo & Théo dans le même bateau sont trois de ces évocations d’amours homosexuels qui ont marqué durablement les spectateurs avec des histoires parfois tarifées mais pas toujours sans sentiments. Le premier film utilisait la même pudeur que PAeCV pour ne rien montrer tout en faisant un peu plus que suggérer, le second voyait déjà Pierre Deladonchamps déambuler sur les rives d’un lac à la recherche de corps et d’expériences avec des corps dévêtus et alanguis au soleil, le troisième débutait sur de la sexualité purement full frontal un peu choquante avant de finir en film godardien, gentiment bavard et charmant sur deux jeunes hommes qui se découvrent l’un à l’autre. PAeCV mélange un peu les trois films cités pour un résultat moins clivant et peut être même un peu trop lisse. Les scènes d’ébats sont d’une pudeur extrême, l’humour s’invite à haute dose par l’entremise d’un Vincent Lacoste déchainé en jeune désinvolte qui choisit de ne pas choisir et Pierre Deladonchamps résiste longtemps aux effets délétères du virus tout en tentant de continuer à vivre. La légèreté du premier a le bon gout d’insinuer des accents bouffons dans une histoire qui ne manque pas de tragédie là où certains auraient privilégié la tragédie stricto sensu.
Des choix discutables?
Cette variation de ton met le drame à distance mais fait également un peu sortir du film. Car PAeCV n’est pas une comédie étant donné le sujet. Denis Podalydès multiplie les faciès exaspérés en ami obséquieux et fidèle de Jacques et rajoute à l’ambiguïté du propos. Car l’expérience sexuelle est souvent présentée ici comme vitale et immédiate, sans besoin de sentiments et de pinces, jusqu’à donner une image foncièrement caricaturale des homosexuels et nuire au plaisir du spectateur qui se demande si la vie des homos ne se résume pas qu’à une suite ininterrompue de parties de jambes en l’air. Le film est aussi un peu long en durant un peu plus de 2h et Vincent Lacoste ne cesse d’évoluer de film en film. D’ado frustré dans Les Beaux Gosses à ado rapace dans le Skylab en passant par le jeune homme Don Juan dans Victoria ou au jeune homme tête à claques dans Lolo, il attire irrémédiablement à lui la caricature. Ici passablement porté sur la chose avec l’une ou avec l’un, il joue un personnage qui ne sait pas qu’il joue avec le feu, trop préoccupé à trouvé le plaisir là où il est. Charmant comme toujours mais à la limite de la fantaisie imaginaire. Ce style de personnage existe-t-il vraiment dans la vraie vie? Sans problèmes d’argent ni questions existentielles, il vit, tout simplement. Pas sûr que ce soit toujours si simple.
Plaire, aimer et courir vite ne remplit pas le contrat, frustrant le spectateur devant un méli mélo de sentiments décousus et de libertés cousues de fil blanc. Il reste du film des accents de bonne humeur aux effets euphorisants mais pour le film définitif sur une époque trouble, il faudra attendre encore un petit peu.
1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.
Sortie : le 9 mai 2018 Durée : 2h12 Réalisateur : Christophe Honoré Avec : Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès Genre : Comédie dramatique
Nos faces cachées, un Young Adult poignant d’Amy Harmon (Robert Laffont)
Oscillant entre chanson et écriture depuis sa plus tendre enfance, Amy Harmon a réussi un exploit en étant l’une des rares auteures éditées à figurer dans les meilleures ventes du New York Times et de USA Today. Nos faces cachées est l’un de ses huit romans Young Adult.
Le culte de la beauté
Avec ses cheveux impossible à dompter, son appareil dentaire, ses lunettes et ses tâches de rousseur, Fern, lycéenne, ne se trouve pas belle. Elle est amoureuse d’Ambrose, roi du lycée, depuis des années, même s’il ne l’a jamais remarquée. Les années passent et la Fern de vingt-et-un ans n’a plus rien de la lycéenne : celle qui est devenue plus belle que jamais n’arrive toujours pas à réaliser que l’adolescence l’a changée. Ambrose, quant à lui, revient de la guerre, toute trace de cette beauté qui le définissait perdu. Tandis que Fern se focalise sur ce qu’elle a été sans être capable de voir qui elle est devenue, Ambrose se voit comme un monstre à la gloire passée. Les deux personnages principaux, au passif bien lourd, soulèvent la question de la beauté extérieure et intérieure tout au long du roman.
Une ode à la vie
Chaque personnage rappelle au lecteur à quel point il est important de se battre pour vivre et non pas seulement pour survivre. Bailey, le cousin de Fern, est un personnage souffrant d’une myopathie de Duchenne, combat la maladie depuis toujours et pourtant, loin de s’abattre sur son sort, il se bat pour faire de chaque journée, de chaque moment, un souvenir inoubliable. Il apporte avec lui non seulement une intrigue qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin du roman mais surtout, une belle leçon de vie.
Un roman qui tire sa profondeur d’une écriture impeccable
Nos faces cachées est un roman écrit à la troisième personne du singulier, un exercice qui sort de l’ordinaire dans les romances Young Adult. Et pourtant, c’est cette particularité qui permet à Amy Harmon de donner toute sa profondeur au roman. Émouvante, poignante, incapable de laisser indifférent, l’écriture de l’auteure est ce qui rend Nos faces cachées aussi unique.
Les mots d’Amy Harmon sont puissants, choisis avec soin pour toucher le lecteur en plein cœur. Nos Faces cachées aborde des thèmes forts, importants. Il est simplement impossible de refermer le roman sans se sentir profondément changé, sans verser une larme.
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Le roman phénomène de l’auto-édition Young Adult, best-seller aux États-Unis.
Ambrose Young est beau comme un dieu. Le genre de physique que l’on retrouve en couverture des romances. Et Fern Taylor en connaît un rayon, elle en lit depuis ses treize ans. Mais peut-être parce qu’il est si beau, Ambrose demeure inaccessible pour une fille comme elle. Jusqu’à ce qu’il cesse de l’être…
Nos faces cachées est l’histoire de cinq amis qui partent à la guerre.
L’histoire d’amour d’une jeune fille pour un garçon brisé, d’un guerrier pour une fille ordinaire.
L’histoire d’une amitié profonde, d’un héroïsme du quotidien bouleversant.
Un conte moderne qui vous rappellera qu’il existe un peu de Belle et un peu de Bête en chacun de nous…
Date de parution : novembre 2015 Auteur : Amy Harmon Editeur : Robert Laffont Prix : 17,90 € (450 pages) Achetersur : Ici
« Macbeth », un couple possédé à la Comédie de Reins
La tragédie de Macbeth est une pièce monstre, sans doute parce qu’elle est habitée par des sorcières, des fantômes, des rois et des prétendants, des assassins et des conspirateurs. Monstrueux ce couple démoniaque qui va croire aveuglément au message délivré par trois sorcières : Macbeth sera roi, mais pas sa descendance.
Et la foi en un destin porté par la fusion d’un couple dont les fragilités de l’un et de l’une sont pondérées par les forces de l’autre. Le tout pour une ambition partagée de toute-puissance et au centre de la mise en scène inspirée et fluide de Stéphane Braunschweig, où comme envoûtés par la prophétie, Macbeth et son épouse montent alors un plan machiavélique pour s’emparer et régner sur le royaume, jusqu’à en perdre la raison.
Un entre-deux peuplé de cauchemars et de fantasmes
Personnages également insondables entre le visible et l’invisible, l’humain et le non-humain, la conscience et la folie, réunis dans un désir irrépressible de devenir roi et reine d’Écosse.
Car les Macbeth avancent ensemble aux prises avec leurs contradictions, entre ambition et culpabilité, pulsions meurtrières et peur du châtiment, frontière brouillée entre le bien et le mal.
La nouvelle traduction proposée par Stéphane Braunschweig et Daniel Loayza est une réussite. Captivante et vive, elle nous plonge au plus près des enjeux de cette tragédie, où rêves et cauchemars sont intimement mêlés. Et se plie à une lecture contemporaine qui fait pleinement résonner la part intime de l’être avide de pouvoir et de domination.
Une mécanique infernale aux prises avec les fantasmes d’un couple bercé d’illusions et dévoré par un aveuglement obsessionnel, où chacun tente d’échapper à sa propre nature, sa fragilité et sa finitude, dans un monde du pouvoir où l’innocence semble depuis longtemps perdue.
La scénographie, magistrale, conçue par Stéphane Braunschweig se partage entre un grand espace blanc carrelé, glacial et modulable, réceptacle de l’inconscient et projection mortifère de ses désirs exacerbés, s’ouvrant sur une salle à manger aux boiseries finement dorées d’un somptueux palais où s’organisent la comédie du pouvoir et son décorum. Un entre deux peuplé de cauchemars, de folie meurtrière, de stratagèmes et d’ivresse guerrière.
La troupe se montre au diapason emmenée par le couple maudit (Adama Diop et ChloéRéjon) dont le jeu à l’équilibre parfait, imprime un rythme et une tension à la langue crépusculaire de Shakespeare, et la prestation de Jean-Elie Roman dans le rôle de Malcolm, au surmoi aussi redoutable que glaçant.
Le voyage de Miss Norma, une aventure humaine extraordinaire (JC Lattès)
Tim Bauerschmidt et Ramie Liddle ont écrit leur premier récit : Le voyage de Miss Norma. Qui n’a pas entendu parler de Miss Norma ? Son compte Facebook (Driving Miss Norma) compte près de 520 000 fans ! Et ce livre va être traduit en dix langues ! Autant vous dire que Miss Norma est devenue une personnalité publique, dans le Monde entier. Ce livre va être également adapté au cinéma…
Une histoire vraie
Miss Norma vient de perdre son mari. Au même moment, on lui découvre une énorme tumeur cancéreuse à l’utérus. Elle doit se faire opérer au plus vite. On ne lui laisse même pas le temps de faire son deuil. Norma a quatre-vingt-dix ans. Son état de santé est loin d’être au top ! C’est alors, que son fils, Tim, et sa belle-fille, Ramie, lui proposent de partir en camping-car à l’aventure. Ils ne veulent pas la voir partir dans des conditions aussi horribles que leur père. Et contre toute attente, elle accepte ! Elle dit non aux médecins, oui à son fils !
Les voilà donc partis à travers les Etats-Unis. Ils vont réaliser durant plus de dix mois un road trip tout à fait incroyable. Adieu la médecine, adieu les opérations, et même adieu les médicaments, remplacés par le cannabis (le CBD). L’important est que Norma ne souffre pas. Et cela va durer dix mois.
Une immense intimité
A trois, plus exactement quatre, avec leur caniche géant, Ringo, ils vont vivre des choses incroyables. Ils vont rire, danser, déguster des plats régionaux, découvrir des lieux nouveaux et faire des rencontres inoubliables. Ramie prend des photos, et les partage sur Facebook, et sur Instagram, avec ses quelques amis. Publik’Art faisait partie de ses fans ! Et voir Miss Norma régulièrement s’éclater auprès de Ringo, et dans des lieux insolites, nous réjouissait ! Miss Norma avait un regard qui en disait long sur le bonheur qu’elle vivait au quotidien avec ses enfants. Toujours le sourire aux lèvres, profitant de chaque moment comme si c’était le dernier. Pour ses enfants, si rien ne fut simple à organiser, ils l’ont fait et ont su gérer tous les problèmes liés à l’état de santé de Norma. Ils ont su lui apporter amour et sérénité jusqu’à ses derniers moments. Le plus beau cadeau qu’ils pouvaient lui faire.
Un très bel accompagnement
Alors qu’aujourd’hui, il est de norme de mettre ses parents dans une maison de retraite, Tim et ramie ont eu le courage de garder Norma avec eux et de lui offrir la plus belle fin de vie qui existe. Une très belle déclaration d’amour. Ils ne cherchaient nullement la notoriété, mais celle-là est venue toute seule, comme une cerise sur un gâteau. Elle leur a bien facilité les choses et a permis à Norma d’être reçue un peu partout comme une reine !
Jamais la peur, toujours l’amour
Si ce livre, Le voyage de Miss Norma, peut servir d’exemple à d’autres familles, ce serait encore plus merveilleux ! « Il n’est jamais trop tard pour se lancer », c’est tellement vrai ! Il faut dire que Tim et Ramie avaient une philosophie de vie, depuis toujours étonnante, avec deux règles non négociables :
« La première : l’amour, et jamais la peur, doit motiver nos décisions. La deuxième : vivre sans regrets. » p.118
Or, dans nos sociétés occidentales, la peur nous domine souvent ! On oublie que l’on n’a qu’une vie et qu’elle peut se terminer à tout moment… Tim et Ramie nous montre le chemin de Vie pour vivre sans regrets ! Un grand bravo !
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« J’ai quatre-vingt-dix ans, je prends la route. » Voilà la réponse donnée par Miss Norma aux médecins qui lui proposaient une chimiothérapie et une fin de vie rapide.
Lorsque Miss Norma apprend qu’elle a un cancer, l’avenir de la vieille dame semble promis à une succession de traitements harassants. Plutôt que de se laisser abattre et d’attendre dans son lit d’hôpital ce qui pourrait être ses derniers jours, elle décide de partir… en road-trip.
Accompagnée de son fils Tim, de sa belle-fille Ramie et de leur caniche géant, elle explorera successivement pendant plus de deux ans le Grand Canyon, le Mont Rushmore, la Nouvelle-Orléans…
Imprégné de la sagesse, du courage et de l’esprit généreux de cette remarquable nonagénaire, Le voyage de Miss Norma raconte ses expériences sur la route avec une jovialité irrésistible. C’est le récit d’une aventure qui change la vie, une aventure choisie pour nous montrer qu’il n’est jamais trop tard pour se lancer, pour insuffler l’espoir ou pour ouvrir de nouvelles portes.
Traduit de l’anglais par Nadège Dulot
Date de parution : le 21 mars 2018 Auteur : Tim Bauerschmidt et Ramie Liddle Editeur : JC Lattès Prix : 20 € (300 pages)